Les remontées permettent aujourd’hui de gagner rapidement de l’altitude et d’accéder à des secteurs autrefois réservés aux alpinistes et aux skieurs les plus aguerris. Mais il suffit de quitter une piste pour changer complètement d’univers. Un vallon, une pente vierge, un glacier : la descente devient plus exigeante et chaque itinéraire se prépare.
C’est aussi ce qui fait le caractère de l’Oisans. Ici, la montagne offre beaucoup, mais elle ne pardonne pas l’impro. En hors-piste, connaître l’itinéraire, les conditions et ses propres limites reste la première règle.
La Meije, la légende
À La Grave, impossible de l’ignorer : la Meije domine le village de ses deux sommets, massive, minérale, très souvent accrochée aux nuages. Elle a longtemps résisté aux alpinistes avant d’être gravie pour la première fois en 1877. Depuis, son nom est lié à l’histoire de l’alpinisme dans l’Oisans.
Mais la Meije est aussi devenue l’emblème de toute une vallée, et continue d’attirer ceux qui viennent ici pour skier, grimper ou se mesurer à la haute montagne. À ses pieds, La Grave a gardé une identité bien à elle. Pas de grand domaine relié, peu de pistes balisées : ici, les remontées donnent accès à la montagne. Le téléphérique des Glaciers de la Meije monte jusqu’à 3 200 mètres et dépose les skieurs face aux glaciers géants et aux grands sommets. À partir de là, il n’y a pas de parcours tracé : il faut connaître la montagne, choisir sa ligne et savoir où l’on va…
QUAND LES REMONTÉES CHANGENT LA MONTAGNE
À l’Alpe d’Huez, l’histoire du ski commence bien avant la station qu’on connaît aujourd’hui. En 1911, le potentiel du site pour les sports d’hiver est clairement identifié. Routes, hébergements puis remontées mécaniques accompagnent au fil des années la transformation de l’ancien alpage en station internationale. En 1963, les remontées atteignent le Pic Blanc, à 3 330 mètres. Une nouvelle montagne devient alors accessible : celle que l’on peut rejoindre, descendre, remonter. Et recommencer.
Une remontée mécanique ne raconte donc pas seulement une histoire de technologie. Elle raconte aussi un changement de rapport à l’altitude. À l’Alpe d’Huez, le Pic Blanc permet de basculer dans un environnement de haute montagne avant de s’engager sur l’une des descentes les plus célèbres de l’Oisans.
SARENNE, 16 KILOMÈTRES DE DESCENTE
Il faut imaginer le départ. 3 300 mètres. Le Pic Blanc. La haute montagne autour de soi. Puis la pente qui plonge. La Sarenne déroule près de 16 kilomètres et 1 800 mètres de dénivelé, traversant à la fois les paysages rocheux de l’altitude puis les vallons boisés jusqu’aux gorges de Sarenne. C’est aussi la plus longue piste noire d’Europe !
Sa réputation tient à ses chiffres. Mais surtout à cette sensation rare : traverser une montagne entière, en une seule descente ! Et autour de la piste, les possibilités de quitter le tracé damé. Hors-piste, variantes, itinéraires de freerando : à partir du domaine skiable, l’Oisans ouvre une autre lecture du relief.
La Sarenne déroule près de 16 kilomètres et 1 800 mètres de dénivelé. C’est aussi la plus longue piste noire d’Europe !
DU LAUTARET À LA GRAVE, LA MONTAGNE EN GRAND
Plus à l’est, le col du Lautaret, à 2 057 mètres, marque le passage entre Oisans et Briançonnais. L’hiver, ses grands espaces accueillent les mordus de ski-kite, les pratiques nordiques et de nombreux itinéraires de montagne. Une ancienne petite station de sports d’hiver y a même existé jusqu’au milieu des années 2000…
Depuis le Lautaret, les itinéraires se prolongent vers le secteur de la Meije. Quelques kilomètres plus loin, La Grave propose un ski radicalement différent. Le téléphérique des Glaciers de la Meije donne accès aux Vallons de la Meije et au Vallon de Chancel, un immense domaine freeride réservé aux skieurs expérimentés.
Pas besoin de remontée pour comprendre la montagne : le vent, la neige et l’espace suffisent.
COL D’ORNON : LA PETITE PÉPITE
À l’écart des grands domaines, le Col d’Ornon cultive une autre idée de l’hiver. Ici, pas de course aux kilomètres de pistes : on skie, on marche en raquettes, on fait du fond, mais surtout, on prend le temps. Une montagne à taille humaine, loin de l’agitation des grandes stations.
Et derrière cette impression de grands espaces vides, la montagne est bien vivante. En hiver, le tétras-lyre s’y réfugie et économise ses forces. Le passage d’un skieur peut le faire fuir et lui faire perdre une énergie précieuse.
Alors on regarde où l’on met les skis, on évite les zones sensibles et on respecte les secteurs protégés, notamment ceux du Parc national des Écrins. Hors-piste ne veut pas dire hors des règles : savoir où passer, c’est aussi savoir où ne pas passer.
