Publié le 22 décembre 2025
Portrait I Caroline Côté et l’irrésistible appel du Nord
Crédit photo : ©CarolineCôté
Portrait

Portrait I Caroline Côté et l’irrésistible appel du Nord

Une aventurière singulière à la recherche de terres polaires
AVENTURE
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Carnet de Voyage

Vous êtes vous déjà demandé à quoi ressemblait une vie faite d’aventure et d’expéditions ? Caroline Côté est à la fois aventurière, cinéaste d'aventure et athlète de longue distance; des casquettes pour la plupart inédites dans la sphère de l’aventure féminine. Sa carrière, riche en expéditions arctiques, compte notamment un record mondial de la plus rapide traversée en Antarctique. Plus qu’un mode de vie, l’expédition polaire est sa manière d’être, de s’affirmer en tant que femme et de trouver un sens à son existence. Une aventure pourtant exigeante et dispendieuse : entre préparations millimétrées, isolement et froid extrême. Voici le regard de Caroline Côté sur l’aventure polaire.

 

Crédit photo : ©CarolineCôté / VincentColliard
Crédit photo : ©CarolineCôté / VincentColliard

Cette native de Montréal a d’abord suivi une formation en publicité avant de se tourner vers la réalisation de documentaires d'aventure. Plus tard, c’est vers les expéditions polaires et une aventure plus brute encore que Caroline se sent appelée. La jeune femme décide alors de se lancer en tant qu’aventurière et sportive de haut niveau, plus précisemement en tant que skieuse de fond. « De nos jours, il faut savoir jongler entre plusieurs casquettes. J’ai toujours voulu être créative et sportive à la fois. Avoir plusieurs possibilités m’a permis de les relier. » - nous confie-t-elle.

 

De cet enchevêtrement de passions naît une carrière inspirante. D’office, Caroline préfère allier ses passions plutôt que de renoncer à l’une d’entre elles. Ses parents, qui la prédestinait à un métier « conventionnel » comprennent au fil des expéditions de leur fille que l’aventure est plus qu’un hobby. C’est d’ailleurs après sa première expédition en Antarctique en 2013, qu’une aubaine se produit : « Il y a eu un avant et un après cette expé’. Mes parents ont perçu que l'aventure pouvait être un métier ».

Aux origines d’une passion

 

À l’origine coureuse d’ultra fond, Caroline quitte du jour au lendemain son emploi en publicité pour vivre d’adrénaline. En pleine quête personnelle, Caroline se sent appelée par le vrai et le simple : la nature. Elle reprend alors racine en forêt et se donne pour mission d’inspirer les autres à vivre leurs propres aventures par le biais de sa caméra. Tel un crayon en main, elle dessine l’histoire de ses périples et raconte sur la page vierge de sa nouvelle vie les rencontres faites sur son chemin. Son objectif est clair : inspirer les autres à vivre d’authenticité à travers l’humain et la nature. « J’ai choisi de tout investir dans mon métier, de raconter l’histoire de mes rencontres au fil des kilomètres parcourus. » - explique Caroline.

 

Crédit photo : ©CarolineCôté / VincentColliard
Crédit photo : ©CarolineCôté / VincentColliard

Aller à la recherche du silence, s’imprégner de l’odeur du lichen, vibrer devant l’apparition d’une aurore boréale, c’est pour ces raisons que Caroline est partie. C’est aussi parfois pour elle se sentir égoïste que de quitter les siens, mais la solitude à un prix : celui de mieux se retrouver. Partir, c’est explorer des zones intérieures inconnues à nous-mêmes, autant sur le sentier que nous empruntons que dans notre esprit. Se fier à son instinct, ignorer les conventions et s’élancer, voilà le mantra de Caroline.

Crédit photo : ©CarolineCôté / VincentColliard

Ce désir intrinsèque de se sentir en harmonie avec soi et la nature, Caroline l’a toujours eu. « Qui est-on vraiment après une nuit froide passée sous la tente, au cours d’un effort soutenu ou lors des derniers kilomètres d’une course ? » - se demande-t-elle souvent. D’après elle, c’est en surmontant des défis, quels qu'ils soient, que nous entrons en prise à notre fragilité humaine. Et quoi de mieux qu’apprendre à se connaître à travers nos doutes ? C’est en cherchant le dépassement de ses limites que Caroline parvient à comprendre son essence, sa raison d’être. Mais même si ses pieds ont foulé de nombreuses terres et ses bras donné de nombreux coups de pagaie, Caroline ne se trouve qu’au début de son exploration personnelle. Un long chemin intérieur, qui selon elle, s'éclaircit au fil de ses déplacements en nature.

