Publié le 12 avril 2026
Jeanne & Zoé : Le vélo, catalyseur de liberté et de transmission.
Crédit photo : ©Jeanne Lepoix
Portrait

Jeanne & Zoé : Le vélo, catalyseur de liberté et de transmission.

Et si voyager à vélo avec un enfant ne relevait pas forcément de l’exploit ? Pour Jeanne Lepoix, c’est avant tout une manière d’habiter le monde autrement.
VTT CYCLISME, AVENTURE
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Cyclisme, Découverte, Portrait

Graphiste, photographe et cycliste passionnée, elle sillonne les routes et les chemins avec sa fille Zoé depuis ses premiers mois. Entre les bivouacs en pleine nature, les descentes de cols à toute vitesse et les découvertes à hauteur d’enfant, leurs aventures racontent une autre manière de transmettre, faite de curiosité et de simplicité. Rencontre avec une hyperactive curieuse, toujours en mouvement, pour qui le vélo est devenu bien plus qu’un moyen de déplacement. Un espace de liberté, de création et de partage.

 

Crédit photo : ©Louis Giannotta


Pour Jeanne, 37 ans, graphiste, photographe et vidéaste, le vélo a toujours été une évidence. Mais c’est à 18 ans que sa pratique change d’échelle. Des premières diagonales franciliennes aux grandes traversées, très vite, le vélo finit par structurer ses vacances, puis son quotidien. Route, VTT, gravel, ou plus récemment en tandem – comme ce Paris-Brest-Paris qu’elle prépare désormais avec son compagnon – peu importe le terrain, pourvu qu’il y ait l’expérience. Celle qui se définit comme curieuse, hyperactive et incapable de passer une journée sans activité physique, n’est pourtant pas issue d’un milieu sportif. Le déclic vient d’ailleurs, plus tôt, plus profondément, lors de son adolescence. 

Il y a six ans, lorsque Zoé naît, Jeanne n’entend pas interrompre ces aventures. Elle change simplement de rythme et de perspective. Au fil des années, la place de Zoé a évolué : remorque, siège enfant, corde de traction… De simple passagère, elle est devenue peu à peu actrice du voyage. Le vélo, lui, reste le même outil. Simple et accessible, il s’est transformé en un vecteur de lien. Une manière d’ouvrir le regard de sa fille sur le monde, de partager du temps ensemble et de lui transmettre des valeurs essentielles.

Il y a six ans, lorsque Zoé naît, Jeanne n’entend pas interrompre ces aventures. Elle change simplement de rythme et de perspective

Crédit photo : ©Jeanne Lepoix

Une créatrice qui voyage

« Le vélo, j’en fais depuis toujours. Mais le voyage à vélo a vraiment commencé quand je suis arrivée à Paris. Je ne me déplaçais qu’à vélo et très vite j’ai commencé à voyager. À l’époque, c’était simplement partir de Paris pour rejoindre Orléans et faire un aller-retour sur le week-end. Je faisais 200 kilomètres le samedi, 200 le dimanche. Depuis 2010, ça ne s’est jamais vraiment arrêté. Toutes mes vacances sont dédiées au voyage à vélo. Au départ c’était plutôt du VTT, puis j’ai exploré toutes les formes : route, gravel, voyage en famille, et plus récemment en tandem. Pour moi, peu importe le vélo, je cherche l’expérience. Je suis quelqu’un d’hyperactive et de curieuse. Je ne passe quasiment jamais une journée sans activité physique. Tout ce que je crée avec mon métier est alimenté par ce que je vis tous les jours dehors. Au fil des saisons les couleurs changent, les textures changent, les terrains changent. Et pour moi, être sur le vélo, dans l’effort, me nourrit autant physiquement que créativement. »

Être sur le vélo, dans l’effort, me nourrit autant physiquement que créativement.

Le mouvement comme nécessité

« Je ne viens pas du tout d’un milieu sportif. Mes parents ne m’ont jamais poussée vers le sport. Ma mère était prof et pas du tout sportive. Mon père est décédé d’un cancer à cause de la cigarette lorsque j’avais 11 ans. C’est là que tout a basculé. Je me suis dit : si je fais du sport, je serai en bonne santé. À partir de là je me suis mis à courir et à pédaler. Le premier truc un peu marquant que j'avais fait, c'était un Paris-Londres en 24 heures. À l’époque je n'avais ni l’entraînement ni l'équipement que j'ai aujourd’hui. C'était quand même un projet un peu fou. Maintenant il y a la pratique avec Zoé qui est le vélo en famille, mais je continue à faire des voyages en solo, avec des amis ou à participer à des courses. Finalement, ma pratique du vélo est restée la même. Avec Zoé, c’est simplement une expérience supplémentaire et ce n’est que du positif. »

Crédit photo : ©Jeanne Lepoix

Je me suis dit : si je fais du sport, je serai en bonne santé. À partir de là je me suis mis à courir et à pédaler.

