Guidée et narrée par la lumière, l’histoire suit un groupe d’amis se déplaçant au fil de la journée et des changements d’ambiance à mesure que le soleil se couche pour faire apparaître la lune. Lorsqu’elle disparaît, la lumière les oriente et devient une force essentielle à leur évolution dans la montagne. Toujours transformée, elle guide les mouvements et la perception de l’environnement.
Comme beaucoup, nous sommes happé par nos occupations, les réseaux sociaux et l’opulence de contenus que nous impose tant bien que mal la société actuelle. Si bien, que nous tournons le dos à des éléments simples et essentiels qui dictent notre vie. Ils sont là, et puis quoi de plus ? Et puis parfois, lorsqu’un incident, un évènement, une expérience vient perturber le rail sur lequel nous sommes apparait, il se peut qu’on lève la tête. C’est précisément à ce moment que les prises de consciences arrivent. La perte en est l’un des meilleurs exemple, à bien des niveaux.
Lorsqu’on perd un proche, un ami, on réalise trop tard l’importance et la place qu’il prenait dans notre vie. Tout d’un coup, le monde cesse de tourner pour nous et cette perte prend une dimension démesurée dans notre quotidien. Sa valeur décuple, et on réalise qu’il fallait en prendre soin bien plus tôt. Mais quel rapport avec un film de snowboard ? Et bien à peu près tout. La réalisation, le groupe d’amis, la lumière comme guide, les passages sombres et les retours à la clarté, sortir de sa zone de confort.
Mais quel rapport avec un film de snowboard ? Et bien à peu près tout.
Réalisation et envies personnelles
Pia Berchtold et Thomas Stanglechner ont longtemps creusé l’idée de faire un film autour de la lumière. Techniciens audiovisuels et artiste dans l’âme, c’est une envie qu’ils ont depuis longtemps. Comme nous tous, au cours de leur vie, ils ont eu des amitiés, qui sont restées, comme d’autres non : « Parce qu'il y a eu beaucoup de temps où tu étais proche de tes amis et puis d’un coup plus du tout. On a pris conscience de ce phénomène et on a pensé que ça pourrait être le thème du film. Les amitiés sont toujours là, mais souvent elles n’ont plus la même valeur. Parfois, tu es proche d’eux, parfois un peu loin. Au final tu es toujours là l’un pour l’autre. » explique Pia.
il fallait apprendre à apprécier ce qu'on a tous les jours
C’est avec cette envie et cette réalisation, qu’ils ont établi le lien raconte Thomas : « C'est là qu'on est revenus à l'idée de la lumière. Parce qu'au fond, c'est la même chose : chaque jour, il y a de la lumière ici. Elle nous donne de la chaleur, de la force, la capacité de voir ce qui nous entoure, et pourtant, on ne l'apprécie pas vraiment. Elle est là, elle est normale. Tellement normale qu'on ne la remarque même plus. C'est de là qu'est venue l'idée : il fallait apprendre à apprécier ce qu'on a tous les jours, ces choses si normales qu'on finit par ne plus les voir. C'est là qu'on a compris le lien entre l'amitié et la lumière. »
3 ans d’expérimentation
Construire un film autour de la lumière qui met en scène des snowboarder nécessite de la préparation, beaucoup de tests et de compréhension du terrain, des équipements. La première année, Pia et Thomas essaient, expérimentent et apprennent à filmer en pleine nuit. Leur volonté première étant de tout réaliser de nuit. Rapidement ils comprennent la tâche compliquée qui les attend : « on voulait faire quelque chose de différent. Sur un film précédent, on avait tourné une petite section de nuit, en essayant d'éclairer les montagnes et l'idée a commencé à germer à partir de là. On s'est dit qu'il fallait aller plus loin et tourner un film pensé pour la nuit. Ça nous a mis face à un défi bien plus grand, notamment parce qu'on manquait de ressources pour gérer l'éclairage sur le terrain. »
Une des raisons qui nous a poussés vers ce projet, c'est qu'on voulait se challenger.
« Une des raisons qui nous a poussés vers ce projet, c'est qu'on voulait se challenger. On a notre propre structure de production et on tourne beaucoup de contenus commerciaux, où l'usage de la lumière artificielle est courant. L'idée nous est venue de porter cette lumière jusqu'en montagne. C'était aussi une manière de créer des images qu'on ne voit pas tous les jours. On ne voulait pas les images ensoleillées et touristiques habituelles. On regrette un peu de ne pas avoir réussi à tourner le film à 100 % de nuit : gérer à la fois la lumière naturelle, l'obscurité et les conditions de neige s'est révélé très compliqué. »
Après une saison d’essai, le film s’étale sur deux hivers. Une nécessité pour pouvoir déterminer et comprendre les contraintes logistiques des spots lumineux.