SKI DE RANDONNÉE : REVENIR À LA MONTAGNE
C’est l’un des paradoxes de l’Oisans. Après des années à installer des remontées toujours plus rapides pour monter sans effort, les skieurs sont de plus en plus nombreux à choisir… de remonter à pied. Peaux de phoque sous les skis, DVA dans le sac, on retrouve le plaisir simple de monter, de prendre le temps de lire la pente, de guetter les bonnes conditions avant de s’offrir la descente.
Il ne s’agit plus seulement d’aller vite ou plus haut. Il faut aussi savoir attendre, renoncer parfois, et choisir le bon passage.
La liberté en montagne commence aussi par la capacité à ne pas aller partout…
2 ITINÉRAIRES HORS-PISTE À DÉCOUVRIR
Ces itinéraires glaciaires de haute montagne nécessitent un encadrement professionnel et doivent être envisagés en fonction des conditions.
VALLON DE LA SELLE : DU GLACIER AU VILLAGE
Les 2 Alpes → Dôme de la Lauze → Saint-Christophe-en-Oisans
Départ : Dôme de la Lauze, 3 568 m
Arrivée : Saint-Christophe-en-Oisans, autour de 1 500 m
Dénivelé négatif : environ 2 000 m
Terrain : haute montagne, glacier, vallon hors-piste
Niveau : très bon skieur hors-piste
L’itinéraire commence au Dôme de la Lauze (3 568 m), point haut accessible depuis Les 2 Alpes. On quitte alors le domaine skiable pour basculer dans le Vallon de la Selle, un long vallon glaciaire qui descend vers Saint-Christophe-en-Oisans, au cœur du Parc national des Écrins. Le départ se fait dans un décor de haute montagne, avant que le relief ne s’ouvre progressivement en direction du Vénéon. Au total, près de 2 000 mètres de dénivelé négatif jusqu’au village.
Ce qui fait l’intérêt de l’itinéraire ? Sa continuité : du glacier au village, on skie quasiment sans interruption, en laissant progressivement la haute montagne derrière soi.
GRAND SABLAT : DU PIC BLANC À CLAVANS
Pic Blanc → glacier du Grand Sablat → Clavans
Départ : Pic Blanc, environ 3 300 m
Arrivée : Clavans-en-Haut-Oisans
Dénivelé : plus de 2 000 m négatifs
Terrain : glacier puis grands espaces hors-piste
Niveau : très bon skieur hors-piste
Depuis l’Alpe d’Huez, les remontées permettent de gagner rapidement le Pic Blanc, avant de quitter le domaine skiable. L’itinéraire plonge alors sur le glacier du Grand Sablat, puis se poursuit par de larges pentes et plusieurs variantes en direction de la vallée du Ferrand et de Clavans-en-Haut-Oisans. À l’arrivée, plus de 2 000 mètres de dénivelé négatif ont été avalés. Tout l’intérêt est là : quitter une grande station d’altitude pour retrouver, quelques heures plus tard, un petit village de montagne. Depuis le Pic Blanc, d’autres options de freerando permettent aussi de rejoindre la Pyramide, le Grand Sauvage, la Côte Séverail ou le couloir de la Fiole.
SAMUEL EQUY — SKIER DANS LA LÉGENDE
Jeune skieur-alpiniste de l’Alpe d’Huez, membre des équipes de France militaire de ski et ambassadeur de la station, Samuel Equy évolue entre freeride, ski de pente raide et alpinisme. Dans l’Oisans, il trouve un massif à la fois chargé d’histoire et suffisamment sauvage pour continuer à écrire la sienne. Rencontre.
Qu'est-ce qui fait qu'une ligne devient mythique ?
C’est très personnel. Une ligne peut être mythique pour quelqu’un et ne pas l’être pour un autre. Il y a évidemment des sommets comme la Meije, qui imposent quelque chose par leur grandeur, leur histoire, tout ce qu’ils représentent. La Grave est devenue mythique pour le ski freeride. Sarenne aussi est une descente emblématique. Mais le côté mythique vient aussi de ce qu’on projette soi-même sur une montagne.
Le mot « mythique » a-t-il encore un sens pour un skieur de votre génération ?
Oui, complètement. L’histoire compte encore beaucoup. Quand tu regardes la Meije, tu sais ce qui s’est passé sur cette montagne, les générations d’alpinistes qui l’ont parcourue. Ça donne une dimension supplémentaire à ce que tu fais. Même si notre manière de skier évolue, on reste forcément connectés à cette histoire.
Qu’est-ce qui vous attire autant dans l’Oisans ?
Je suis un peu chauvin : en tant qu’Isérois, je me sens chez moi ici ! Mais surtout, j’aime le caractère de chaque vallée et de chaque station. Il y a des endroits très dynamiques et d’autres beaucoup plus sauvages. L’Oisans garde une vraie diversité, avec cette proximité des Écrins et cette impression d’être rapidement en montagne, loin des grands domaines très aménagés.
