Le vététiste Yannis Pelé est devenue en l’espace d’une petite décennie une véritable référence dans le paysage audiovisuel du VTT français. Lui, qui en 2016 est victime d’un grave accident qui l’écarte de son vélo pendant plusieurs années, décide alors de faire de son parcours de vie atypique sa force et d’inspirer les autres à surpasser leurs épreuves pour toujours tendre à leurs rêves. Après le sublime long-métrage « Beyond Prognosis » et son plus récent « World Tour », Yannis revient cette fois-ci avec un film un peu plus court mais tout aussi inspirant et fort en symbolique : Irisation.
Irisation : n.f. production des couleurs de l'arc-en-ciel par décomposition du prisme. Ce court-métrage retrace à travers le prisme du vélo, l’histoire d’un enfant ayant soudainement perdu la perception des couleurs. Il refuse d’abandonner et garde espoir. Pour s’accrocher à son rêve de retrouver la vue, il dessine et peint inlassablement les paysages colorés dont il garde le souvenir. Sans en avoir conscience, ce processus devient sa propre thérapie. Peu à peu, il recommence à percevoir les couleurs : d’abord les plus “simples”, celles de la nature, puis toutes les autres, une à une. Pour illustrer cette renaissance, le film met en scène une aventure à vélo à travers des décors uniques et colorés. Au fil de la réalisation, les couleurs apparaissent progressivement, suivant le cheminement intérieur du garçon. Ce récit positif, visuel et poétique symbolise les épreuves que la vie place sur notre chemin, tout en portant un message d’espoir universel : malgré les obstacles, la lumière finit toujours par réapparaître.
IRISATION a notamment remporté lors du High Five Festival 2025, le prix du "Best Young Talent Award".
Rencontre avec Yannis Pelé
Irisation dépeint l’histoire d’un enfant ayant perdu la perception des couleurs avant qu’il ne la retrouve à force de dessins et d’un travail de mémoire acharné. D’où est né l’histoire du film, comment vous est venue l’idée de ce projet, à toi et à ton équipe ? Est elle directement liée à ton parcours de vie, comme une métaphore de ton retour au vélo après plusieurs années sans avoir pu pratiquer ta passion ?
J’ai une note sur mon téléphone (tout comme Pierre) listant différentes idées de projets ou de thématiques à aborder qui nous permet ensuite de construire un film plus complet autour. L’une de ces notes était en lien avec les couleurs, notamment en explorant des paysages très colorés. Cette année, nous avions envie d’essayer un nouveau format encore plus artistique avec une touche de fiction, et ce, en gardant cette envie d’amener le vélo dans des directions inattendues et en partageant des messages qui nous sont chers. L’utilisation des couleurs est une bonne ligne conductrice, mais il manquait un sujet de fond, plus profond. Généralement, il y a un élément déclencheur qui nous inspire pour écrire une histoire autour. Ça peut être lié à un tas de choses : une news que l’on verrait paraître dans les médias, une envie personnelle, un sujet qui nous touche, une destination qui nous interpelle…
Cette idée de raconter l’histoire fictive - d’un petit garçon ayant perdu la vision des couleurs et qui va les retrouver petit à petit par le biais du dessin - doit être en lien avec une peur personnelle et irrationnelle d’être aveugle. Le fait qu’il retrouve sa vue grâce à une méthode précise consistant à se remémorer des souvenirs et les dessiner pour ne pas les oubliés est peut-être, inconsciemment, liée à mon accident de 2016 qui m’avait rendu paraplégique, et aux différentes choses que j’ai mis en place pour remonter sur mon vélo. Mais ce n’est pas un souhait premier d’avoir voulu faire ce lien, il s’est plutôt fait inconsciemment au vu des autres thématiques du film.
Malgré les obstacles, la lumière finit toujours par réapparaître
C’est avec Pierre (@visualp.art), ami d’enfance et avec qui je travaille sur une très grande majorité des projets, que nous avons ensuite peaufiner l’écriture du scénario et les spots associés. Il y a eu une grande réflexion sur ce que l’enfant allait mettre en place pour récupérer, si c’était par le dessin, l’écriture, autre chose… Mais aussi la manière dont ces idées seraient illustrées au sein du film. Nous avons essayé une voix off avec un poème, puis celle-ci qui s’apparente davantage à une maman qui partage ses pensées à son fils afin d’apporter ce soutien familial important des ces moments-là. Même s’il nous arrive de prendre des petites idées à droite et à gauche, notamment au fil de discussions auprès de nos proches, nous développons nos propres idées ensemble, parfois drôlement farfelues…
Comment se déroule un tournage comme celui-ci, espacé sur 10 lieux différents ? Était-ce complexe de tourner avec une exigence de réalisation plus élevée que sur les précédents projets, notamment en ayant dû faire correspondre un scénario précis aux différentes séquences et spots du film ?
