Après quatre années passées outre-Atlantique, l’ultra-traileur annécien Vincent Bouillard - sacré à l’Ultra Trail du Mont Blanc en 2024 - est revenu sur ses terres. Dans ce vol retour, une autre basket-addict avait également enregistré ses bagages : Kamilah Journèt, californienne élevée dans la culture du sport et du chrono.
Tous deux, partageant les mêmes valises en soute, ont posé leurs valises à Annecy avec l’envie d’y écrire un nouveau chapitre. De la consécration sportive en 2024 à la naissance de leur fille fin 2025, retour sur l’évolution de l’écurie Journèt-Bouillard, de la côte ouest des Etats-Unis aux rives du lac d’Annecy.
Des embruns californiens aux reflets du lac d’Annecy : retour sur les prémisses du duo
Kamilah, lorsque vous vous êtes rencontrés avec Vincent, tu travaillais dans l’équipe social media d’HOKA en Californie. Vincent, depuis la France, tu contribuais à l’innovation chaussures de la marque. Avez-vous connecté lors d’une réunion Teams [rire] ?
Vincent : Nous nous sommes rencontrés à Chamonix, lors d’une petite course de trail qui fait le tour du Mont-Blanc… Je ne sais pas si tu connais ? [rire] Plus sérieusement, nous nous sommes vus pour la première fois à l’UTMB 2017, mais c’est lors de l’édition 2018 que nous avons vraiment connecté.
Kamilah : Je couvrais les courses de nos athlètes HOKA et Vincent venait travailler sur ses projets d’innovation produit avec les athlètes du team (et non comme l’un des leurs à cette époque). Je te passe les détails mais, quelques business trips plus tard - Vincent venait de temps en temps au siège d’HOKA en Californie - nous avons fini par prendre une bière après le travail.
Mais pour répondre à ta question initiale, nous n’avons finalement jamais travaillé ensemble, ni chez HOKA ni ailleurs.
Statistiquement, rien ne semblait destiner nos chemins à se croiser…
Quelle place le sport a-t-il joué dans votre rencontre ?
Vincent : Nous nous sommes rencontrés par le plus grand - et le plus heureux - des hasards, lors d’un événement mondial situé à 10 000 km de l’endroit où vivait Kamilah à l’époque. Statistiquement, rien ne semblait destiner nos chemins à se croiser… à l’exception peut-être de deux éléments : nous travaillions dans la même entreprise d’équipement de course à pied et le lieu de notre rencontre rassemblait des milliers de traileurs venus faire le tour d’une montagne en baskets.
Donc oui, le sport nous a réunis d’une certaine manière. Mais non, ce n’était pas au cœur de nos discussions quand nous nous sommes rencontrés et ça ne l’est toujours pas d’ailleurs.
Je dois, en revanche, reconnaitre que c’est un peu grâce à lui si j’ai pu traverser à mon tour les 10 000 km qui nous séparaient, pour aller vivre en Californie avec Kamilah. Cela ne serait probablement pas arrivé si je n’avais pas eu l’opportunité professionnelle de pouvoir rejoindre le siège d’HOKA là-bas.
Le sport n’est donc pas au centre de votre vie commune, mais quelle place lui accordez-vous l’un et l’autre ? Pratiquez-vous ensemble ?
Kamilah : Pour être honnête, nous faisons très peu de sport ensemble. Nous sommes tous les deux passionnés et nous aimons partager ces moments, mais plutôt autour d’un café ou d’un bon repas après nos séances respectives.
Dans le fond, nous travaillons tous les deux dans l’industrie du sport : Vincent est toujours chez HOKA et, de mon côté, je travaille désormais chez Salomon. Nous baignons dans le sport au quotidien. Alors, lorsque nous nous retrouvons, ce n’est pas forcément la première chose que nous avons envie de partager ensemble.
Vincent m’a tout de même appris le ski - une discipline qui ne figurait pas vraiment au programme scolaire en Californie du Sud, comme tu t’en doutes [rire]. Je pratique à petite dose, mais j’ai désormais mes skis de fond et mes skis de randonnée, et il nous arrive d’en faire ensemble de temps en temps. C’est aussi ce que permet la beauté de l’hiver en France. Et puis c’est la vie que j’ai choisie en épousant un Annécien [rire]. Mais pour être honnête, quand les beaux jours reviennent, mon plus grand plaisir reste d’enfiler mes baskets et d’aller courir.
Nous faisons très peu de sport ensemble. Nous sommes tous les deux passionnés et nous aimons partager ces moments, mais plutôt autour d’un café ou d’un bon repas après nos séances respectives.
Après un an de relation à distance, vous vous êtes retrouvés sur la côte ouest des États-Unis. Vous avez vécu deux ans en Californie puis deux ans à Portland, avant de déménager à Annecy en 2024, quittant ainsi le pays natal de Kamilah. Quel a été le déclencheur de ce nouveau départ ? Et comment s’est passé l’atterrissage ?
