Pendant un an, Clara Domas et Delphine Daniélou ont filmé les aventures de sept rideuses dans la montagne pour arriver à un film-documentaire : « Pisse Debout !? ». Sur leurs fidèles destriers, ce groupe d’une dizaine de femmes a accepté le challenge de se surpasser entre elles.
L’histoire commence de façon spontanée. Le Club Alpin Français (CAF) de Lyon-Villeurbanne et de Chambéry part d’un constat : les femmes s’intéressent au vélo de montagne autant que les hommes, mais lorsqu’on se penche sur les détails du sport, les femmes placées en haut niveau sont bien moins nombreuses. L’association décide de mettre en place une action pour encourager les pratiquantes à s’élever dans leur sport. En contactant l’association du festival Femmes en Montagne, Clara Domas et Delphine Daniélou sont rapidement mises dans la boucle et l’idée leur parait logique. Défendre les femmes dans le sport, ça mérite bien un documentaire.
Une question se pose : les femmes sont-elles moins douées que les hommes, ou bien est-ce qu’elles ont peur de prendre un niveau plus élevé ?
La réponse relève presque de l’évidence. Comme on dit, une femme est bien capable de faire autant qu’un homme, mais la société ne lui permet pas toujours. Sous pression sociale, les sportives de montagne se retrouvent souvent perdues entre tous les hommes qui érigent les sports des sommets. Lors d’un entretien avec Clara Domas, coréalisatrice du documentaire - qui s’intitule « Pisse Debout !? » -, celle-ci m’explique comment s’est monté le projet. « Le panel était assez large. On a suivi sept femmes qui avaient des rapports au VTT différents et des chemins de vie différents. Surtout, elles avaient des regards sur la non-mixité aussi très différents ». En effet, Clara et Delphine partent avec une idée précise : elles souhaitent réunir des femmes et les faire vibrer dans leur sport, le VTT, grâce à la non-mixité.
« Quand j’étais petite, je trouvais les mecs trop stylés sur leurs vélos dans les stations, l’intérêt du documentaire, c’était aussi de créer des modèles », sourit Clara. « J’ai moi-même m’y longtemps à faire du VTT en montagne, j’en fais sérieusement depuis 3 ans. C’est dur de se lancer seule en tant que femme. Alors quand on m’a proposé de faire un documentaire sur un sujet plutôt féministe et engagé, qui sont des valeurs que je partage, la Clara de 8 ans était comblée ! ».
Réunir des femmes et les faire vibrer dans leur sport, le VTT, grâce à la non-mixité
Pour le film, les rideuses n’étaient pas non plus sélectionnées au hasard. Les CAF de Lyon-Villeurbanne et Chambéry ont choisi des femmes non seulement avec un minimum d’expériences, mais aussi avec un rapport aux autres important. En effet, les participantes sont en formation pour être encadrantes en montagne. Ainsi, passer une saison entière de VTT dans un comité réduit de femmes est un entraînement des plus pointilleux. « Je n’ai jamais passé autant de temps à filmer des plans techniques. Dès qu’une d’entre elles avait du mal, les autres étaient toutes derrière elle », continue Clara. Avec des yeux brillants, la jeune femme décrit une énergie féminine sans pareille, entre professionnalisme et passion.
La non-mixité dans le sport : prendre confiance en soi et aux autres, petit à petit
« En créant un groupe non-mixe, on a permis à ces femmes de créer des réelles amitiés, elles sont toutes parties de cette expérience avec quelque chose, que ce soit une progression dans le sport ou dans leurs rapports aux autres », explique Clara. La réalisatrice insiste : l’idée de non-mixité ne signifie pas de mettre à l’écart un groupe. « J’avais déjà fait du sport en non-mixité et je savais que ça m’apportait quelque chose. Je suis notamment dans l’association Girls to the Top, un groupe de femmes avec qui je fais du ski free ride. Personnellement, j’ai ressenti la non-mixité comme un cocon ».
"Dès qu’une d’entre elles avait du mal, les autres étaient toutes derrière elle", soutient Clara
En débutant son documentaire, elle ne souhaite pas imposer sa vision de la non-mixité, ni au public, ni aux rideuses. « Certaines n’avaient pas d’avis sur la non-mixité, d’autres étaient même contre car elles voyaient cela comme de l’exclusion ». Or, à travers les caméras, les véritables enjeux de la non-mixité se dessinent.
Le but n’est pas de tenir les hommes à l’écart, mais bien de permettre aux femmes de s’épanouir dans leur sport sans avoir de pression sociale.
Entre femmes, les préjugés disparaissent. Dans les jours difficiles, les larmes osent couler. « Quand on s’entraîne avec des hommes, on a l’impression de devoir donner le meilleur de nous-même et de prouver qu’on n’est pas « une nana sensible ». Et puis, l’entraînement qu’on forge entre copines devient plus facile lorsqu’on retrouve le sport avec les hommes, être entre femmes donne de l’assurance ».
Le documentaire est ouvert à toute pensée, féminine comme masculine. Derrière l’écran qui nous sépare, Clara développe l’atout majeur de son documentaire. « Les images permettent d’ouvrir un champ de questions et les problématiques abordées ne sont pas figées au VTT. Ce sont des questions de société qui méritent d’être réfléchies par tout type de personne ».
Continuer le sport en toute légitimité
Outre l’apport d’un nouveau regard sur la non-mixité, l’enjeu du documentaire était aussi de montrer que les femmes ne devaient pas avoir honte de s’intéresser aux sports de montagne. Pour reprendre les statistiques étudiées par les CAF, les femmes démontrent un réel intérêt aux sports dit « à risques » ou aux sports « extrêmes ». En 2024, le VTT connaissait une hausse d’activité de 14,25 % selon la FFC (Fédération Française de Cyclisme), comprenant des femmes. « On incite surtout les jeunes filles à se diriger vers des sports plus calmes, ou moins à risques. Donc en grandissant, c’est normal qu’elles ne se sentent pas légitimes à pratiquer d’autres sports », souligne Clara.
Les images permettent d’ouvrir un champ de questions et les problématiques abordées ne sont pas figées au VTT. Ce sont des questions de société qui méritent d’être réfléchies
À travers leurs caméras, Clara et Delphine souhaitent apporter une lumière fraîche sur les pratiques du sport féminin. Les réalisatrices interrogent les rideuses sur leurs motivations, leurs envies dans leur sport, leurs rapports au VTT. Surtout, elles souhaitent montrer que les femmes peuvent se démarquer et incarner de véritables modèles du sport. Le mot d’ordre : ensemble. À travers la solidarité, ces sept femmes montrent que le mur de la pression sociale ne devient plus qu’une fine barrière lorsqu’elles font confiance en leur sexe.
Le mercredi 22 avril, « Pisse debout !? » était en avant-première au cinéma Malraux à Chambéry. Avant de publier le documentaire au grand public en 2027, Clara Domas et Delphine Daniélou tentent leurs chances dans plusieurs festivals pour présenter leur moyen-métrage.