Publié le 7 janvier 2026
La photographie d'aventure selon Jack Anstey
Crédit photo : ©Jack Anstey
Interview

La photographie d'aventure selon Jack Anstey

Grandir en pleine nature, c’est l’assurance de développer un lien particulier avec elle, un lien qui participe à façonner qui l’on devient.
AVENTURE, IMAGES
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Photographie, Interview

Pour Jack Anstey, y ajouter un appareil photo à la main a permis de voir le monde autrement, retranscrire sa propre vision, fidèle aux paysages et aux émotions qu’il y trouve. Ses voyages et ses aventures outdoor nourrissent son travail : minimalisme, colorimétrie soignée et compositions naturelles sont sa signature. Mais au-delà du paysage, Jack aime montrer l’humain au cœur de ces espaces, en train d’explorer, de vivre, de ressentir, donnant ainsi à ses images profondeur et émotion. Avec soin, il capture une version de l’outdoor douce et contemplative, qui invite à ralentir et à prendre conscience de la beauté du monde.
 

Crédit photo : ©Jack Anstey

Salut Jack, peux-tu nous raconter ton histoire avec la photo ?

J’ai eu mon premier appareil photo à l’adolescence, un simple compact familial avec lequel je shootais nos sessions de skate et de BMX. Puis j’ai grandi, mes passions ont évolué… mais la caméra, elle, ne m’a jamais vraiment quitté. Très vite, je me suis mis à photographier le VTT, les sorties rando et les bivouacs en montagne. C’est une passion qui s’est imposée naturellement, parce qu’elle se marie parfaitement avec tant d’autres univers outdoor.

J’ai mis la photo entre parenthèses le temps de mes études en design graphique, mais la flamme est revenue dès mon installation dans le Peak District après mon diplôme. Là-bas, tout a basculé : la photo est devenue bien plus qu’un hobby. Je passais mes journées à shooter, éditer, ou préparer la prochaine mission dans les reliefs brumeux du parc.

Au fil du temps, mes compétences se sont affinées, ma communauté sur les réseaux a grandi, et les opportunités ont suivi : voyages, collaborations, rencontres… De quoi me pousser encore plus loin. En 2018, j’ai finalement sauté le pas : j’ai quitté le confort d’un poste en design graphique et web pour une vie faite d’aventure, de déplacements et de quête permanente du prochain paysage grandiose. Une transition déterminante, et surtout le début d’une vraie vie de photographe.
 

Crédit photo : ©Jack Anstey

Être dehors est une part de ta vie depuis tout petit. Comment cette proximité avec la nature a façonné ta personne et le photographe que tu es aujourd’hui ?

Depuis tout petit, j’ai toujours eu un attrait profond pour l’outdoor, la randonnée et le camping. Je partais souvent explorer les parcs nationaux britanniques avec mon père, sac sur le dos et carte en main. Avec le temps, j’ai commencé à organiser mes propres aventures avec des amis. Et aujourd’hui encore, c’est sans doute l’une des choses que j’aime le plus au monde. 

La photographie nourrit mon besoin de création, mais c’est la nature qui me recentre. C’est elle qui m’ancre, qui me clarifie les idées, qui remet tout en perspective. 

Tu choisis de vivre dans un van aménagé. Qu’est-ce que ce mode de vie t’apporte, personnellement et créativement ?

La vanlife s’est imposée assez naturellement, née d’une envie simple : voyager plus, explorer davantage. Tout a commencé avec un petit van qui rendait les escapades du week-end plus faciles, par tous les temps. L’idée, c’était surtout de pouvoir filer en montagne dès que l’occasion se présentait.  Puis, une fois lancé dans le freelancing, les virées se sont allongées… et avec un van un peu plus spacieux, j’ai vite compris que ce mode de vie me convenait parfaitement. Toujours en mouvement, à suivre les caprices de la météo, à courir après l’inspiration et à poursuivre la prochaine aventure. Six ans plus tard, j’en suis déjà à mon troisième van, que je partage désormais avec Sarah, ma partenaire (qui est elle aussi photographe) et notre chat, Nyx. La vie sur la route nous correspond : plus de liberté, un rythme plus doux, et cette impression grisante d’être toujours un peu entre deux horizons.

Quel matériel utilises-tu aujourd'hui ? Qu'est-ce qui t'importes le plus dans ton setup ?

Je shoote avec Sony depuis le lancement de leur première gamme hybride, une série qui n’a cessé de se perfectionner au fil des années. Aujourd’hui, mon boîtier principal est l’A7IV : pour moi, c’est le meilleur compromis entre photo et vidéo, performance, qualité et compacité. J’ai aussi quelques boîtiers plus spécialisés dont certains pensés uniquement photo, d’autres taillés pour la vidéo.

Côté optiques, mon parc est assez large, entre focales fixes et zooms. Mais dans la plupart des situations, je compte surtout sur mon Sony 24-70mm f/2.8 GM : une valeur sûre, ultra polyvalente, qui me permet de m’adapter instantanément aux changements de sujet, de décor ou de lumière. Associé à un 100-400mm, c’est mon combo de prédilection. Un setup qui me permet de couvrir tout ce dont j’ai besoin tout en restant suffisamment léger pour les longues sorties en montagne.
 

Crédit photo : ©Jack Anstey

Quelle est ta focale préférée ? Et pourquoi ?

Ça va vraiment dépendre du sujet et du lieu. En Écosse, le 24mm est parfait pour le paysage mais ramené à l’Islande il peut être légèrement trop large. Dans ce cas, un 35mm est mieux taillé. Dans les Alpes, le 16mm est le plus adapté pour retranscrire au mieux les scènes, capturer les vallées profondes et les hauts sommets.

