Publié le 12 octobre 2026
140km dans les pattes : l'Alltricks Rando Gravel Roc de l'intérieur
Crédit photo : ©Adélina Robert
Reportage

140km dans les pattes : l'Alltricks Rando Gravel Roc de l'intérieur

L’Esterel et les Maures sans une seule flèche, le Roc d'Azur CIC 2026 long format en gravel.
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Pas de rubalise, pas de bénévole au croisement, pas de flèches accrochées sur les arbres. Juste un trait sur l’écran d’un GPS et 143 kilomètres à avaler entre l’Esterel et les Maures. C’est le principe de l’Alltricks Rando Gravel Roc, et c’est dans cette aventure que moi-même Louis, journaliste pour MKSport, je me suis lancé ce samedi, en plein Roc d’Azur CIC.
 

Crédit photo : ©Adélina Robert

Le défi qui fait sourire (jaune)

« 140 bornes… ça fait long quand même, non ? » C’est ce que je me suis dit plusieurs fois, juste après m’être inscrit. En riant d’un côté, avec une pointe d’inconnu de l’autre. Pour beaucoup de cyclistes, c’est une distance qui se digère. Pour le passionné plutôt lambda que je suis, c’est un sacré morceau. En gravel, je n’avais jamais dépassé les 120 kilomètres, et j’en étais revenu complètement rincé. Depuis, j’ai enchaîné les sorties, moyennes ou petites, mais jamais aussi longues. Ça demande du temps, et de la motivation. 

Depuis quatre ans, je descends chaque automne à Fréjus pour le Roc d’Azur. D’abord une rando rouge, puis la course mythique, puis la revanche l’an dernier. Loin de mes objectifs, j’en étais reparti un peu triste. Il fallait renouer avec le sourire à l’arrivée. Cette année, pas assez d’entraînement pour performer sur le gros vélo, alors le défi s’est imposé de lui-même : un gros format en gravel, sans la pression du chrono, en prenant le temps de regarder autour de moi.

Le réveil à 5h a bien piqué, mais la nuit a suffi pour être d’attaque. Alors c'est parti, je vous emmène sur la Rando Gravel, version 143 kilomètres.

Crédit photo : ©Adélina Robert

140 bornes… ça fait long quand même, non ?

Une boucle sans balise

Résumer 140 kilomètres, c’est compliqué, parce que j’en retiens surtout les paysages et les pistes. Commençons par le tracé. Sa spécificité, c’est qu’il n’est pas balisé. Autonomie complète, avec trois ravitaillements pour tout filet de sécurité.

La boucle file jusqu’au lac de Saint-Cassien, traverse le Pays de Fayence, frôle les rochers de Roquebrune, puis la plaine des Maures et le mythique col du Bougnon, avant de rejoindre les plages de Saint-Aygulf. Une belle journée à pédaler et à manger du dénivelé : 2500 mètres au total.
 

Crédit photo : ©Adélina Robert

Le bal des lumières

7h, Base Nature de Fréjus. Le soleil n’est pas encore levé quand le peloton s’élance. Ce bal de lumières blanches et rouges dans la pénombre est un moment presque magique, que l’on vit rarement à vélo. Ça part un peu fort, certains se croient visiblement en course. Moi, je roule tranquille et je savoure.

Rapidement, on quitte la route pour attaquer le premier col, et les premières lueurs touchent les sommets autour de nous. Le groupe est encore compact. Arrivent les premières descentes, et les premiers pépins techniques pour beaucoup. J’ai de l’expérience et j’évite plutôt bien les crevaisons, en espérant que ça tienne. Il ne faut surtout pas rouler en y pensant, et ça passe.
 

un moment presque magique, que l’on vit rarement à vélo

Crédit photo : ©Adélina Robert

L’Esterel, pistes rouges et silence du matin

Les 70 kilomètres suivants serpentent dans le massif de l’Esterel, le long du lac de Saint-Cassien. Le calme du petit matin rend tout apaisant, sans pression, et ça me change énormément. La roche rouge de l’Esterel colore la terre, les pins découpent la lumière, et le lac reste silencieux, presque immobile. Une brume s’élève de sa surface, c’est mystique, paisible malgré l’effort.
 