La vie dans le Grand Nord

La solitude comme seul compagnon de route 

 

En véritable amazone, Caroline brave les froids et les vents. Elle affronte même un ennemi de taille :  l’isolement glacial. Quel est son rapport à ce sentiment ? De quelles techniques dispose-t-elle pour lui faire front ? Caroline part le plus souvent accompagnée d’une équipe. Mais la Montréalaise n’a pas froid aux yeux et ne se limite à rien. C’est pourquoi il lui arrive régulièrement de partir seule en expédition : « Ça amène une bonne dose de confiance en soi. Quand on revient, on se sent ressourcée ».
 

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Lorsqu’en 2023, Caroline part en solo pour briser un record du monde en Antarctique, c’est en ayant toujours une tâche à accomplir qu’elle combat la solitude : « J’avais toujours des réparations à faire sur mon matériel. Quand on parcourt des kilomètres par jour en milieux polaires, si on ne répare pas régulièrement notre équipement, il finit par nous lâcher ». Autre astuce infaillible : la  prise de notes continue. Mais la principale intéressée rétorque qu’à ce moment-ci de son aventure, son temps n’était mis à profit que pour son propre dépassement physique : « J’étais tellement à bout que je pensais seulement à dormir pour arriver le plus vite possible au Pôle Sud et briser le record. » 

 

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Un record du monde en Antarctique 

 

En 2023, Caroline devient la nouvelle détentrice du record mondial féminin de la plus rapide traversée de 1130 km entre Hercules Inlet et le Pôle Sud. Une expédition à skis en solitaire, réalisée en 33 jours, 2h et 54 min; soit le plus grand défi de sa carrière. L'aventurière pulvérise ainsi le record de la Suédoise Johanna Davidsson, qui plus est, dans des conditions difficiles.

 

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Un mental à toute épreuve 


Lors de dépassements physiques intenses ou de doutes persistants, une voix peut nous insuffler d'arrêter, qu’il nous est trop difficile de continuer. Caroline, elle, ne l’écoute pas. Elle s’efforce d’avancer, guidée par un mental hors norme qui la pousse à toujours puiser dans ses ressources. Pendant cette expédition,  Caroline souffre de douleurs aux pieds et aux hanches après plus de 8 heures à tirer le traîneau. Ce qui la pousse à continuer, c'est un plan clair : « Je voulais aller au bout, me dire que je ne suis pas quelqu'un qui abandonne et en ressortir grandie. » Son objectif premier ? Inspirer les autres femmes à entreprendre des défis d'envergure : « Avoir un modèle de réussite semblable à soi peut changer la donne ».

Crédit photo : ©CarolineCôté / VincentColliard

Caroline se sentait également chanceuse et redevable de se trouver là où elle était, un endroit vierge, préservé de toute trace humaine : « Il y a tellement peu de gens qui avaient eu la chance de se trouver là, je me devais de me surpasser ». Derrière elle, une équipe qui l’entraîne depuis des années, qu’elle souhaitait aussi rendre fière après tous les efforts mis en place pour sa réussite : « C’était un moyen de leur montrer que leur expertise m'avait servi. »  À chaque nouvelle problématique, Caroline trouve une solution, avance, se surpasse, comme lorsqu’une de ses fixation se brise et qu’elle la répare dans le feu de l’action : « Je me projetais au bout de la ligne d'arrivée, qu’ importe ce qui pouvait arriver ».

C’est donc grâce à un mental d’acier que Caroline surpasse l’échec. Mais cette force mentale n’aurait pas vu le jour sans préparation. C’est au terme de nombreux entraînements que Caroline se l’est forgée : « C’est en faisant des micro-expéditions au Québec, où j’ai pu commettre des erreurs lors de ma phase de préparation, que j’ai appris à briser mes peurs. » Parmi les peurs citées, celle de la solitude, des crevasses, ou encore d’emprunter la mauvaise direction.

La logistique, une étape dispendieuse


La préparation logistique d’une expédition est essentielle mais surtout complexe et dispendieuse. Dans un premier temps, Caroline rallie autour d’elle une équipe d’experts et se pare d’un équipement médical parfait pour gérer les imprévues en toute sérénité. L’étape de la communication est elle aussi primordiale : Caroline choisit alors un membre de l’équipe qui devra lui transmettre les informations météorologiques nécessaires à l’élaboration de son routage. Il faut ensuite trouver les fonds pour financer la traversée : « C’est l’étape la plus stressante car une expédition en solitaire coûte en moyenne 100 000 $ (soit 80 000 €) ».

