Publié le 19 décembre 2022
Loury Lag : voyageur du possible, explorateur de l'inaccessible
Crédit photo : © DR

Loury Lag : voyageur du possible, explorateur de l'inaccessible

L’extrême est sa zone de confort
EXTRÊME, AVENTURE
|
Interview, Activité

Loury Lag est né dans l’extrême. Il y est resté et désormais, il s’y épanouit. Destiné à explorer les limites, il est devenu explorateur professionnel. 

Son métier ? Construire et réussir des expéditions en milieux hostiles. Pourquoi ? Car celui qui est présenté comme l’un des héritiers de Mike Horn aime survivre pour vivre encore plus intensément. 

Rencontre avec un voyageur du possible, à quelques mois de son projet de traversée du mythique passage ‘Nord-Ouest’. 

Jeunesse tumultueuse

« Je suis né dans l’extrême. J’ai passé les premiers jours de ma vie en couveuse, avec de grosses difficultés. Je crois que cela a conditionné la suite. Je suis devenu un enfant très turbulent, hyperactif. Plus on me posait un cadre, plus je voulais en sortir et découvrir ce qui se tramait au-delà de l’interdiction. J’ai eu besoin de tester mes propres limites et de m’explorer moi-même avant d’explorer le monde.

Crédit photo : © DR

J’ai grandi dans un milieu populaire, au cœur d’une famille très simple, où mon père avait pris l’habitude de punir mes débordements par les coups. J’ai arrêté l’école à 14 ans et ai quitté la maison à 17. À partir de là, j’ai réalisé ma première ascension, dans la délinquance : je suis passé de petit voyou à grand bandit. À mes 20 ans, j’ai fait de la détention. J’ai fêté mon anniversaire en prison. J’ai fait l’expérience des stupéfiants sur le tard. À 21 ans, on m’a retrouvé en état de mort médical. Je faisais absolument tout dans l’excès. À 25 ans, lorsque mon interdiction de quitter le territoire touche à sa fin, je ressens un irrépressible besoin de respirer. Je pars au Mexique en backpack. À nouveau, je me retrouve dans des situations peu confortables : je me fais tirer dessus, piqué par un scorpion... À partir de là, je comprends que, dans ma vie, rien ne sera simple, car je suis fait comme ça. Ce parcours de vie m’a façonné. Je l’accepte. Je suis né pour galérer. »
 

Le détonateur de l'explorateur

« Lorsque je rentre de ce trip en backpack, je rentre également dans le droit chemin. Je crée une entreprise spécialisée dans la construction de maisons écologiques. Un business qui, rapidement, se révèle lucratif. Nous devenons leaders du marché sur toute la région Nouvelle-Aquitaine. Pourtant, je me rends compte que gagner beaucoup d’argent en travaillant 60h par semaine dans un bureau ne me plait pas réellement. Dans le même temps, je me plonge dans les récits de Bear Grylls et Mike Horn, dont la vision épurée de l’aventure me parle.

Crédit photo : © DR

J’enfile à nouveau le backpack, mais en direction de l’Asie cette fois-ci. Ce voyage fonctionne comme un déclic. Il condense tout ce que j’aime : l’adrénaline, la logistique et la solitude.

Je me découvre un talent, survivre dans les endroits les plus hostiles du monde ; et une volonté, établir des records et effectuer des traversées que jamais personne n’a osées.

Je décide d’en faire mon métier : explorateur. Mes compétences de commercial me permettent de bien « pitcher » mes projets et m’aident à rallier de solides partenaires pour me soutenir.

En 2017, je réalise ma première véritable expédition en solitaire : la traversée du désert des Bardenas, en Espagne, pieds nus et en totale autonomie. Ces 17 jours et 224 km sans chaussure m’ont servi de brouillon. » 
 

Plus on me posait un cadre, plus je voulais en sortir et découvrir ce qui se tramait au-delà de l’interdiction

L'explorateur VS l'aventurier

« Je me définis comme explorateur professionnel, car mon métier, c’est monter et réussir des expéditions. Je différencie l’explorateur de l’aventurier pour plusieurs raisons. L’explorateur a une vraie vocation à défricher des contrées peu ou pas exploitées quand l’aventurier s’engage en terrain plus ou moins connu. Selon moi, l’explorateur inscrit également une réelle pureté dans sa démarche, qu’il enracine dans le temps long.

