Publié le 11 juillet 2022
Camille Bruyas, libre comme l'air
Crédit photo : ©Simon Dugué

Camille Bruyas, libre comme l'air

Récit d'une ascension lunaire
TRAIL RUNNING
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Trail, Portrait

Qui aurait prédestiné Camille, 8 ans, alors joueuse de basket dans le petit club de son village de naissance, à devenir une ultra-traileuse de haut-niveau ? L’histoire que je vais vous raconter est celle de Camille Bruyas. Une jeune femme originaire des Monts du Lyonnais, à l’ascension dans l’ultra-trail bluffante. Teintée d’une pointe de candeur mais éminemment marquée par une passion débordante pour les grands espaces et l’aventure. Le genre d’histoire qui ne s’invente pas, ponctuée de trajectoires de vie qui semblent écrites à l’avance tant tout est fluide et naturel. Saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent à soi et les vivre à fond. C’est comme cela que Camille est en train d’expérimenter une vie où vivre l’instant présent revêt un caractère sacré et symbolique.  Et ce qui est fou, c’est que tout cela semble lui être destiné.

Camille est née dans un petit village reculé des Monts du Lyonnais, petit massif montagneux à cheval entre les départements de la Loire et du Rhône. Sans voisin et avec un premier village à 7 kilomètres de l’exploitation de son papa, agriculteur, Camille prenait déjà très facilement le vélo pour aller voir ses copains. Le début de l’histoire en quelque sorte.

Tout le monde fait du trail sur l’île, tous les jours de la semaine, tu trouves toujours quelqu’un pour courir avec toi.

Parquets, médecine et 3000m

Crédit photo : ©Simon Dugué

La vie sportive de Camille démarre par la signature de sa première licence au sein du club local. Exit le foot, du haut de sa taille déjà imposante pour son âge, elle optera pour le basket. Une passion qui l'accompagne toute la première partie de sa vie, de ses 8 ans à ses 18 ans, et la mènera au plus haut niveau régional. Une fois son lycée terminé, le cœur de Camille balance entre Saint-Etienne et Lyon mais c’est bien la ville stéphanoise qu’elle choisira pour y entreprendre des études de médecine. Contrainte par le rythme effréné qu’impose cette voie professionnelle et Camille n’aimant pas faire les choses à moitié, le basket laissera progressivement sa place aux révisions et à quelques soirées de médecine bien arrosées.

Mais la passion du sport et l’envie de se dépasser physiquement ne sont jamais très loin. Camille se laisse alors porter par l’activité idéale à pratiquer dans ce contexte : la course à pied. Une fois sa première année de médecine validée et son entrée en école de kiné, Camille décide de s’inscrire dans un club d’athlétisme pour en apprendre les rudiments : le Coquelicot 42. « J’ai démarré sur piste avec des 3000m, une distance sur laquelle je me suis spécialisée. J’ai participé aussi aux interclubs et forcément j’ai touché un peu aux autres disciplines et notamment la course sur route ! ».

Amour, eau fraîche et vadrouille

Des déclics, il y en a dans la vie de chaque être humain. Pour Camille il y en a eu deux, marquants et fortement liés. Le premier, son arrivée dans la capitale grenobloise pour y exercer sa profession de kiné. « À la suite de mes études, j’ai eu l’opportunité d’aller habiter à Grenoble. Une ville où il est difficile de ne pas être attiré par les montagnes et les sentiers qui l’encerclent. ». Le deuxième prendra acte près de 10 000 kilomètres plus loin, sur l’île de la Réunion. Cette fois-ci dicté par son envie de découverte et de vadrouille. Désireuse de s'offrir une nouvelle expérience de vie, elle décide, en 2016, avec son compagnon, de partir vivre sur « l’île intense ». Véritable sport national là-bas, Camille découvre très vite qu’habiter à la Réunion et ne pas pratiquer le trail est littéralement impossible. « Tout le monde fait du trail sur l’île, tous les jours de la semaine, tu trouves toujours quelqu’un pour courir avec toi. De fait, je me suis prise au jeu et à l’idée de partager cela avec les locaux et d’encore mieux découvrir l’île ». C’est à ce moment précis que la première pierre de cette nouvelle passion s’est ancrée durablement dans le sol.