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La préparation de la nourriture est elle aussi cruciale et consiste à empaqueter 1 kg de vivres par jour, contenant jusqu’à 8 000 calories pour atteindre un rythme de déplacement quotidien de 30 km. Et ce, en prévision du froid, car n’importe quel effort en terre polaire peut entraîner la perte de milliers de calories (jusqu’à -35° en Antarctique). Ainsi, Caroline a besoin d’apports énergétiques même durant la nuit (le froid continuant de s'installer pendant le sommeil). Pour pallier ce déficit calorique, la matière grasse (beurre ou huile) permet de reprendre rapidement des calories. L’ultime phase de préparation consiste quant à elle à l'achat du matériel le plus léger et performant du marché.

 

Crédit photo : ©CarolineCôté / VincentColliard
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Acclimatation du corps en conditions extrêmes

 

Protéger son corps du froid demeure la clef d’une expédition polaire. Mais alors comment Caroline s'adapte-t-elle à des températures si basses ? “Les premières journées sur le terrain sont sans équivoque les plus difficiles. C'est là que peuvent survenir des engelures sur notre corps.” - explique-t-elle. En effet, en Antarctique, le froid est glacial, imposant, unique maître des lieux. Les pieds et les mains sont ainsi sujets aux engelures : « Le froid peut entraîner de nombreuses causes d’arrêt d’expédition ». Il pénètre partout dès que le corps est à l'arrêt : « Il faut toujours être en mouvement et éviter les contacts avec le métal ».


 

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Tout ce qui touche notre peau devient alors un potentiel danger pour celle-ci. Et c’est en prenant le temps de faire les choses correctement que Caroline évite les blessures : « C’est un travail de chaque minute que de penser à se protéger de partout. J'ai eu la chance de ne connaître qu’un problème à un orteil. » Ce qui fait également la particularité de ce désert givré se trouve au-dessus des nuages. Deux fois plus fort qu’en Europe ou en Amérique, le soleil du Pôle Sud est également un véritable ennemi pour la peau. La protéger des rayons du soleil devient alors un autre enjeu auquel veiller matin et soir.

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Filmer en milieux polaires

 

La spécialité de Caroline ? Plonger avec sa caméra dans des contrées lointaines, immaculées de toute urbanité, afin de partager des récits inspirants et de sensibiliser à la préservation de la nature. Elle s'efforce alors de documenter aussi bien le dépassement des limites humaines que le changement climatique, ou les communautés autochtones. Dans ses récits filmés, Caroline cherche toujours à capter ce qui lie profondément l’Homme à la nature, en donnant voix à ceux que ces lieux habitent et transforment.


 

Mais demeure difficile l’exercice de ramener des images tout en profitant du moment présent : « Tout dépend des défis. Il y a des expéditions où je pars seulement pour filmer. D’autres que je réalise en mode sprint, sans caméra. » Lorsque Caroline est ancrée dans le présent, il lui est tout de même difficile de sortir sa caméra : « Je suis consciente que je ne revivrai jamais ces moments-là. C'est souvent lors de rencontres avec des animaux, comme lorsque j’ai aperçu pour la première fois une meute de loups blancs. Je voulais partager ce moment uniquement avec eux».

 

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Un chapitre loin d’être clos

 

À 39 ans, Caroline Côté est une aventurière accomplie, affichant un palmarès à la hauteur de son engagement. Plus qu’une sportive de haut niveau, elle est de ces femmes qui n’ont pas peur de s’affirmer et de tracer leur propre voie dans un milieu à majorité masculine. Bref, une personnalité détonante dans un monde souvent linéaire, qui nous insuffle encore de nouvelles perspectives et élans d’aventure. À celles et ceux qui hésitent (encore) à prendre la route du Nord :
 

Dans une vie, nous passons tous par des étapes qui sont comme des expéditions polaires.  Parfois, nous avons besoin de nous recentrer sur nous-mêmes, de savoir ce qui est important dans nos vies.  La route du Nord amène à un tel point de dépassement de soi que lorsqu’on revient, on sait où l’on va. C'est un pèlerinage au froid, un éveil à soi qui nous ramène à notre humilité et nous permet de grandir. Lorsque je pars, j'abandonne tout et je reviens en une nouvelle personne. C’est à faire une fois dans sa vie, peu importe la forme que ça prend. - Caroline Côté

Crédit photo : ©CarolineCôté / VincentColliard

 

Du côté de ses futurs projets, Caroline se dirige sans grande surprise à nouveau vers le froid :Désormais, mon but est d'amener d'autres gens à en profiter”. Son métier de guide polaire lui permet notamment de faire découvrir ces milieux aux amateurs d’aventure. Sa prochaine destination : le Svalbard, un archipel norvégien situé dans le cercle polaire arctique :  « Ce sont de véritables déserts glacés où faune et glace cohabitent ensemble.» Caroline conclut : “Ce sont les plus beaux milieux polaires que je connaisse”.

 

Crédit photo : ©CarolineCôté / VincentColliard

 

Texte de Candice Tupin

 

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