Vincent : Pour répondre à la première partie de la question : avant même que je ne déménage aux États-Unis pour rejoindre Kamilah, nous évoquions déjà l’endroit où nous aimerions nous installer à long terme, et l’Europe revenait souvent dans nos discussions.
Les États-Unis, et la Californie en particulier, sont incroyables à bien des égards, mais les distances y sont immenses. Tout est grand, tout est loin. Avoir de la famille ou des amis dans la région ne signifie pas forcément être proches d’eux géographiquement, surtout dans un pays où les principaux moyens de transport sont la voiture et l’avion. Le réseau ferroviaire y est assez limité.
Ici, la densité des choses crée un mode de vie différent. Annecy est une petite ville, qui ne possède certes, pas l’offre culturelle de Portland mais qui nous permet d’avoir un lifestyle plus simple, sans voiture. Nous faisons presque tout en transports en commun ou à vélo.
Kamilah : Nous avions déjà évoqué les endroits où nous aimerions vivre. Puis j’ai eu une opportunité professionnelle chez Salomon à Annecy. Vincent est donc revenu sur ses terres, et moi j’ai quitté les miennes, sans pour autant me sentir déracinée. Nous déménagions tous les deux pour écrire un nouveau chapitre de notre vie.
Vincent : De mon côté, je suis revenu dans la ville où j’ai grandi, mais c’était aussi un tout nouveau chapitre avec Kamilah. Une expérience complètement différente de celle que j’avais connue ici auparavant. Les circonstances et certaines coïncidences nous ont amenés à Annecy, mais je n’ai pas eu le sentiment de revenir en arrière. C’était plutôt une page blanche que nous décidions d’ouvrir ensemble, au bord du lac.
Kamilah, comment vis-tu ce nouvel enracinement à Annecy de ton côté ?
Kamilah : À vrai dire, j’ai beaucoup déménagé, lorsque j’étais enfant comme à l’âge adulte. Mais cette transition est différente et autrement plus challengeante. Cela est dû à cette fameuse « barrière de la langue ».
Arriver dans un endroit où la langue m’est inconnue est une expérience très différente de celles que j’avais connues auparavant. D’autant plus que je viens d’un pays où l’on juge notre langage « international » et où nous avons l’habitude que les autres s’adaptent à notre manière de nous exprimer. Mon français est correct, mais il n’a rien à voir avec le niveau d’anglais de Vincent lorsqu’il a quitté Annecy pour la Californie. Heureusement, j’aime l’apprentissage et j’envisage ce défi comme une opportunité de devenir meilleure.
Aussi, pour moi il était primordial de parler la langue de la personne que j’aime. Même lorsque l’on est bilingue, on ne s’exprime jamais exactement de la même manière dans sa langue maternelle. C’est aussi essentiel pour vivre ici, échanger avec les gens, les amis et la famille de Vincent.
Vous avez récemment agrandi le team Journèt-Bouillard avec la naissance de votre fille, à la fin de l’année 2025. Comment ce multiculturalisme s’exprime-t-il avec elle ?
Vincent : À la maison, nous parlons surtout anglais avec Kamilah, sauf lorsque nous recevons des amis ou de la famille. Avec notre fille, c’est donc la même chose. La mère de Kamilah, qui a récemment déménagé ici, s’adresse aussi à elle en anglais. De mon côté, ma famille lui parle en français, et comme elle grandit en France, elle aura largement l’occasion d’apprendre la langue à l’école. D’ailleurs, pour l’anecdote, nous lui avons choisi un prénom qui se prononce de la même manière en français et en anglais [nous laisserons aux lecteurs le plaisir d’imaginer lequel].
C’est une vraie chance pour elle de pouvoir entendre et apprendre deux langues différentes donc nous essayons de faire vivre ce multiculturalisme dans son quotidien, reste à voir comment elle le retranscrira le jour où des mots sortiront de sa bouche [rire].
Comment trouvez-vous votre nouvel équilibre à trois ?
Kamilah : Dans la vie, on est toujours en train de chercher un équilibre entre les différentes pièces de notre puzzle. Aujourd’hui, notre fille est notre priorité. Nous organisons nos journées en fonction de son emploi du temps, qui est à vrai dire, surtout rythmé par son appétit [rire].
Nous devons donc trouver différentes manières de nous soutenir mutuellement. Dans une relation, il n’y a jamais vraiment de 50/50 : chacun donne 100 % de ce qu’il a chaque jour. Alors nous devons veiller l’un sur l’autre, pour nous assurer que notre équilibre se perpétue.