Cette pierre volcanique si singulière et si attachante qui retiendra Camille sur ses terres durant 3 années. Et puis, « en 2016, peu de temps après mon arrivée, sur un coup de tête j’ai décidé de participer à la Mascareignes, sans véritable préparation spécifique. Je gagne la course à ma plus grande surprise. D’ailleurs au début, les locaux n’étaient pas très contents. Derrière, tout s’est enclenché naturellement puisque j’ai intégré le team Salomon Réunion avant d’enchaîner l’année d’après avec le trail du Bourbon (2017) que j’ai aussi remporté puis l’année suivante la Diagonale des Fous (2018) où j’ai terminé 5ème, histoire de boucler la boucle. C’était un peu l’ultime défi avant de rentrer en métropole. Avec du recul je n’étais pas vraiment prête ni mentalement ni physiquement à ce challenge mais en testant un peu toutes les distances à la Réunion, je me suis rendu compte que là où je me sentais le mieux, c’était sur des formats entre 80 et 100 km ».

En testant un peu toutes les distances à la Réunion, je me suis renduE compte que je me sentais le mieux sur des formats entre 80 et 100km.

Van, CCC et Malardé

Crédit photo : ©Simon Dugué

Gagner à la Réunion c’est bien, confirmer sur une course en métropole, c’est obligatoire pour passer le cap. Voilà le mantra que Camille se fixera une fois de retour sur le continent au début de l’année 2019. « Une fois rentrés, nous avons décidé avec mon copain de vivre en van. Cela a beaucoup changé notre façon de vivre et je ne pouvais plus être rattachée et inscrite à un club comme les années précédentes. J’ai donc décidé de prendre un entraîneur personnel pour qu’il puisse s’adapter à mon emploi du temps et mon mode de vie ». Une décision nécessaire pour commencer à structurer sa pratique et préparer l’objectif de sa saison : la CCC à Chamonix fin août lors de l’ultra-trail du Mont-Blanc. Elle s’entoure alors de l’emblématique entraîneur de François D’Haene : Christophe Malardé. Six mois plus tard, Camille signe une entrée fracassante dans le gratin mondial en terminant sur le podium de la course, l’un des 100km les plus prisés du monde entier.

Le lendemain de la CCC, Camille reçoit l’appel qui va changer, sans qu’elle le réalise vraiment, le cours de son destin de coureuse. Celui de Jean-Michel Faure-Vincent, le manager du team Salomon qui l’invitera à intégrer le team au début de l’année 2020. Une nouvelle étape de franchie avant quelques mois plus tard d’intégrer le team international aux côtés des plus grands athlètes de la discipline. Pour autant, ce nouveau statut ne changera en rien sa vision du sport et sa manière de pratiquer : « sincèrement, mon entrée dans le team n’a rien changé, pour moi c’était juste la même chose que depuis mes débuts mais avec de nouveaux copains ». Dès le début, les choses sont claires pour Camille et se feront en temps voulu. « Avant que je signe, nous avons fixé un contrat moral avec Jean-Michel où je lui ai clairement dit que je n’allais pas faire un ultra tous les mois. Personnellement, je ne vois pas comment c’est possible d’enchaîner les ultras, ça reste une énigme pour moi cette course aux ultras et aux kilomètres et ce n’est clairement pas ma vision du sport santé en général ». Point d’orgue de son année 2019 exceptionnelle, une victoire sur ses terres natales à l’occasion de la mythique et grande classique SaintéLyon qu’elle remporte haut la main. Sur l’échelle de la confirmation, on est tout en haut.

Je n’ai pas envie de faire 2 ans à haut niveau, tout gagner, courir partout dans le monde et puis dire stop je suis cramée.

Crédit photo : ©Simon Dugué

Révélation, confirmation, consécration

Crédit photo : ©Simon Dugué

Après avoir changé de dimension suite à son podium sur la CCC, Camille s’est empressée de nous délivrer un enchaînement de victoires de prestige, confirmant une fois de plus que sa place est au sein des très grandes de la discipline. Tel un plan qui se déroule sans accroc ou presque, la carrière de Camille se construit avec cohérence et fluidité. Difficile à réaliser tant l'ascension au plus haut niveau fut rapide et la structuration de sa pratique si précoce. La suite est encore plus grandiose. En 2021, nouveau tournant, celui de la consécration. Sa victoire étincelante sur le Lavaredo Ultra Trail en Italie avant de glaner le podium le plus convoité de la planète ultra. Celui de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc où elle termine à la deuxième place avec le meilleur chrono jamais réalisé par une française. « Cette année 2021 a été complètement folle, lever les bras en vainqueure d’un ultra aussi beau et relevé que le Lavaredo était incroyable mais terminer sur le podium de l’UTMB, avec ma famille et mes amis aux bords des sentiers, c’était l’apothéose ». C’est après ce genre de saison formidable que l’on serait tenté de céder à l’euphorie, envoûté par cette adrénaline si forte que procure de tels exploits.

