Publié le 15 décembre 2020
Les frères Richalet
Crédit photo : Andreas Langreiter

Les frères Richalet

Les Frères de Glace

Interview, Ice Cross

Dans un monde où l’on aime s’envoyer des pistaches, où l’on apprécie se mettre des caramels et où l’on goûte très peu à la médaille en chocolat, il existe deux frères. Deux frères de glace qui s’accordent comme vanille et fraise. Arthur et Théo Richalet, 18 et 20 ans, sont deux boules de muscle qui se rêvent un avenir de taille magnum en ice-cross. Un sport spectaculaire et populaire venu des pays froids. Rencontre avec cette fratrie qui déploie trop de talent et de rigueur pour se voir privée de dessert. Et de victoires. 

VIEUX-PORT, SKI-CROSS & APERO QUI DERAPE

Racontez-nous vos premiers coups de patins. Comment avez-vous découvert cette discipline ? Et comment êtes-vous devenus deux des plus solides espoirs mondiaux de ce sport ? 

T. : On a entendu parler du ice-cross pour la toute première fois en 2012, au Québec, lors du Pee Wee, un tournoi international de hockey sur glace dédié aux jeunes. Puis, plus rien jusqu’en 2017, année où le circuit mondial fait pour la première fois escale en France, à Marseille, sur le Vieux-Port. Les organisateurs recherchaient de jeunes français pour participer à l’épreuve Juniors. Les dirigeants de mon club de hockey ont soumis ma candidature et quelques semaines plus tard, je me suis retrouvé dans les starting-blocks, à concourir pour un sport que je n’avais jamais pratiqué ! 

A. : Moi, ce sont ju stement ces images qui remontent spontanément : le souvenir de mon frère qui s’élance, sur le Vieux-Port. J’avais fait le déplacement pour l’encourager. J’étais trop jeune pour participer, pourtant, simplement en le regardant, j’ai pris le virus ! Je n’avais qu’une hâte : fêter mes 16 ans pour pouvoir le rejoindre sur le circuit. 

T. : Finalement, je finis 12ème de cette compétition mais j’en ressors avec une certitude : j’ai pris un plaisir monstrueux, je veux revivre ces sensations et par conséquent continuer à pratiquer ce sport. Je progresse, fais ma place sur le tour et suis rejoint par Arthur deux ans plus tard, en décembre 2018, sur la manche de Tokyo. Il finit 12ème et moi 2ème. Un moment incroyable ! 

Crédit photo : Pavel Shukorukov

De l’extérieur, on a l’impression d’une discipline certes spectaculaire mais dont les règles sont très triviales. En gros, le premier en bas, peu importe les moyens utilisés, a gagné… 

A. : C’est légèrement plus subtil que cela ! On apparente beaucoup le ice-cross au ski-cross et ainsi, via cette comparaison, les gens visualisent assez bien de quoi il s’agit. On part à 4, tout en haut d’une piste agrémentée de modules, et le premier à franchir la ligne d’arrivée remporte la victoire. Les contacts volontaires sont interdits et passibles de disqualification. La seule différence avec le ski-cross, c’est que nous n’avons pas des skis mais des patins aux pieds. 

T. : Par essence, c’est un sport hyper ludique. Ce côté très fun, presque festif, tu le ressens entre les adversaires : l’ambiance est très bon enfant ! Le ice-cross demeure avant tout un jeu. Un peu à l’image de son mythe fondateur selon lequel la discipline puiserait ses origines dans une soirée entre potes créatifs venus d’un pays froid. Ceux-ci n’auraient eu d’autre idée que de balancer de l’eau sur la terrasse pour que celle-ci givre et qu’ils puissent s’y affronter en patins, sur une course à obstacles.

Qu’est-ce qui vous a instantanément séduit dans le ice-cross ? 

T. : Nous sommes nés à Megève, au pied des montagnes, face au Mont-Blanc. Le sport et la glisse font partie de notre vie depuis toujours ! À 3 ans, nous étions sur les skis, et à 5, sur les patins. Jusqu’à l’adolescence, nous avons d’ailleurs pratiqué de front le hockey sur glace et le ski alpin à haut-niveau. Donc forcément, lorsque l’on nous a proposé de nous essayer à une discipline qui alliait nos deux passions, ça ne pouvait que « matcher » ! 