In utero, role model & injonctions

« Quand Zoé est arrivée, je ne me suis jamais dit que le voyage allait s’arrêter. La transition s’est faite assez naturellement. Je m’étais pas mal renseignée avant sa naissance, même s’il n’y avait pas beaucoup de témoignages de femmes à cette période. Je me suis notamment inspirée d’Olivier Godin qui voyageait avec ses enfants. Je l’ai contacté et on est devenu ami. Ça m’a rassurée de voir que c’était possible. L’inquiétude était plus de savoir si ça allait plaire à Zoé. Mais un enfant, tant qu’il est avec ses parents, il est heureux. Que ce soit dans une maison ou sur un vélo, ça ne change pas grand-chose pour lui. En réalité, le voyage ne commence pas au moment ou l’enfant naît mais bien avant. Je suis convaincu que la période in utero influence déjà beaucoup de choses. L’enfant ressent les sensations, ce que tu vis. Je dis souvent que j’aurais pu accoucher sur le vélo. Avec Strava aujourd’hui tu sais exactement ce tu fais. En neuf mois de grossesse, j’avais parcouru 9 000 kilomètres à vélo. Je faisais du vélo ou de la marche tous les jours. Bien sûr, je demandais chaque mois l’accord de mon médecin. Quand je lui disais que je faisais du vélo, il imaginait sûrement une petite sortie pour aller chercher le pain… pas forcément ce que je faisais réellement...

Quand Zoé est arrivée, je ne me suis jamais dit que le voyage allait s’arrêter.

Crédit photo : ©Jeanne Lepoix

Aujourd’hui, j’ai l’impression que les tabous commencent à tomber, parce qu’une femme qui pédale avec un gros ventre reste encore souvent mal perçue. Il y a souvent ce discours qui dit : maintenant tu ne peux plus. Ce n’est plus ton moment, ce n’est plus le rôle qu’on t’a donné. Alors que pour moi, c’est l’inverse. C’est hyper important de continuer à bouger. J’étais très sportive avant l’arrivée de Zoé et, du jour au lendemain, on te dit qu’il faudrait tout arrêter. Mais couper toute activité peut aussi être très dur à vivre. Tu peux ne plus te reconnaître.

Faire du sport comporte évidemment des risques, comme celui de tomber, mais pas plus que de glisser dans sa douche. Le risque reste minime par rapport au bien-être que ça procure. Pour moi, il ne faut pas hésiter, il faut continuer. »

La mini-passagère

Si le voyage commence bien avant la naissance, la première aventure à vélo avec Zoé prend forme quelques mois plus tard. À l’époque, le monde sort tout juste du confinement. Jeanne et son compagnon disposent d’un peu de temps et décident de le consacrer à une itinérance familiale à travers la France. Zoé a alors neuf mois.
 

Crédit photo : ©Jeanne Lepoix


« Avant ça, on avait fait quelques tests, des petits week-ends pour voir comment ça se passait. Mais la vraie première grande aventure, c’était ce projet qu’on a appelé La mini-passagère. On avait trois mois devant nous et, comme on ne pouvait pas sortir du pays, on est resté en France. Finalement, ça avait une symbolique : celle de faire découvrir son pays à Zoé. On est partis de Bretagne pour rejoindre l’Alsace en longeant les frontières. Sur la carte, ça dessinait un peu un sourire sur la France. C'était une promesse de joie, de découverte en famille. C’était aussi rassurant pour nous. C’était notre premier enfant et on n’était pas forcément très sereins à l’idée de partir loin. Là, on restait dans notre pays, avec des infrastructures de santé accessibles si besoin. Les moments les plus marquants restent ceux passés en montagne. Zoé n’avait même pas un an et pourtant elle a franchi avec nous une cinquantaine de cols, entre les Alpes et les Pyrénées. Je me souviens notamment du col de l’Iseran, à plus de 2 700 mètres d’altitude et ensuite on enchaînait ces longues descentes à toute berzingue avec la remorque. Quand je repasse aujourd’hui sur ces routes, ça me fait toujours quelque chose de me dire : “On est passés là avec elle alors qu’elle avait à peine dix mois.” C’est assez fou. »

Les moments les plus marquants restent ceux passés en montagne. Zoé n’avait même pas un an et pourtant elle a franchi avec nous une cinquantaine de cols