Il se prépare durement et part pour longtemps, durant plusieurs mois. L’aventurier, lui, me parait mener des missions plus ponctuelles, sur un temps plus court, de 2 à 3 semaines maximum. Je me considère aussi comme un explorateur 2.0 car j’aime utiliser la tech pour réussir mes projets. Développer de l’équipement spécifique en amont et catalyser l’innovation me passionne. J’essaye enfin de documenter ma démarche.

Jusqu’à récemment, en utilisant beaucoup les réseaux sociaux. Puis, à l’issue d’une grande introspection, j’ai compris que je préférais générer des émotions et partager mes récits à travers des reportages ponctuels, mais qualitatifs plutôt qu’en postant 30 stories par jour ! Cette manière de communiquer me correspond plus. » 
 

Crédit photo : © DR

2023, focus sur le passage "nord-ouest"

« Je m’apprête à réaliser l’une de mes plus grandes, dures et belles expéditions : la traversée, en ski kite, du mythique « passage Nord-Ouest », qui permet de rallier le Groënland à l’Alaska, et donc l’océan Atlantique à l’océan Pacifique, en parcourant globalement la totalité de l’océan Arctique. Soit 3500 km de traversée, à pied, sur la banquise. Cette initiative un peu folle prend sa source dans une revanche que j’ai à prendre quant à ce passage emblématique.

En effet, en 2020, j’avais accompagné un autre explorateur, Mathieu Bélanger, sur cette partie précise de son projet ICARUS, qui consistait à réussir les « 7 summits », c’est-à-dire l’ascension du plus haut sommet de chaque continent, mais sans moyen de transport motorisé. 

Crédit photo : © DR

Je l’avais donc rejoint pour sa traversée du passage Nord-Ouest, en 2020. Malheureusement, un matin, des Rangers nous arrêtent et nous informent qu’on ne peut continuer, qu’il nous faut rentrer chez nous, car une crise sanitaire mondiale est en train de paralyser le planisphère.

Je garde cet abandon en travers de la gorge. Même si nous ne sommes pas directement responsables, je considère cette expédition comme un échec.

Raison pour laquelle, j’ai le désir profond de réaliser cette première mondiale – la traversée du passage Nord-Ouest en ski kite – en établissant un record de vitesse, en environ 90 jours. Le départ est prévu pour février 2023.

Pour arriver prêt, j’ai prévu un stage de préparation en conditions presque réelles, 10 jours durant, en Norvège, au mois de décembre 2022 » 
 

L’exploration condense tout ce que j’aime : l’adrénaline, la logistique et la solitude

L'avant, une expédition à part entière

« Il est difficile de prendre conscience de la charge de travail que représente tout le off qui précède une expédition. Le plus dur n’est pas de franchir la ligne d’arrivée mais bien la ligne de départ. C’est presque paradoxal puisque d’une certaine manière, la ligne de départ est une ligne d’arrivée ! Il y a plusieurs aspects dans l’amont : le physique, le matériel et la logistique. Tout est millimétré, comme un athlète de haut niveau qui préparerait une olympiade.

Le Jour J, il faut que tous les curseurs soient poussés au maximum. Or les paramètres sont nombreux ! Par exemple, je sais que pour résister au froid et aller au bout, je n’ai d’autre choix que de construire, avec mon nutritionniste, une prise de poids de 15 kilos d’ici février 2023. Cela fait 18 mois que je travaille nuits et jours avec mon équipe sur le projet ‘Nord-Ouest’. »

Pourquoi être explorateur

« Chaque être humain est animé de quelque chose de très profond et qui lui appartient. Il s’avère que mon parcours m’a poussé à vouloir consommer la vie, en profiter un maximum.

J’ai une véritable angoisse liée à la « fin », celle où tout s’éteint. Aujourd’hui, dans une vie normale censée durer 80 ans, en dormant 8 heures par jour, tu passes 60 années cumulées à travailler, répondre à des obligations et te reposer, pour seulement 20 années de kiff.

Personnellement, ça me choque ! C’est trop peu ! Ma motivation pour l’extrême vient de là. Ce n’est pas parce que je me confronte à la mort que je veux mourir. Au contraire, je lui crie que je veux vivre. J’aime la métaphore qui compare l’Homme à un train. Le soi-intérieur y est incarné par une locomotive.