Céder à l’appel de l’ultra de trop, fléchir sous les nombreuses sollicitations médiatiques, courber l’échine face aux nouvelles attentes populaires. Camille garde la tête sur les épaules, bien accrochée à son équilibre de vie mêlant trail, kiné et famille. Le genre de socle qui, une fois l'irrationalité de ces moments vécue, vous permet de revenir à la normale et à la vraie réalité. « J’ai la chance d’être très bien entourée, d’avoir un équilibre de vie très stable et de n’avoir reçu que des sollicitations très bienveillantes. À côté de ça, mon boulot m’aide à faire la part des choses en me disant que je n’ai pas que le trail et que je n’en suis pas dépendante. Ce qui me permet aussi d’être assez libre dans les choix de mes partenaires et de sélectionner uniquement ceux avec qui je partage les mêmes valeurs ».  Lucide, déjà, sur les bons réflexes à avoir. « Le 100 miles est encore un format qui me coûte beaucoup en énergie post-course. J’ai mis très longtemps à récupérer de l’UTMB surtout mentalement mais aussi physiquement, intérieurement, articulairement, énergétiquement et hormonalement parlant ». Un temps d’adaptation nécessaire à ce type d’effort pour être pleinement performante et durer dans un monde où beaucoup, souvent, se brûlent les ailes trop tôt. « Mon souhait premier c’est de courir longtemps. Je n’ai pas envie de faire 2 ans à haut niveau, tout gagner, courir partout dans le monde et puis dire stop, je suis cramée ».

J’ai mis très longtemps à récupérer de l’UTMB surtout mentalement mais aussi physiquement, intérieurement, articulairement, énergétiquement, hormonalement parlant.

Vers de nouveaux horizons

De nouvelles perspectives, sportives tout d’abord, s’ouvrent désormais à Camille puisqu’elle ira découvrir cet été un autre continent qui la fait fantasmer depuis longtemps pour participer à l’une des courses les plus mythiques du circuit international. « J’ai toujours rêvé d’aller courir aux Etats-Unis, et y aller pour courir la Western States, c’est fou. De plus, c’est une course que beaucoup de mes partenaires de team notamment Courtney Dauwalter, Beth Pascall et François ont fait plusieurs fois, me permettant de tirer auprès d’eux, de précieux conseils ». Un objectif qu’elle aborde sereinement mais non sans remise en question tant l’ampleur du défi qui l'attend est grande. « J’ai mis très longtemps à sortir de l’hiver et à rechausser les baskets, du fait je pense encore à un UTMB qui m’a vraiment usée ». Sans oublier que la préparation pour une course comme celle-ci, au profil très roulant, peut s’avérer très différente des ultras trails montagneux sur lesquels l’athlète a l’habitude de s’aligner, même si pour Camille, « c’est bien de courir vite sur le plat mais ça reste un ultra donc ça passe aussi par des longues balades en montagne et des longues sorties à vélo, ce que j’adore faire».

De nouvelles perspectives professionnelles ensuite, avec sa deuxième passion, le yoga. Fraîchement diplômée, elle souhaite désormais consacrer une partie de son temps à cette activité. « Pour moi, c’est très en lien avec mon métier et ma pratique du sport et cela contribue à mon bien-être. Transmettre et partager autour d’une passion qui m’anime, c’est quelque chose que j’ai toujours adoré faire et qui me fait du bien ». Un équilibre qui dicte sa vie et sa pratique depuis de nombreuses années et qu’elle n’a aucunement envie de bouleverser, seulement de réorienter. « Mon rythme de vie entre mon métier de kiné, ma pratique sportive et le yoga est quelque chose que j’ai envie de préserver car c’est aussi cela qui m’aide à être performante en trail. J’ai seulement revu depuis le début de l’année 2022 la répartition de mes heures dédiées à chacune de mes activités pour moins m’éparpiller et optimiser mon temps ». La fabuleuse Histoire de Camille Bruyas se poursuit et n’est sans doute pas prête de s’arrêter.

Crédit photo : ©Simon Dugué

Reportage Alexandre Violle 

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