Crédit photo : ©Jeanne Lepoix

Regarder autrement

« Ce qui est incroyable, c’est de voir toutes les possibilités qu’il existe pour voyager avec un enfant. Au début, Zoé était dans la remorque. Ensuite il y a eu le siège Shotgun où elle participait davantage. Aujourd’hui elle a son propre vélo. Et même quand elle roule seule, on peut ajouter une corde de traction si besoin. Maintenant c'est ultra-facile de les embarquer avec nous. Ce qui m'a toujours impressionnée, c'est qu'elle a toujours fait de l'observation une occupation. Les heures qu’elle a passées dans la remorque ou sur le siège enfant à observer le paysage… elle n’a jamais semblé s’ennuyer. J'ai des retours de parents qui me disent “Comment tu fais pour que ton enfant ne s'ennuie pas ?” Il faut surtout bien organiser le rythme de la journée : faire beaucoup de pauses et les solliciter à ces moments-là. Ce n’est pas toujours évident, parce qu’en voyage à vélo tu fournis un effort en roulant. Et quand tu t’arrêtes, eux sont en pleine forme. Il faut alors redevenir pleinement parent et trouver de quoi les occuper. Mais voyager avec un enfant c’est s’émerveiller de pas grand chose. Ils vont mettre un doigt sur chaque petite nouveauté et on va remarquer des choses qu’on ne remarquait plus avant. » 
 

Crédit photo : ©Jeanne Lepoix

La liberté comme héritage

« Le vélo reste un outil. Mais à travers lui, j’essaie surtout d’apprendre à Zoé autre chose : aimer bouger, découvrir la planète, comprendre le monde qui nous entoure et apprendre à le respecter. Il y a tellement de choses positives à être en mouvement et à être dans la nature, surtout dans le monde actuel où on est de plus en plus sollicités par les écrans.  Quand on est en voyage, il y a aussi ce rapport un peu à l’état sauvage. On pense à se nourrir, à trouver un endroit où dormir, à avancer. Finalement, on oublie les préoccupations du quotidien. Zoé grandit un peu dans cet esprit-là. Elle peut s’amuser avec presque rien. Ça me rappelle notre enfance dans les années 90. On nous mettait dans un jardin avec un bâton et des arbres et on inventait mille histoires. Elle est un peu comme ça. Elle peut rester seule pendant des heures et se créer des jeux sans problème. 

Le vélo reste un outil. Mais à travers lui, j’essaie surtout d’apprendre à Zoé autre chose : aimer bouger, découvrir la planète, comprendre le monde qui nous entoure et apprendre à le respecter.

Quand je lui ai demandé ce qu’elle voulait pour Noël, elle m’a répondu immédiatement : un casque de vélo. Elle ne voulait pas de jeu. Je lui ai dit que ce serait le cadeau bonus du Père Noël et qu’elle pouvait demander autre chose, mais je trouvais ça assez mignon. Je pense que le fait de grandir comme ça dans la nature, ça les met vraiment les pieds sur terre. Ils s’émerveillent de pas grand-chose. Parfois ce sont de petits gestes qui apparaissent naturellement. Par exemple, dès qu’elle voit un déchet par terre, il faut qu’on s’arrête pour le ramasser. On a toujours un petit sac avec nous. Je ne suis même pas sûre que ce soit quelque chose qu’on lui ait vraiment appris. Mais finalement, à force d’évoluer dans cet environnement, certaines choses viennent toutes seules.
 

Crédit photo : ©Jeanne Lepoix

Documenter, transmettre & partager

« La photographie joue aussi un rôle important dans cette histoire. Au début, je documentais surtout ces voyages pour nous, pour garder une trace et nourrir une sorte de malle à souvenirs. Après le premier voyage, j’ai reçu beaucoup de questions de parents. J’avais documenté l’aventure et c’est à partir de là que j’ai imaginé faire un guide pour répondre aux questions que les gens me posaient. On pourrait penser qu’avoir un appareil photo empêche de vivre pleinement le moment, mais moi je ressens plutôt l’inverse. Quand je photographie, je suis encore plus attentive à ce qui se passe autour de moi. Je cherche les détails, les jolies choses. Et surtout, je ne mets jamais les moments en scène. Tout reste très naturel. Au final, la photo ne prend qu’une petite partie du temps. Le reste, c’est simplement vivre l’aventure, le moment présent. Aujourd’hui ces images ont aussi trouvé leur place dans mon travail. Elles m’ont permis de développer des projets autour du sport et de l’outdoor. Mais au fond, le plus important reste de partager ces expériences et de montrer que l’aventure à vélo, même avec un enfant, est quelque chose de simple et accessible. »
 

Crédit photo : ©Jeanne Lepoix

Le plus important reste de partager ces expériences et de montrer que l’aventure à vélo, même avec un enfant, est quelque chose de simple et accessible.

À vélo en famille – Voyager avec sa tribu (d’)à bord !

Si vous aussi vous souhaitez partir à l’aventure
, « À vélo en famille » est un guide pratique et inspirant qui vous aide à préparer et réussir votre prochain voyage à vélo avec votre enfant. Écrit par Jeanne Lepoix et Camille Boiardi-Franchi, ce livre est parfait si l’on souhaite découvrir comment vivre une vraie aventure à vélo en famille — de la logistique aux moments de partage — tout en respectant un mode de voyage écologique et ludique. Alors êtes-vous prêt·e ? 

 

Crédit photo : ©Jeanne Lepoix

Texte de Thomas Boury

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