A. : C’est exactement ça ! Découvrir le ice-cross c’était un peu comme combiner nos deux sports favoris en un seul, sans que l’on ait l’obligation de choisir entre l’un ou l’autre. Du hockey, on retrouve la notion d’équilibre et la confrontation physique directe avec des adversaires. Du ski, on s’inspire de la lecture du terrain, du choix des trajectoires et de la capacité à changer d’appuis de façon très explosive. 

Crédit photo : Mihai Stetcu

FORMULE 1, EXPLOSIVITE & TOBOGGAN

Crédit photo : Joerg Mitter

Si vous deviez dresser le portrait-robot d’un champion de ice-cross, quelles seraient ses qualités ? 

A. : Comme évoqué juste avant, il devra tout d’abord avoir d’immenses dispositions en termes d’équilibre, une proprioception irréprochable. Ensuite, il serait extrêmement explosif. Tonique et puissant sur ses appuis, avec une belle réactivité, ce qui indispensable pour prendre un bon départ, surtout lorsque l’on connait l’importance de ce dernier. 

T. : Après, même si l’explosivité est primordiale, il faut aussi qu’il ait une certaine endurance pour maintenir un haut niveau d’intensité pendant toute la durée d’un run, d’une minute pour les plus courts à deux minutes pour les plus longs. Car en bas, tu finis complètement lactique ! Enfin, il y a un fort aspect tactique. Il s’agit d’être fin stratège pour jouer avec les trajectoires et l’aspiration des concurrents. Un peu comme en Formule 1 : anticiper un virage pour « faire l’intérieur », rester à l’abri dans une longue ligne droite… 

 

A. : Le parallèle avec les sports automobiles est intéressant et d’autant plus pertinent que, nous aussi, nos épreuves s’étalent sur plusieurs journées : les essais sur la piste le mercredi, les qualifications le jeudi et enfin la compétition le vendredi soir… 

T. : On a aussi oublié de mentionner l’engagement ! La capacité de l’athlète à s’engager, mentalement et physiquement, ce n’est pas important, c’est fondamental pour performer en ice-cross ! 

 

 

Justement, on entend de plus en plus souvent parler de cette capacité « d’engagement » dans les sports extrêmes. Comment vous définiriez cette aptitude ? 

T. : Pour moi, l’engagement, c’est la capacité à prendre un risque, à l’assumer, sans se mettre en danger soi-même ou ses adversaires. C’est se servir de son stress comme d’une pression positive pour rester alerte, vigilant et lucide. Atteindre la vitesse de 50 km/h sur des lames de 20 cm de longueur, ce n’est pas commun. Or l’engagement, c’est accepter cette part de risque, c’est vouloir gagner au risque de perdre, au risque de se blesser ! 

 

 

 

A. : Je suis d’accord avec cette définition ! L’engagement, c’est comme le courage. Il ne s’agit pas de ne pas avoir peur, mais de faire malgré la peur… C’est s’élancer dans ce toboggan de glace malgré l’énorme boule que tu as dans le ventre. 

T: Le ice-cross est un sport « jeune ». Malgré ce manque de maturité de la discipline qui va forcément de pair avec des moyens limités, vous vous inscrivez pleinement dans une démarche de haut-niveau… 

A. : Oui, clairement, le ice-cross prend de plus en plus de place dans nos vies. Avant, on participait juste pour le fun, pour s’amuser et prendre un max de plaisir. Mais l’appétit venant en mangeant, on s’est pris au jeu. Quand tu goûtes à de beaux résultats, tu t’investis plus pour que cela se reproduise. 

T. : Après on est des compétiteurs dans l’âme. On fait du sport de haut-niveau depuis tout petit. Depuis que l’on est enfant, on est animé par la victoire. On rêve d’être les meilleurs et de se retrouver devant, tous les deux.

PUMPTRACK,  JEUX OLYMPIQUES  & TOUR DU MONDE

Ça ressemble à quoi les journées d’un jeune ice-crosseur qui rêve de dominer un jour son sport ?  

T. : Déjà, ça ressemble étrangement à la vie d’un étudiant presque normal ! (sourire) Pour ma part, je suis actuellement en 2ème année d’école d’ingénieur, à l’INSA de Strasbourg. Je bénéficie d’horaires aménagés pour m’entrainer mais les journées demeurent bien denses. Par contre, avec Arthur, nous n’avons pas de coach. On a pris la décision de s’entrainer seuls et pour le moment ça nous réussit. Nos plans ne sont pas vraiment structurés. On reste beaucoup à l’écoute de nos sensations et de nos envies. On essaye néanmoins de se tenir à un schéma hebdomadaire assez récurrent : deux ou trois séances de musculation, une ou deux sorties de foncier à pied ou en vélo et une session de roller au pumptrack ! 