Si celle-ci ne tourne pas au bon carburant, les wagons de derrière ne peuvent suivre. Il en va de même pour moi : si je ne suis pas épanoui, je deviens un moins bon père, un moins bon fils, un moins bon pote, une moins bonne version de moi-même, tout simplement... »  

Crédit photo : © DR

La gestion des émotions

« Ici réside le plus beau défi de ma vie : contrôler mes émotions. Apprendre à déceler quand je peux lâcher prise ou au contraire, lorsque je dois garder la tête froide... Pour faire de ces émotions une force plutôt qu’un frein. Ma plus grande force, c’est mon mental. Je transforme n’importe quelle situation compliquée, n’importe quel échec, en quelque chose de rose, en une opportunité qui me donne de la puissance. Mon arme secrète, c’est l’autodérision. Je me vanne beaucoup. Je m’auto-foue de ma gueule. Ça permet de dédramatiser, relativiser et continuer à avancer. »

Le "crazy dad"

« J’ai deux métiers dans la vie : explorateur et père au foyer. Je ne prends aucune de ces deux passions à la légère : je m’y engage très fortement, de part et d’autre. J’ai fait le souhait d’être père et le jour où cela est arrivé, j’ai accédé à une magnifique sensation de plénitude. J’étais comblé. Mes filles, c’est ma plus belle aventure, ma force, mais aussi ma plus grande faiblesse. Si j’entends, via liaison-satellite, pendant une expédition, que je manque à mes filles, je m’effondre mentalement. On m’a critiqué quant à mes absences régulières pour cause d’aventure. Mais ce qui compte, c’est le temps qualitatif, l’amour et l’attention que je leur porte. J’éduque mes filles simplement. Notre relation est incroyable. »

Le conseil pour partir à l'aventure

« Mon meilleur conseil ? Ne faites pas comme moi ! (Rires) Évitez l’apprentissage abrupt de l’autodidacte un peu trop fougueux. La sécurité et la progressivité sont deux notions-clés. Si vous voulez goûter à l’exploration, commencez par planter votre tente dans le jardin en vous refusant le droit de toucher au frigo pendant une semaine. Une fois cette étape validée, plantez votre tente dans le bois d’à-côté, puis un peu plus loin, et ainsi de suite... »
 

L'exploration...

... la plus dure physiquement ? ‘Eruption’, la traversée du Vatnajökull, un glacier islandais, en 2019. J’ai souffert du froid extrême, victime d’engelures très importantes. J’étais mal préparé, mal équipé et je manquais de connaissances. 

... la plus dure mentalement ? Notre première tentative de traversée du passage Nord-Ouest, avec Mathieu Bélanger, en 2020. Mon partenaire est devenu aveugle durant 4 jours à cause de la réverbération du soleil sur la banquise. Une situation difficile à gérer émotionnellement. 

... la plus belle humainement ? La Transatlantique, en voilier, avec mon père. Elle m’a réconcilié avec lui.
 
... la plus esthétique ? J’aime le froid extrême, l’enfer blanc, mais j’adore aussi les déserts. Celui du Sahara tout particulièrement. Le parc national de Sarek, au Nord de la Suède, proche de la Laponie, m’a également soufflé. 

... dont tu es le plus fier ? Celle avec mon père, à nouveau. Elle m’a réconcilié avec mon passé.
 
... prochaine ? La Norvège, en ski kite pendant 10 jours, pour préparer ma grande expédition de février 2023. 

... qui te fait rêver ? Le tour du monde via le tropique du Capricorne. Traverser 3 océans, 3 continents et 6 déserts. C’est déjà dans les cartons pour 2025 (Sourire) ! 

Les articles associés

Voir plus
Vous voulez des cookies ?

Ce site utilise des cookies pour garantir la meilleure expérience de navigation.

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies tiers destinés à vous proposer des vidéos, des boutons de partage, des remontées de contenus de plateformes sociales

Paramétrage de mes cookies

Au-delà des cookies de fonctionnement qui permettent de garantir les fonctionnalités importantes du site, vous pouvez activer ou désactiver la catégorie de cookies suivante. Ces réglages ne seront valables que sur le navigateur que vous utilisez actuellement.
1. Statistiques
Ces cookies permettent d'établir des statistiques de fréquentation de notre site. Les désactiver nous empêche de suivre et d'améliorer la qualité de nos services.
2. Personnalisation
Ces cookies permettent d'analyser votre navigation sur le site pour personnaliser nos offres et services sur notre site ou via des messages que nous vous envoyons.