Alors le couple réalisateur s’est mis en quête de la lumière idéale. Celle qui leur permettrait de modeler le paysage. Pour la première fois, ils réussissent à le peindre et décider ce qui reste visible, et ce qui reste dans l’ombre. Une expérience grisante bien que difficile en montagne. Après une saison d’essai, le film s’étale sur deux hivers. Une nécessité pour pouvoir déterminer et comprendre les contraintes logistiques des spots lumineux. Où le placer et avec quelle intensité : « certains essais rendaient bien techniquement mais manquaient du charme de la nuit, ils étaient trop brillants ». Une expérience neuve aussi pour les riders qui ont dû s’habituer à évoluer de nuit, parfois dans le noir total puis dans une luminosité extrême d’un coup. De fil en aiguille, l’équipe de tournage s’est améliorée, a appris à mieux communiquer : « Chacun savait comment obtenir l'effet recherché, et le rider savait où placer la lumière pour la prise suivante. » explique Pia.
UNE PETITE ÉQUIPE MAIS SOUDÉE
Tourner de nuit pose de nombreux challenges, humains comme techniques faisant ressortir l’essence du projet. Le fil conducteur de l’amitié et de la lumière. Pendant plusieurs semaines, la petite mais robuste équipe poursuit son projet et travaille main dans la main pour apprendre à tout gérer.
« On a dormi très peu, tourné de nuit pendant plusieurs semaines. L’amitié en est ressortie plus forte. On était aussi très proches de nos riders principaux, avec qui on a construit le concept, fait du brainstorming et travaillé sur la post-production, notamment le montage des prises. D'autres réalisateurs amis et des photographes sont venus ponctuellement, pour une nuit ou une semaine, mais avec ce noyau, c'est nous qui avons porté et organisé l'ensemble du projet. »
UN DÉFI TECHNIQUE ET LOGISTIQUE
Il a fallu acheminer les lumières et les batteries en pleine montagne à la force des bras et des corps, rendant la tâche aussi pénible que belle et valorisante compte tenu du résultat.
«Le problème, c'est qu'à pleine puissance, la lumière vide vite la batterie donc il fallait doser : l'allumer un instant, éclairer le visage ou la trajectoire, puis l'éteindre. À mi-parcours du projet, on a eu l'idée d'utiliser un pointeur laser pour indiquer la ligne aux riders dans le noir. C’était beaucoup plus simple que d'essayer de la montrer avec la lumière elle-même. On communiquait aussi par talkies-walkies, parce que coordonner tout le monde dans le noir c’est impossible. »
C'était un jeu d'ombres, comme on en voit dans les films d’enfance.
Une seule source de lumière très puissante éclairait la zone. Les riders n’étant pas autorisés à utiliser leur propre éclairage ils évoluaient entourés de noir total, sans jamais voir ce qui se trouvait après la lumière, juste de la neige, en principe. « Notre objectif étant de créer une expérience immersive en obscurité, nous avons utilisé un contre-jour pour illuminer la neige soulevée par le rider, dessinant ainsi sa silhouette. C'était un jeu d'ombres, comme on en voit dans les films d’enfance. » Une sensation assez effrayante voire angoissante par moments, où ils se retrouvaient complètement seuls, dans le noir. Mais qui renforçait aussi les liens de confiance que devaient avoir les membres de l’équipe entre eux.
« Chaque ligne n'était généralement filmée qu'une fois, car il fallait de la neige fraîche à chaque passage. On déplaçait la lumière de 10 mètres, on filmait une ligne, on déplaçait à nouveau, etc. En une nuit, on tournait environ 5 à 10 lignes mais on n'en gardait souvent que 2 ou 3 au montage, à cause d'un rider pas assez précis ou d'un souci de prise de vue. » Si filmer en montagne n’est déjà pas une mince affaire, filmer de nuit l’est encore moins. Dans le froid, le vent, chaque prise devait être réglée au millimètre. La lumière au centre du sujet, les accompagnant tout du long même si elle nécessitait beaucoup d’attention.
Dans le froid, le vent, chaque prise devait être réglée au millimètre
Est-ce moi qui ai disparu ?
Fiable et dépourvue de jugement, la lumière, personnage principal du film n’a jamais quitté l’image. Un message qui interpelle, « Tu as juste arrêté de regarder », là où le spectateur aura surement oublié sa présence au fil des images, alors pourtant qu’elle était bien là. Derrière, LUMiNOUS espère apporter sa petite touche dans les esprits. Inviter à repenser aux moments passés entre amis, à apprécier les instants ensemble tout comme les petites choses normales et inhérentes à la vie : la lumière, le soleil, la lune, passer du temps entre amis. Peut-être aussi l’envie de se lancer des défis, sortir de sa zone de confort et essayer quelque chose de nouveau, car cela vaudra toujours le coup d’essayer.
Tu as juste arrêté de regarder
Luminous ?
C'est une combinaison de mots : de "Lumi" à "Luminous", avec une référence indirecte à "Lumos", le sort de lumière dans Harry Potter. Le titre a évolué progressivement au fil du projet.