Par exemple, Vincent peut avoir besoin de faire une longue sortie trail un jour, tandis que moi, ce même jour, j’aurai besoin de dormir le matin – et oui je nourris un petit bout d’individu toutes les 3 heures chaque nuit. Nous nous adaptons donc pour que chacun puisse avoir « son moment » et trouve son épanouissement. Nous essayons vraiment d’être attentifs l’un à l’autre afin de trouver la meilleure balance possible entre l’amour que nous donnons à notre enfant et nos besoins personnels.
Dans une relation, il n’y a jamais vraiment de 50/50 : chacun donne 100 % de ce qu’il a chaque jour.
Entre performance et équilibre personnel
Quel rôle jouez-vous dans la réussite de l’autre, qu’elle soit sportive ou professionnelle ?
Vincent : Comme le disait Kamilah, partager le quotidien de quelqu’un, c’est chercher - et souvent trouver – l’équilibre. Le sport entre dans cette balance mais reste un hobby. Nous l’envisageons l’un et l’autre comme une forme de privilège. Nous savons que c’est une chance de pouvoir prendre le temps d’aller courir en montagne. Alors quand on ne peut pas le faire, on relativise, le sport est un loisir.
Et puis avoir quelqu’un qui soutient son projet sportif est précieux. Mais ce soutien serait tout aussi important dans n’importe quel domaine : l’art, les études, le travail. Le plus important est d’écouter ce que l’autre veut et ce dont il a besoin, tout en acceptant le chemin qui y mène.
Kamilah : Je reçois souvent beaucoup de gratitude et de compliments pour mon assistance sur les courses de Vincent. Pourtant, l’assister pendant une course est probablement la chose la plus simple que je fasse pour lui. Tu sais exactement ce que tu dois faire : à quelle heure être à tel endroit, quelle nutrition lui donner, comment lui parler, et tu le vois pendant trente secondes… C’est facile d’aimer quelqu’un pendant trente secondes [rire] !
Le vrai défi est dans le quotidien : Trouver les mots, les encouragements jour après jour, apprécier les ups et gérer les down. Comme le dit Vincent, ce n’est pas une question de typologie d’activité : sportive, artistique, professionnelle mais plutôt de connaitre l’autre pour savoir ce dont il a besoin et comment l’accompagner vers ses objectifs.
Le sport entre dans cette balance mais reste un hobby. Nous l’envisageons l’un et l’autre comme une forme de privilège. Nous savons que c’est une chance de pouvoir prendre le temps d’aller courir en montagne.
Considérez-vous avoir tous les deux une démarche de “haut-niveau” dans ce que vous entreprenez et ainsi parler le même langage de la performance ?
Kamilah : Nous avons en réalité des approches assez différentes du sport et de la performance. Aux États-Unis, le sport joue un rôle majeur dans le système scolaire. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours couru : au collège, au lycée, puis pendant mes études – j’ai d’ailleurs été recrutée dans une université pour courir. Au lycée, je courais environ 100 km par semaine et cela me semblait totalement normal. Il y a une vraie culture de la performance derrière.
En France, j’ai plutôt l’impression que le sport est considéré comme un loisir que l’on pratique à côté de ses études. Vincent, par exemple, courait quatre jours par semaine au lycée - et cela pouvait déjà être vu comme « beaucoup ». Moi je courais six jours par semaine, à 16 ans, et le septième jour je nageais.
Nos approches sont différentes, mais c’est aujourd’hui entre ces deux visions que nous trouvons un juste-milieu.
En France, j’ai plutôt l’impression que le sport est considéré comme un loisir que l’on pratique à côté de ses études.
Vincent : Ce que je trouve intéressant dans le système français, c’est que la compétition occupe généralement moins de place pendant l’enfance et l’adolescence. On voit aussi moins d’enfants en burn-out sportif, parce qu’ils sont moins poussés à être performant.
Peut-être que les choses ont évolué - je ne suis plus assez jeune pour le savoir, j’ai 32 ans [sourire]. Mais de mon expérience, que ce soit à l’école ou dans les clubs, en France, nous n’évoluons pas dans un cadre tourné vers la performance, dès l’enfance. Alors qu’aux Etats-Unis, si tu es bon dans un sport, tout est fait pour te permettre de devenir encore meilleur. Cela peut être bénéfique - il suffit de regarder le nombre de médailles olympiques remportées par les États-Unis [rire]. Mais c’est aussi pour cela que beaucoup d’athlètes arrêtent très tôt leur carrière. Ils donnent tout au lycée et à l’université, puis leur « carrière » s’arrête.
Mon approche du sport est assez simple : J’aime la compétition et j’essaie d’être meilleur chaque jour, mais ce n’est pas le centre de mes priorités. C’est avant tout un plaisir.
Mon approche du sport est assez simple : J’aime la compétition et j’essaie d’être meilleur chaque jour, mais ce n’est pas le centre de mes priorités.