 

A. : En fait, on place le plaisir au centre de notre pratique et de notre démarche de performance. On entend beaucoup les athlètes dire qu’ils sont « là pour se faire plaisir ». Nous, ce n’est pas galvaudé, on est vraiment là pour kiffer ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on touche à tout dans notre entrainement quotidien. Pour travailler l’ensemble du corps sans jamais se lasser. Cette approche très pluridisciplinaire nous permet de nous sentir bien physiquement, mais aussi mentalement. On n’aime pas du tout s’abrutir à la salle ! De mon côté, je suis moniteur ESF et m’entraine déjà 4 fois par semaine avec mon équipe de hockey. Ça m’offre de base une belle dose de sport hebdomadaire ! 

À respectivement 18 et 20 ans, vous vous sentez armés pour atteindre le plus haut-niveau sans coach et sans encadrement ?

T. : Aujourd’hui, on s’épanouit dans notre pratique. On s’amuse et on continue à progresser. Néanmoins, dans 2 ans, je passe chez les « grands », dans la catégorie Seniors, et j’ai conscience que mon mode de fonctionnement actuel pourrait me permettre d’atteindre le top 20 mais pas le titre. Pour cela, je devrai mettre d’autres choses en place. Mais j’ai encore le temps, donc j’en profite ! 

 

A. : Cette autonomie, elle n’opère pas seulement sur l’aspect sportif. C’est le projet global que l’on mène ainsi, de façon indépendante. Nos parents nous ont toujours soutenu, ils adhèrent à 100%, mais ils nous ont prévenu dès le début que l’on devrait se débrouiller seuls. Une saison coûte à peu près 10 000 euros, du coup on s’est remonté les manches et on a monté un dossier de sponsoring. On est allé chercher nous-mêmes ces entreprises partenaires qui nous font confiance et nous permettent désormais de vivre notre rêve. 

 

Ça fait quoi de vivre cette aventure avec son frère ? 

T. : C’est juste incroyable… C’est génial de faire le tour du monde avec son frère à l’âge de 16 et 18 ans, à la poursuite d’un rêve et animés par une passion commune. À chaque fois, on part uniquement tous les deux, sans nos parents. On se retrouve dans des villes comme Tokyo ou Boston, à l’autre bout du planisphère, livrés à nous-mêmes. Ça créé des liens hyper forts entre nous. 

A. : Cette fraternité, c’est aussi une immense force en compétition… L’année dernière, Théo n’a pu me suivre sur toutes les épreuves à cause des cours. J’ai senti qu’il me manquait quelque chose. On ne pouvait pas échanger sur le parcours, s’entraider, se donner des conseils techniques. Je me suis rendu compte combien sa présence était réconfortante et motivante. 

Si vous deviez puiser une qualité chez l’autre, ce serait laquelle ? 

A. : Sans hésiter, sa résistance à la pression. Il a cette capacité impressionnante à garder la tête froide peu importe l’enjeu et les conditions ! Son expérience serait également un atout non-négligeable. 

T. : Pour ma part, ce serait plutôt un aspect physique. Son explosivité, sa musculature. Naturellement, Arthur est plus trapu et donc par conséquent plus solide au contact et plus tonique au départ. 

Crédit photo : Pavel Shukorukov

Vous avez déjà accumulé beaucoup d’expérience sur le circuit, mais vous avez encore l’âge qui permet de rêver. Quels sont ces rêves ? 

T. : Mon rêve, il est tout simple : continuer à faire le tour du monde avec mon frère pendant 10 ans grâce cette discipline que l’on adore ! 

A. : Ce serait cool, oui (sourire) ! Après, s’il s’agit d’être ambitieux, je pense que l’on rêve tous les deux du plus haut niveau mondial et pourquoi pas des Jeux Olympiques. C’est un sport jeune certes, mais populaire. À Saint-Paul, au Canada, l’évènement rassemble près de 120 000 spectateurs… Le circuit se structure, petit à petit. Au fond de nous, on a envie de croire que le ice-cross va donc devenir olympique. 

Journaliste : Baptiste Chassagne

arthur & théo richalet

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