Ici, l’hiver impose son rythme. Le silence, la neige, les forêts de sapins. Dans le Haut-Jura, l’évasion se vit autant dans l’effort que dans la contemplation. De Quentin Fillon Maillet aux accompagnateurs en montagne, trois regards racontent un territoire nordique, brut et profondément inspirant.
Le Jura, terre de champion
Depuis plusieurs années, Quentin Fillon Maillet brille sur la scène internationale du ski nordique. Multiple champion de biathlon et figure incontournable de la discipline, il n’en oublie jamais pour autant d’où il vient. Récemment devenu ambassadeur du Jura, le natif de Champagnole entretient depuis l’enfance une relation intime et fondatrice avec son territoire. Un territoire qui lui a tout appris, et qui a façonné l’athlète qu’il est aujourd’hui.
« Mes parents nous ont élevés, avec mon frère et ma sœur, dans les valeurs du sport, de l’exercice et du plein air. Ils étaient des pratiquants assidus et nous ont emmenés très jeunes avec eux. Comme le Jura est le territoire rêvé pour ce type de pratique, nous y avons forcément pris goût. »
Ici, le ski nordique est presque culturel. Considéré comme l’un des plus vastes espaces nordiques d’Europe, le Jura déroule des kilomètres de pistes balisées, parcourues dès l’enfance. Pour Quentin Fillon Maillet, tout commence à Saint-Laurent-en-Grandvaux, là où il tombe véritablement dans le ski de fond, entre premières compétitions et premiers résultats marquants.
Devenir ambassadeur du Jura prend alors une saveur toute particulière. Plus qu’un titre, c’est l’aboutissement d’un ancrage profond, construit dès les premières glisses.
« Je suis tellement attaché à mon territoire, à sa culture, à ses valeurs. Porter le nom du Jura sur ma carabine est important, tout comme avoir des partenaires “de chez moi”. Je n’ai jamais envisagé de vivre ailleurs. Être parrain du club des ambassadeurs du Jura, qui met à l’honneur les Jurassiens qui font rayonner le département au-delà de ses frontières, me rend très fier. Je n’oublierai jamais que c’est ici que je me suis construit. »
Je n’oublierai jamais que c’est ici que je me suis construit.
Un territoire qui forge l'athlète
Le froid vif du Haut-Jura s’imprime durablement chez celles et ceux qui y grandissent. Il impose une adaptation permanente et forge une rigueur à l’image du climat de Prémanon, là où Quentin s’entraîne. Les skis glissent entre sapins, épicéas et hêtres, au cœur d’un silence presque absolu. Les pistes de la forêt du Massacre lui inculquent sérénité et endurance, deux qualités essentielles à la performance.
C'est ici que l'immersion prend tout son sens
« Fermez les yeux. Nous sommes en janvier. Le froid pique la peau, la neige a saupoudré les épicéas. Je chausse les skis, je pousse sur les bâtons et je m’enfonce à travers la forêt. Le silence s’installe. Seuls mon effort et la glisse le trahissent. C’est un moment suspendu, une communion rare avec la nature.»
Au-delà des lieux, Quentin partage avant tout des valeurs, profondément inspirées par son environnement : le goût de la nature, du travail bien fait, de l’authenticité.
À l’image des artisans jurassiens, il incarne une exigence et une persévérance qui lui sont chères. Le froid des combes, le silence des forêts et la résilience de la nature nourrissent sa capacité à se transcender, y compris loin du Jura, sur les plus grandes courses internationales.
Les spots préférés de Quentin Fillon Maillet :
- Le site nordique de Prémanon, pour l'entraînement
- Le site nordique de Saint-Laurent-en-Grandvaux, là où tout a commencé
- les caves JuraFlore du Fort des Rousses
- Les routes sineuses des lacets de Septmoncel à vélo
- La Grande Traversée du Jura en ski de fond, vélo ou vtt selon les saisons
Un refuge pour l'esprit
La vie d’un athlète de haut niveau implique de s’éloigner, en hiver, de l’endroit que l’on chérit. Mais ces absences rendent le retour d’autant plus précieux. La nature, immuable, attend et récompense par sa présence.
« Quand je rentre et que je vois mes sapins, mes lacs, ces lieux qui m’inspirent, je souffle un grand coup. La vie de sportif est intense, parfois complexe. Monter sur mon vélo, sur mes skis, ou simplement me balader m’apaise profondément. »
Loin des stades et de la médiatisation omniprésente, le Jura représente un ancrage rare, fait de silence et d’apaisement. Un refuge intérieur qui nourrit autant l’homme que le rôle d’ambassadeur qu’il tient à assumer pleinement.
« J’espère, en retour, donner une belle image de mon territoire, transmettre ses valeurs partout où je passe, et réfléchir à son avenir, dans un contexte où les enjeux environnementaux sont de plus en plus présents. »
Cette relation intime au territoire, faite de lenteur, de présence et de silence, ne se vit pas uniquement dans la performance. D’autres la cultivent au quotidien, en marchant, en glissant, en observant.
Quand je rentre et que je vois mes sapins, mes lacs, ces lieux qui m’inspirent, je souffle un grand coup
Vivre le Jura autrement
Cette relation intime au territoire ne se vit pas uniquement dans la performance. Dans le Jura, elle se cultive aussi autrement, à hauteur d’homme, au fil des pas, des traces et des saisons. C’est le quotidien de celles et ceux qui ont choisi d’habiter la montagne et de la faire découvrir.