Aujourd’hui, au vu de votre parcours et votre vie commune aux Etats-Unis et en France, vivez-vous toujours ce biais culturel ? Ou approchez-vous le sport de la même manière ?
Vincent : J’espère que nous n’avons plus simplement un point de vue « américain » ou « français ». Nous avons vécu dans les deux pays et nous nous influençons mutuellement. Il y a aujourd’hui un mélange culturel dans beaucoup de choses que nous faisons. Je le vois aussi dans notre travail. Nous avons des métiers différents - je suis ingénieur et Kamilah travaille dans le marketing - mais je remarque que sa façon de voir certaines situations est parfois différente de celle des Français avec qui elle travaille. C’est souvent très enrichissant à mes yeux. Chacun apprend de l’autre.
Quel est le meilleur conseil que l’autre t’a donné ?
Kamilah : Probablement… d’aller moins vite. Et je ne parle pas seulement de course à pied. De manière générale, j’aime aller vite et faire les choses rapidement. Je me souviens que quelques mois après l’arrivée de Vincent aux États-Unis, je lui ai dit : « OK, dans cinq ans nous partons vivre en Europe ». Je suis quelqu’un de très goal-oriented.
Vincent m’a appris à apprécier davantage le processus et à vivre dans l’instant présent.
Si je prends l’exemple du sport : j’ai toujours couru sur les sentiers, mais je n’ai jamais pris de nutrition, je ne me suis jamais arrêtée au sommet d’une montagne pour profiter de la vue. Pour moi, il s’agissait surtout de faire la boucle, partir et revenir au point de départ. Aujourd’hui, j’apprends que le temps passé dehors peut aussi servir à admirer ce qu’il y a autour de moi et à me ressourcer.
Vincent m’a appris à apprécier davantage le processus et à vivre dans l’instant présent.
Je ne pense pas que j’aurais couru aussi vite si elle ne m’avait pas dit : « Tu peux le faire. Essaie simplement et vois ce qui se passe »
Vincent : Kamilah me donne énormément de bons conseils. Elle le fait tous les jours, pour être honnête. Mais le plus important est peut-être celui-ci : arrête de trop réfléchir et essaie. Je questionne toutes mes décisions. Tout le temps. J’analyse toutes les options, toutes les possibilités. Elle m’a appris à avoir confiance en moi, tout simplement. L’exemple le plus marquant est l’UTMB 2024. Kamilah m’a dit que j’avais fait tout ce que je pouvais à l’entraînement et qu’il ne me restait plus qu’à courir.
Je ne pense pas que j’aurais couru aussi vite si elle ne m’avait pas dit : « Tu peux le faire. Essaie simplement et vois ce qui se passe ».
[Pour rappel : Vincent Bouillard a gagné l’édition 2024 de la course de quartier de Chamonix en moins de 20h].
Quand vous entrez dans votre « pain cave » - un moment difficile de la course -, quel mot, pensée, image vous vient en tête et vous remotive ?
Kamilah : La dernière fois que j’ai vraiment poussé en course, c’était sur route. Je me répétais simplement : ça va faire mal mais si tu poursuis un objectif, tu dois accepter l’inconfort. Donc ce que je me suis simplement dis : ça va être difficile… et tu devras l’accepter quand ce moment arrivera.
Spoiler : le moment est arrivé [rire] puis j’ai fini par passer la ligne et j’étais fière.
Vincent : J’essaie surtout de prendre du recul. Honnêtement, il y a des problèmes bien plus graves dans la vie. Là, je suis en train de courir un ultra-trail et c’est très dur. Mais personne ne m’a forcé à être là : je me suis inscrit, j’ai pris un dossard pour vivre un moment fort et je le vis, point.
En ultra, il y a toujours des hauts et des bas. Si ça ne va pas maintenant, cela ira mieux plus tard. Et inversement, quand tout va bien, il ne faut pas trop s’emballer parce que tout peut basculer très vite [rire]. Relativiser - voilà le mot d’ordre.
Pour finir, que vous apprend la vie à trois sur le fonctionnement de votre équipe ?
Vincent : Avoir un enfant me donne encore plus de raisons de relativiser et de me rappeler que quand je cours, cela reste du sport. Même si cela ne diminue en rien mon envie d’être le meilleur possible le jour J.
Kamilah : Cela me rappelle surtout à quel point j’ai de la chance de pouvoir faire du sport. Tout le monde n’a pas le temps, les ressources ou simplement l’accès à la nature pour pratiquer, alors quand je le fais je l’apprécie énormément.
Notre fille met à l’épreuve nos habitudes et nos privilèges de la meilleure des manières. Et nous la remercions pour cela.
Tout le monde n’a pas le temps, les ressources ou simplement l’accès à la nature pour pratiquer, alors quand je le fais je l’apprécie énormément.
Texte & interview de Rose Rousset