Comment définirais-tu ton style photographique, au-delà de l’étiquette “outdoor photographer” ?

Je dirais que je suis assez polyvalent, mais mon terrain de jeu reste clairement l’outdoor et l’aventure. J’aime les paysages, les ambiances, les grands espaces… mais ce que je préfère par-dessus tout, c’est montrer des personnes au cœur de ces décors : en train d’explorer, de vivre l’instant, de s’immerger dans la nature.

Cela apporte du contexte, de l’émotion, une dimension humaine. Et je pense que c’est ce qui donne toute sa portée à l’image, ce petit supplément de sens qui la rend vraiment vivante.

Ce que je préfère par-dessus tout, c’est montrer des personnes au cœur de ces décors : en train d’explorer, de vivre l’instant, de s’immerger dans la nature.

À quoi doit-on faire face lorsque l’on choisit de faire de la photographie en extérieur, souvent dans des lieux changeants et parfois extrêmes ?

La météo, c’est un défi permanent, surtout dans des environnements sauvages ou exposés. Mais ma règle numéro un, c’est le confort. À partir du moment où j’ai froid, où je suis trempé ou fatigué, la créativité chute : je shoote moins, je perds en motivation, et tout devient plus compliqué.

Alors je fais en sorte d’avoir toujours les bons vêtements, les bons gants, de quoi manger… tout ce qu’il faut pour rester à l’aise et performant. C’est ça qui me permet de donner le meilleur, même quand les conditions deviennent vraiment exigeantes.

Quand ton métier consiste à capturer ce que tu aimes le plus, la nature, l’aventure, arrives-tu encore à te déconnecter, à simplement profiter sans penser à la photo ?

Oui, j’essaie vraiment de garder un bon équilibre entre travail et plaisir, et de continuer à sortir pour des activités qui ne tournent pas autour de la photo : le VTT, le trail… juste profiter dehors, pour moi. J’essaie aussi de poser l’appareil de temps en temps, et de vivre les lieux et les moments sans filtre, loin du viseur.

Et j’ai résisté à la tentation de passer à l’argentique, tout le monde semble s’y mettre en ce moment. J’aime l’idée de garder ça pour plus tard, au cas où un jour je perdrais un peu de cette étincelle pour la photo. Une sorte de réserve de passion, pour la rallumer au bon moment !

J’essaie aussi de poser l’appareil de temps en temps, et de vivre les lieux et les moments sans filtre, loin du viseur

Crédit photo : ©Jack Anstey

Certains photographes ne retouchent pas ou très peu leurs photos, à contrario pour d’autres elle prend dans une place centrale. Tu proposes des cours de retouche. Quelle place occupe la post-production dans ton travail ?

Je dirais que mon style a beaucoup évolué au fil des années. Avant, j’avais tendance à beaucoup nettoyer, retoucher, lisser… Mais tout ça s’est apaisé. Aujourd’hui, j’essaie de rester plus proche des couleurs naturelles et d’un rendu fidèle à la réalité.

Il m’est déjà arrivé de découvrir un lieu et de me rendre compte que les photos que j’avais vues en ligne n’avaient rien à voir avec ce que j’avais sous les yeux, une vraie déception ! Alors maintenant, j’essaie de rester honnête, vrai. J’applique quelques ajustements légers, quelques corrections si nécessaire, mais sans dénaturer le paysage.
 

Crédit photo : ©Jack Anstey

En quoi façonne-t-elle ton style ?

Le style évolue en permanence. Il se développe avec l’âge, en apprenant et au fil des expériences. Voyager vers de nouveaux pays et régions, voir des paysages d’un oeil neuf me donne l’opportunité de m’adapter et d’expérimenter. Ainsi, je travaille constamment avec de nouvelles compositions, couleurs et sujets.

Y’a-t-il une photo, une aventure dont tu es en particulier fier ?

L’Islande a toujours occupé une place particulière pour moi. C’est l’une des premières destinations où je suis parti exclusivement pour photographier, et après une bonne douzaine de voyages, c’est encore un pays que j’adore explorer et capturer.

Sa palette de couleurs minimaliste (souvent du noir, du blanc et du bleu), ses paysages à l’état brut, et cette sensation d’isolement total résonnent profondément chez moi. C’est un endroit dont je ne me lasserai probablement jamais. J’attends toujours la prochaine expédition avec impatience.

L’Islande a toujours occupé une place particulière pour moi.

Une bonne photo n’est rien sans une bonne aventure derrière. Selon toi, qu’est-ce qui fait la force d’une bonne photo d’aventure ?

Il existe énormément de belles photos sans histoire derrière elles. Mais celles qui comptent vraiment pour moi, celles qui provoquent quelque chose, ont presque toujours une connexion humaine. Si l’image parvient à montrer une part du chemin, de l’effort ou de l’émotion, elle prend immédiatement une autre dimension. Pas besoin que ce soit une scène d’action intense : il suffit d’un geste, d’un regard, d’une présence. Un élément humain, même subtil, apporte toujours du poids et du sens.

L’enfant qui rêvait d’aventures et d’histoire a-t-il réussi à être celui qu’il voulait ?

Je pense que oui. Mais en même temps, cette vie n’était pas quelque chose que j’avais planifié. J’ai simplement suivi mes passions autant que possible, cru en moi, et accepté de prendre des risques. J’ai toujours essayé de rester fidèle à moi-même et de me concentrer sur ce que je voulais vraiment, plutôt que de courir après ce que font les autres. Garder cet état d’esprit a été déterminant pour moi.
 

Crédit photo : ©Jack Anstey

Cette vie n’était pas quelque chose que j’avais planifié. J’ai simplement suivi mes passions autant que possible

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