Il y a un travail important d’organisation et de planification en amont afin de pouvoir enchaîner les différentes journées de tournage en fonction des spots prévus dans un temps imparti. Il y a plusieurs facteurs qui entrent en jeu pour valider un spot, mais celui de sa localisation en fonction des autres est aussi important. Nous avons également la chance de compter sur le soutien de Blacksheep Van qui nous permet d’avoir cette liberté incroyable, de pouvoir dormir directement sur place et se déplacer facilement sans avoir de contraintes de logements. Généralement, nous filmons un spot, puis prenons la route le soir pour le prochain afin d’être sur place dès le matin et pouvoir faire nos premières images au lever du jour avec les couleurs rasantes.
Notre précédent film intitulé « World Tour » avait été tourné sur plus de 80 spots aux 4 coins de l’hexagone, donc on peut dire que c’était bien plus simple cette fois sur cet aspect là. Nous avions aussi un scénario à suivre, mais moins construit en amont, notamment au niveau des parties action. Pour ce nouveau film, l’approche et l’attente visuelle étaient différentes, ce qui nous a demandé une nouvelle manière de travailler. Chaque spot était précisément choisi, pour ses couleurs avant tout, mais également pour sa beauté, son originalité, sa capacité d’actions et son décors. Tout ça dans l’optique que chaque séquence clé soit tournée au même endroit pour une question de raccord, avec un rendu un plus posées et contemplatif, ainsi qu’un rythme moins soutenu que nos précédentes réalisations.
Pierre avait en tête une majorité des plans attendus sur chacun des spots, même si nous gardons toujours une marge de manœuvre en fonction des lieux et des inspirations qui peuvent nous venir après coup. Par exemple, l’un des plans d’intro en noir et blanc, en silhouette sur une crête avec les montagnes en fond, a été tourné sur un sommet qui nous a demandé plusieurs heures d’approche. Nous y avons filmé seulement ce plan drone car nous n’avions pas besoin de plus ici. C’était frustrant pour moi qui aime en faire toujours plus et profiter du spot à fond. Sur chaque spot il y avait plus à faire mais on s’est limité au besoin précis du film.
Sur chaque spot il y avait plus à faire mais on s’est limité au besoin précis du film
En quoi Irisation se démarque-t-il de tes précédents courts / longs métrages ? En une phrase, quel serait le message du film ?
Irisation se démarque principalement de par son fond narratif fictif, le travail fait sur les images autant dans le filming qu’en post prod, ainsi que sur sa durée. Un message d’espoir universel : malgré les obstacles, la lumière finit toujours par réapparaître.
Ces 5 dernières années, tu as réalisé de nombreux films sur ta propre pratique du VTT, ce qui t’a permis de t’installer durablement dans le paysage visuel de l’outdoor francais. Comment renouvelles-tu tes inspirations, de quelle techniques uses-tu pour sans cesse rallumer la flamme de la créativité à chaque nouveaux projets ?
C’est ma PASSION pour le vtt, l’exploration, le monde de l’image et la narration de belles histoires qui me guide. Cette passion est la principale « technique » qui permet de rallumer sans cesse cette flamme de créativité, tout en étant bien entouré par des personnes qui partagent ma vision des choses, la façon de réaliser mes projets et la manière dont je perçois le futur. Aussi, cette envie constante de s’améliorer, de se renouveler, de donner toujours le meilleur de soi même, et avoir toujours cette part de plaisir. J’adore explorer de nouveaux endroits, poser mes roues dans des lieux où je ne serais probablement jamais allé autrement, pouvoir mettre en lumière des idées qui me trottent en tête, voire même parfois me hantent l’esprit. C’est tellement gratifiant.
C’est aussi une immense chance de pouvoir pratiquer sa passion au quotidien, vivre la vie dont tu rêvais plus jeune, découvrir tant d’endroits, vivre des moments de vie uniques avec ton équipe, partager des messages au travers du sport, faire voyager et rêver les spectateurs le temps d’un instant, avec toutes ces rencontres que ça ouvre. C’est tellement enrichissant. J’ai une gratitude énorme envers toutes les personnes qui me permettent de faire ces projets et celles avec qui je les partage. Il est nécessaire d’avoir plusieurs cordes à son arc pour réaliser un projet, ça ne rime pas qu’à être sur le vélo. Et j’aime aussi cette diversité de champ d’action. Puis, aussi, cette possibilité de s’exprimer de différentes manières, que ce soit au travers d’un film, mais aussi d’une exposition photo, d’un livre ou bien directement auprès d’un public en ressentant les émotions en direct et en ayant de vrais échanges.
In fine, vers quels horizons te pousse le vent pour la suite ? Es-tu déjà sur la réalisation de nouveaux projets vidéos, élargis tu tes envies plus loin encore ?
La vie réserve tant de surprises… Mais bien sûr, nous sommes déjà sur de nouveaux projets de film passionnants avec un premier tournage qui débute déjà d’ici quelques semaines avec toujours cette envie d’amener le vélo dans des directions inattendues tout en partageant des messages. De différentes façons, sous plusieurs formes… En parallèle, je prépare également d’autres projets pour une suite plus lointaine. Ce n’est jamais un long fleuve tranquille, mais quand on le fait avec le cœur, qu’on se donne les moyens, que la passion et la motivation ne cessent de grandir, et que tu t’entoures des bonnes personnes, ça finit toujours pas se concrétiser.
Texte de Candice Tupin