Publié le 5 février 2026
Stevenson Savart : l’histoire singulière d’un skieur haïtien aux Jeux Olympiques d’hiver, entre rêve, persévérance et engagement
Crédit photo : ©Quentin Joly / @JolyPics
Portrait

Stevenson Savart : l’histoire singulière d’un skieur haïtien aux Jeux Olympiques d’hiver, entre rêve, persévérance et engagement

À 25 ans, bientôt 26, le skieur de fond n’a qu’un rêve en tête : mettre des étoiles dans les yeux des enfants d’Haïti et redorer l’image de sa terre natale.
SPORTS D'HIVER
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Ski de Fond, Portrait, Actualité

À travers le regard et l’écriture de son coach Florian Panier, c’est l’histoire d’un skieur dont l’immensité et la beauté du défi ont été le catalyseur d’une magnifique aventure qui s’écrit au fil des années. Après s’être retrouvés en 2022, le coach et le fondeur sont désormais sur la route tant attendue : direction les Jeux Olympiques de Milan-Cortina !

Crédit photo : ©NordicFocus

La naissance du rêve olympique

Stevenson Savart naît le 11 mai 2000 en Haïti. Il est adopté à l’âge de trois ans par une famille de La Bresse et grandit dans les Vosges, où il découvre le ski et effectue ses premières compétitions.

En septembre 2015, à quinze ans, le jeune fondeur rejoint le Doubs pour intégrer le sport-études du lycée Toussaint Louverture de Pontarlier, où il prépare un baccalauréat professionnel en menuiserie. Alors que la vie du lycée est rythmée par de nombreux événements de soutien à Haïti, organisés avec l’association « L’Ouverture vers Haïti », Stevenson choisit de rester en retrait. Il souhaite avant tout être reconnu comme skieur et menuisier, plutôt que comme le symbole de son pays d’origine.

Le bac en poche en 2018, il s’oriente ensuite vers des formations d’animateur accrobranche et sportif avant d’achever le cursus du diplôme d’État de moniteur de ski nordique entamé au lycée. Après un premier poste dans les Vosges, il s’installe à Métabief où il devient animateur et moniteur-entraineur de ski de fond à l’Olympic Mont d’Or. Une vraie fabrique à talent, qui a notamment vu émerger Lou Jeanmonnot qui deviendra championne de biathlon quelques années plus tard !

C’est au cours de ces années post-bac que Stevenson commence à s’interroger sur ses origines. Peu à peu, naît alors un projet fou : devenir le premier skieur de fond haïtien de l’histoire à représenter son pays aux Jeux Olympiques. Son rêve est clair : mettre des étoiles dans les yeux des enfants d’Haïti, leur montrer que tout est possible et contribuer à redorer l’image d’un pays fragilisé par de profondes crises politiques et sociales.

Le défi est immense. Stevenson reste un compétiteur dans l’âme, mais il ne s’entraîne plus et n’a pas remis de dossard, les compétitions post-Covid étant désormais réservées aux athlètes de très haut niveau.

Lorsqu’il décide de se remettre en selle les 8 et 9 octobre 2022, à l’occasion des Championnats de France d’été, la tâche s’annonce ardue, en témoignent ses résultats.

C’est à cette occasion qu’il reprend contact avec son ancien professeur d’EPS du sport-études de Toussaint Louverture, Florian Panier, pour lui demander s’il accepterait de redevenir son coach. Le pacte est rapidement scellé. L’aventure peut commencer.

Le défi est immense. Stevenson reste un compétiteur dans l’âme, mais il ne s’entraîne plus et n’a pas remis de dossard, les compétitions post-Covid étant désormais réservées aux athlètes de très haut niveau.

Crédit photo : ©Joe Klamar / AFP

Les premières expériences à l'international

Durant l’hiver 22-23, Stevenson participe à la qualification du sprint de Coupe du monde des Rousses. Parallèlement, il parvient, non sans difficulté, à se qualifier pour la course dite des « petites nations » lors des Championnats du monde de Planica 2023.

Fin février, le mini-bus du lycée Toussaint Louverture quitte Pontarlier en direction de la Slovénie. À son bord, une équipe encore embryonnaire : la toute jeune « Haïti Ski Team ».

Stevenson se présente aux Mondiaux avec une paire de skis offerte par Sport et Neige, un magasin bien connu de Pontarlier, les anciens skis de compétition de son coach, ainsi que plusieurs paires prêtées par de jeunes retraités du ski de fond. Quatre marques différentes se côtoient alors dans le rack à skis de l’équipe avant le départ de la course des « petites nations ».

Malgré ces conditions précaires, Stevenson réalise une performance remarquable. Il se classe quatrième de la qualification, un résultat synonyme d’autorisation à prendre le départ du sprint et du dix kilomètres aux côtés des « grandes nations ».
 

Construire sur la durée

À l’issue de l’hiver 22-23, un bilan est dressé après six mois de reprise. Il est alors décidé que la saison 23-24 sera volontairement orientée vers le circuit du SAMSE National Tour (SNT), afin de laisser à Stevenson le temps nécessaire à une remise à niveau progressive.

Grâce au soutien de plusieurs partenaires, et notamment de l’association « À Fleur de Peau », engagée dans la lutte contre les ravages de l’exposition solaire et soutien de la première heure du projet, Stevenson parvient à constituer une véritable housse à skis de compétition. Pour la première fois, il peut évoluer sur une seule et même marque de skis.