À La Grave, qu’est-ce qui change quand il n’y a plus vraiment de pistes ?
C’est d’abord une atmosphère. La Grave, c’est une manière de skier qui est assez unique. Tu as cette sensation d’être dans un ski un peu hors du temps, avec la Meije en face, des pentes austères, de grands espaces… Il n’y a pas vraiment de contrat établi avec la montagne. Tu dois davantage composer avec elle.
Une belle descente est-elle forcément une descente difficile ?
Non. C’est justement l’évolution que je trouve intéressante dans le ski. On a parfois tendance à associer la performance à la difficulté ou à la pente. Mais une belle descente peut être beaucoup moins raide. Certains des meilleurs skieurs du monde sont capables de prendre énormément de plaisir et d’être extrêmement forts sur des pentes à 25 ou 30 degrés.La qualité du ski ne se mesure pas uniquement à la pente que tu descends.
Quelle place les remontées mécaniques occupent-elles dans votre pratique ?
J’utilise les remontées, bien sûr, mais je suis aussi passionné par la montagne et par les remontées mécaniques elles-mêmes. J’aime leur côté technique, leur histoire. Et puis elles permettent d’accéder rapidement à certaines lignes. Après, dès que je peux partir avec les peaux et aller chercher une montagne plus isolée, j’aime aussi énormément ça.
Avec le développement du freeride et des réseaux sociaux, certaines lignes sont-elles devenues trop connues ?
Oui, c’est une question qui revient tout le temps. Les « secret spots » sont de moins en moins secrets. Une belle ligne peut être publiée le matin et identifiée par tout le monde dans la journée.
C’est parfois frustrant, mais il faut aussi vivre avec son époque. Et heureusement, il reste énormément d’endroits où tu peux encore te retrouver seul en montagne. Il y a largement de quoi faire.
Quand on skie dans un endroit aussi chargé d’histoire que l’Oisans, cherche-t-on encore à écrire sa propre histoire ?
Ça dépend vraiment des personnes et de leur pratique. Certains freeriders ou skieurs de pente raide vont chercher l’engagement, la vitesse, les lignes nouvelles, parfois les records. D’autres viennent simplement pour vivre quelque chose en montagne.
Personnellement, ce qui m’intéresse, c’est de trouver mon propre rapport à ces montagnes. Tu arrives forcément après d’autres, mais ça ne t’empêche pas de vivre ta propre histoire.
DANS LES PAS DE SAMUEL EQUY — LA TRAVERSÉE DES ROUSSES
Depuis l’Alpe d’Huez, Samuel Equy propose de prendre les remontées pour ce qu’elles sont : un moyen de gagner rapidement de l’altitude avant de retrouver la haute montagne. Direction le Pic Bayle, puis les glaciers et les grands espaces des Grandes Rousses.
L’itinéraire : départ du Pic Blanc, puis montée d’environ 300 m jusqu’au Pic Bayle (3 465 m), point culminant du massif. La descente plonge ensuite vers le glacier des Quirlies, avant une courte remontée au col du même nom.
On entre alors dans le vaste cirque glaciaire de Saint-Sorlin, dominé par l’Etendard, le Grand Sauvage et les sommets de la Barbarate et de la Cochette. Selon les conditions et le niveau, plusieurs suites sont possibles : Etendard, Barbarate ou brèche de la Cochette pour prolonger la traversée.
Dénivelé : environ 1 000 m de descente.
Ambiance : glacier, haute montagne, isolement et grands espaces.
Une sortie qui change complètement de visage dès que l’on quitte les pistes. Itinéraire glaciaire et engagé : à envisager avec un guide, avec le matériel et les compétences adaptés.
Vous l’aurez facilement compris, dans l’Oisans, certaines lignes sont devenues mythiques parce qu’elles racontent quelque chose de la montagne. D’autres doivent rester vierges pour que cette montagne continue de vivre. Skier librement ne signifie pas aller partout.
9 FAÇONS DE SKIER L’OISANS
Grandes stations d’altitude, villages-stations, domaine freeride ou petite station familiale : l’Oisans raconte plusieurs histoires du ski.
Alpe d’Huez : grand domaine, Pic Blanc et mythique Sarenne.
Les 2 Alpes : altitude, glacier et longues descentes depuis les pentes de la Muzelle.
Vaujany : le ski au départ d’un vrai village, relié à l’Espace Alpe d’Huez.
Oz 3300 : une station intégrée au même domaine, avec une ambiance plus boisée et familiale.
Auris-en-Oisans : le balcon des Écrins, relié à l’Espace Alpe d’Huez.
Villard-Reculas : le joli petit village-station relié à l’Alpe d’Huez depuis 1946.
La Grave – La Meije : téléphérique, haute montagne et freeride.
Col d’Ornon — ski de fond, raquettes et ski alpin dans une petite station à taille humaine.
Le Bourg-d'Oisans — Camp de base hivernal dans la vallée, pour choisir où skier chaque matin.