Tout le massif est quadrillé de pistes 4x4, et elles sont idéales pour le gravel. Elles ont pourtant été tracées pour de tout autres raisons : ce sont des pistes DFCI (Défense de la Forêt Contre les Incendies). Elles permettent aux pompiers d’accéder au cœur du massif quand il brûle, et elles servent de coupe-feu. Elles sont aussi empruntées par les forestiers et les chasseurs. Autrement dit, ces autoroutes pour gravel sont surtout des outils de survie pour la forêt, et on les emprunte sur la pointe des pneus.

Tout le massif est quadrillé de pistes 4x4, et elles sont idéales pour le gravel.


Tantôt rouges, tantôt beiges, tantôt étroites, tantôt larges, elles alternent terre compacte, gravillons qui crissent sous les pneus et pierriers qui secouent le vélo et les poignets. Je découvre un terrain où la pratique du gravel est une évidence, et je prends un plaisir fou.

Le premier ravitaillement, lui, se fait attendre. Je n’avais pas étudié la trace en détail et j’avais oublié qu’il était si loin. Il arrive enfin, au kilomètre 70.
 

Le col du Blavet, puis le creux

Je reprends quelques forces, et je réalise qu’on est à deux pas des gorges du Blavet. La piste rejoint le col du même nom, réputé pour son panorama sur Fréjus, Roquebrune et, surtout, la mer. La descente qui suit fait un bien fou, mais il reste beaucoup de route.

Là, les doutes arrivent. J’en ai bavé, j’ai encore faim, et certaines montées coriaces m’ont entamé les jambes. Je suis bien devant la barrière horaire, alors je baisse le tempo et j’avance d’objectif en objectif, pour ne pas casser le moral. Direction le prochain ravitaillement. La section qui s’annonce est plus roulante, avec moins de grosses côtes, pour rejoindre le massif des Maures en face. Mais cette seconde pause met mentalement un temps fou à arriver, et cette partie censée être facile finit de me vider. Je n’ai pas assez mangé au dernier arrêt, j’ai très faim, et même une barre bien solide n’y change rien. L’énergie s’évapore.

« Sur une partie, je me suis fait rattraper par deux participants, qui discutaient. Non seulement il m’ont rattrapé, j’ai pris leur roue, et ensuite ils m’ont fait péter ! Le tout, en continuant de discuter. »
 

Crédit photo : ©Adélina Robert | Descente du col du Blavet

À deux, ça avance mieux

Sur les sections de plat, je rattrape Rémi, qui a l’air tout aussi entamé. On rejoint ensemble le ravitaillement suivant, au kilomètre 97, et on décide de finir la journée côte à côte. À deux, on va plus loin. Lui aussi en a anormalement bavé, et il préfère qu’on roule à deux car ça change beaucoup de choses.

C’est peut-être ce que je retiendrai le plus. Au Roc, j’ai toujours couru seul. Quand Rémi m’a proposé de rouler ensemble, j’ai dit oui tout de suite. On souffre à deux, on discute, on ne se concentre plus uniquement sur la montée, et ça change la donne. Le cerveau lâche les muscles et la douleur pour s’accrocher à la conversation. L’attention est ailleurs, et sous les roues, ça avance.

Crédit photo : ©Adélina Robert | À deux c'est mieux

Les Maures, là où le gravel se fait mal

Ensemble, on entame la troisième partie du parcours : le massif des Maures, théâtre de la majeure partie des épreuves du Roc. Les pistes y serpentent dans le maquis et les chênes-lièges, enchaînent les montées et les belles descentes techniques, parfois très techniques. Après plus de 100 kilomètres, une longue descente nous attend, de celles qui cassent les bras et exigent une concentration totale pour ne pas tomber ni crever.
 