Chaque week-end de course la Haïti Ski Team s’appuie sur la structure du Massif Jurassien, sans laquelle ce projet n’aurait sans doute jamais pu voir le jour. En parallèle, Stevenson s’entraîne au lycée avec les jeunes du sport-études, assure un emploi de garde d’enfants à domicile et donne quelques heures de cours de ski lorsque l’enneigement le permet.

Les performances reviennent progressivement. Si elles restent en deçà de ses attentes au regard de l’investissement consenti à l’entraînement, elles laissent néanmoins entrevoir des perspectives encourageantes.
 

Crédit photo : ©NordicFocus

Pour la première fois, il peut évoluer sur une seule et même marque de skis.

Changer de statut pour mieux performer

Lors de la préparation de la saison 24-25, Stevenson prend pleinement conscience de la difficulté à concilier entraînements intensifs et activité professionnelle. Une solution est alors envisagée au sein du lycée, avec la mise en place d’un contrat d’emploi civique affecté au sport-études.

À la rentrée de septembre, Stevenson débute ainsi, aux côtés de son coach une mission de co-encadrement des séances d’entraînement des jeunes lycéens. Cette nouvelle fonction lui permet de se consacrer à 100 % à son projet olympique.

Sur le plan sportif, l’objectif est désormais ambitieux : se qualifier pour les Championnats du monde de Trondheim 2025 sans passer par l’épreuve des « petites nations ». Pour y parvenir, Stevenson doit obtenir une moyenne inférieure à 150 points FIS sur cinq courses internationales.

Stevenson relève le défi. Il se qualifie et offre à l’équipe une quinzaine de jours hors du temps, faits de rêve et d’émotions !
 

Malgré de très bonnes performances en Coupe d’Europe (FESA), notamment à Falcade en Italie, et un premier podium en sprint en coupe de France, il se présente aux Mondiaux avec un total de 151 points FIS. Quitte ou double.

Seuls les dix premiers de la course de qualification des « petites nations » peuvent accéder aux épreuves avec les « grandes nations ». En cas d’échec, la Haïti Ski Team n’aurait passé que deux jours en Norvège, contre deux semaines en cas de qualification.

Stevenson relève le défi. Il se qualifie et offre à l’équipe une quinzaine de jours hors du temps, faits de rêve et d’émotions !
 

Crédit photo : ©Joe Klamar / AFP


Toute la persuasion de son coach sera nécessaire pour convaincre Stevenson de prendre le départ du 50 kilomètres skate, disputé le dernier jour des championnats. Épuisé par l’enchaînement des courses et éprouvé par des conditions d’hébergement particulièrement inconfortables, réservées aux « petites nations », il se sent alors incapable de s’élancer.

S’il ne ralliera pas l’arrivée de cette épreuve, Stevenson gardera à jamais le souvenir de ces quelques tours de piste parcourus devant près de 100 000 spectateurs.

Un quota pour Haïti

À l’issue de l’hiver 24-25, Stevenson apprend que, grâce à ses résultats en Coupe d’Europe et aux Championnats du monde de Trondheim, il a ouvert un quota pour Haïti aux Jeux Olympiques de 2026. Mieux encore, il remplit désormais l’ensemble des critères requis, notamment le seuil des 150 points FIS, pour prendre le départ de toutes les courses individuelles olympiques. 

Le projet change alors de dimension. Il ne s’agit plus de décrocher une qualification, mais bien de planifier une préparation en vue d’atteindre le meilleur niveau possible aux Jeux. 

Le contrat d’emploi civique arrivant à son terme en juin 2025, il est convenu, en accord avec le proviseur du lycée Toussaint Louverture que Stevenson poursuivra son engagement auprès du sport-études sur l’année scolaire 25-26. Depuis septembre 2025, il occupe ainsi un poste à mi-temps d’assistant du sport-études, prolongeant la dynamique engagée les années précédentes.

Sur le plan sportif, Stevenson intègre également la Team Nordic Experience (TNE), un collectif d’athlètes de haut niveau aux profils variés, co-managé par deux anciens élèves du lycée Toussaint Louverture, Maxime Grenard et Antoine Tarantola, présidé par Fabien Coste.

Le projet change alors de dimension. Il ne s’agit plus de décrocher une qualification, mais bien de planifier une préparation en vue d’atteindre le meilleur niveau possible aux Jeux. 

Crédit photo : ©Laurent Gillieron / Maxppp

Sur la route du rêve olympique

Le 6 février 2026, le rêve deviendra réalité. Pour la première fois de l’histoire du ski de fond mondial, un athlète haïtien, Stevenson Savart, représentera Haïti aux Jeux Olympiques d’hiver de Milano-Cortina 2026.

À l'heure où ces dernières lignes sont écrites, Stevenson et Florian, en plein préparatifs pour la cérémonie d'ouverture, se réjouissent de vivre ensemble ce moment unique et précieux dans une vie de sportif.

Pour soutenir Stevenson, rendez-vous le 10 Février à 9h55 pour le départ des qualifications de ski de fond classique.

Le 6 février 2026, le rêve deviendra réalité.

Crédit photo : ©Florian Panier

Un texte de Florian Panier, professeur d'EPS au lycée Toussaint Louverture de Pontarlier & coach de Stevenson. MKSport le remercie chaleureusement pour son aide. 
 

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