Une montagne habitée
Choisir d’être accompagnateur en montagne, c’est lier l’humain et le milieu naturel. Rémi et Anne ont tous deux été saisis par le Haut-Jura, par son atmosphère singulière et la place qu’il laisse à l’observation. Originaire de Seine-et-Marne, Rémi découvre le massif presque par hasard. Son besoin d’être dehors, allié à l’envie de transmettre, le conduit naturellement vers l’accompagnement.
« Son alternance entre combes et forêts est la vraie signature du Jura. À chaque détour, un nouveau paysage se dévoile. »
Anne, originaire des Vosges, arrive dans le Jura en 2019. Sensible à la forêt et au vivant, elle y trouve un territoire simple et profondément apaisant.
« Les forêts du Jura ont une âme. Elles calment l’esprit et rappellent notre place, humble et fragile. »
Son alternance entre combes et forêt est la vraie signature du Jura
UN PATRIMOINE ET DES SAVOIR-FAIRE INNATENDUS
Le Jura est un territoire qui se vit bien au-delà des activités sportives. Il se découvre aussi à travers ses musées, ses savoir-faire et son patrimoine, accessibles toute l’année. De l’Espace des mondes polaires aux fruitières à Comté, en passant par les musées de la lunette ou de la boissellerie, le Jura raconte une histoire façonnée par le temps, le climat et les hommes. Un patrimoine vivant, intimement lié à la montagne et à ses contraintes.
Le travail du bois, première AOC de France, l’histoire de la lunetterie jurassienne avec des entreprises emblématiques comme Julbo, ou encore le savoir-faire des lapidaires témoignent d’un territoire inventif, qui a su transformer ses contraintes naturelles en richesse culturelle et économique. Dans son accompagnement, Rémi accorde une place importante à cette dimension humaine du territoire.
« Les activités humaines font partie intégrante de ces lieux. Cette montagne à taille humaine s’est construite au fil des siècles par la cohabitation entre la nature et l’homme. Le pastoralisme, la forêt, l’artisanat… tout est lié. Par exemple, si l’on trouve ici des lapidaires, ce n’est pas un hasard. Cela s’explique par le climat, l’enneigement, le déve-loppement de savoir-faire spécifiques et la proximité avec la Suisse horlogère. Le territoire a toujours su s’adapter et créer. »
Le territoire a toujours su s’adapter et créer
Au rythme de l'hiver
Lorsque l’hiver s’installe et que le monde ralentit, le Haut-Jura change de visage. La neige transforme les paysages, efface les repères et impose une autre manière d’évoluer. Le corps s’adapte, l’attention se fait plus fine, le mouvement plus juste.
« Dans la lumière rasante, tout devient plus épuré. Une combe, une trace dans la neige, un bout de forêt… ça suffit à raconter une histoire. Le froid te saisit, tu fais attention, tu t’organises. C’est exigeant, mais profondément sain », confie Rémi.
Cette saison, les chemins laissent place aux pistes tracées. Le ski devient un réflexe quotidien, presque instinctif : « J’adore partir de la maison direction la Sambine, sentir l’air frais glisser sur le visage. Dès que les pistes sont là, j’essaie toujours de trouver un petit moment pour aller glisser. »
Pour Anne aussi, l’hiver ouvre un autre champ de lecture du territoire, propice à la glisse comme à l’observation : « La neige raconte la nuit. Je passe beaucoup de temps à observer les traces laissées par mes voisins invisibles : empreintes, poils, restes de repas… Quand la neige arrive, tout devient plus lisible, à condition de respecter ce monde discret. »
Et lorsque le froid se fait plus mordant, le mouvement reste une source de chaleur et de plaisir : « En attendant de retrouver un semblant de chaleur, le ski de randonnée et le ski de fond nous réchauffent le cœur. »
Les spots de Rémi :
- Le bois de la Sambine, pour s’évader
- Les hauteurs des Rousses pour les meilleurs panoramas
Les spots de Anne :
- La vaste et belle forêt du Risoux
- Les hauteurs de la Dôle, pour une vue à 360 magnifique
ÉVASION EN DOUCEUR DANS LE JURA
À travers ces trois regards, le Haut-Jura se révèle comme un territoire qui ne laisse jamais indifférent. Sauvage sans être inaccessible, à la fois doux et profondément accueillant.
« C’est un terrain d’aventure à taille humaine, avec une nature qui garde du caractère. Elle rythme et guide nos pas. Ici, on ne choisit pas toujours, on se laisse porter par ce qui nous entoure », résume Rémi.
Anne complète :« Ce massif donne la sensation d’être isolé de tout, tout en restant proche de l’essentiel. Le terrain de jeu y est presque infini. On s’y dépense facilement : courir, skier, pédaler ou simplement se balader. L’été y est doux, l’hiver plus rude, parfois humide, mais toujours vivant. »
Et Quentin Fillon Maillet conclut : « Découvrir le Jura, c’est vivre une expérience au plus proche de la nature. C’est en prendre plein les yeux, rencontrer des gens chaleureux et authentiques, et profiter d’un terroir et d’une gastronomie de grande qualité. »
Dans le Jura, l’évasion ne se consomme pas. Elle se vit, lentement, au rythme de l’hiver et des pas que l’on y trace