Les descentes, c’est probablement ce qui tire le plus.

Crédit photo : ©Louis Giannotta


Sur la route, elles permettent de se relâcher, de respirer, de reprendre ses esprits.  En gravel ? Pas du tout. Les descentes, c’est probablement ce qui tire le plus. Le corps se raidit, les cuisses et les bras se tendent pour encaisser les chocs. La clé est d’être fluide, relâché, mais ça ne fait pas tout. À ce stade de la journée, il faut être contracté, précis, et assez fluide pour descendre en un seul morceau.

Retrouver la route fait un bien immense après ça. À deux, on regagne l’énergie perdue au kilomètre 70, et on avance avec sûreté : on s’attend, on s’arrête s’il le faut, on se passe des relais, on s’encourage.
 

Crédit photo : ©Louis Giannotta

Quatorze montées, et le Bougnon

Le GPS annonçait 14 montées officielles. La quatorzième passée, on relâche un peu la pression. Erreur ! Encore quelques côtes bien coriaces nous attendent, et elles font mal au mental. Mais après tout, ce n’est plus qu’une montée de plus. Il y a quelque chose entre la distance et la difficulté. Au début, ça fait mal, puis petit à petit s’installe ce marchandage avec le cerveau qui fait tout relativiser : une de plus, j’y arriverai. 

« On se fait fracasser par les montées quand même ! »

Dernier ravitaillement. Je remplis mes gourdes, les bonbons me tiennent éveillé, et on entame la fin du parcours. C’était sans compter sur l’ultime difficulté : le col du Bougnon, juste avant de basculer vers la plage. La montée nous casse les jambes. Là où, le lendemain, tout le monde viendra encourager Paul Seixas, nous ne sommes que deux, sans public, portés par les quelques pompiers postés sur place. Ceux-là mêmes pour qui ces pistes existent. Et ça suffit à notre bonheur !
 

Crédit photo : ©Adélina Robert | Derrière nous, les pompiers

Le sourire à l’arrivée

Il est aux alentours de 16h quand Rémi et moi atteignons le bord de mer. Dix kilomètres jusqu’à l’arrivée, et ils glissent tout seuls. Les jambes ne font plus mal, le vélo a tenu, on n’est pas tombés, on a pris un plaisir énorme toute la journée.  Après 9h30 d’effort, la ligne est là. Cette fois, pas de larmes, pas de déception, simplement une énorme fierté d’être arrivé au bout. C’était mon objectif principal, loin des tracas du chrono. On se remercie, Rémi et moi, d’avoir roulé ensemble et de nous être soutenus jusqu’à la fin. 

Simplement une énorme fierté d’être arrivé au bout

Le sourire a remplacé la déception de l’an dernier, et le plaisir a pris le dessus sur tout. Il y a un moment que j’ai décidé de m’éloigner des statistiques pour ne me concentrer que sur mes sensations et la découverte d’un parcours inconnu. Cette décision prend tout son sens ce samedi. Les kilomètres et le dénivelé, oui, j’en suis fier. Mais je retiens tellement plus : les pistes de l’Esterel et des Maures, le lever de soleil sur les hauteurs de Roquebrune, les belles descentes, et cette sensation d’avancer seul puis à deux, de se dépasser sans perdre de vue le curseur du plaisir. 

Crédit photo : ©Adélina Robert | Avant de tomber de fatigue


Grosse dédicace à Rémi, tu as bien fait de me proposer de continuer ensemble ! Tout seul, cela n’aurait pas été la même. 


La veille, puis le soir de la course, j'ai eu l'opportunité de dormir au Thule Camp, sous les pins proche de Roquebrune. Adepte du camping, c'était l'occasion pour moi de tester la tente de toit, me reposer et passer un moment convivial. 

Crédit photo : ©Louis Giannotta | Thule Camp

Texte de Louis Giannotta

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