Chez Rossignol, certains noms finissent par devenir des signatures. Hero est de ceux-là. Un nom rouge et noir, une silhouette reconnaissable entre mille et, derrière, des années de compétition. Lancée en 2014, la gamme racing s’est construite au fil des courses, des podiums et des retours des athlètes, jusqu’à devenir l’une des collections les plus emblématiques de la marque française.
À l’origine, il y a cette idée simple : faire descendre sur les pistes les technologies développées pour la compétition. Mais Hero ne se résume pas à une paire de skis. La gamme s’est progressivement étendue aux chaussures, casques, masques, bâtons et vêtements, avec une même obsession en ligne de mire : la précision, la puissance et ce fameux virage parfait que les skieurs de course poursuivent sans relâche.
Car entre un ski de Coupe du monde et celui que l’on retrouve sous les pieds d’un passionné, il existe tout un monde de développement, de tests et de mise au point. Un travail de l’ombre mené par des ingénieurs, des techniciens et des athlètes, chargés de transformer les exigences du très haut niveau en sensations accessibles au plus grand nombre.
Parmi eux, Sébastien Fillod, Product Manager Race & On Piste chez Rossignol, connaît particulièrement bien cette mécanique. Avec lui, on remonte aux origines de Hero, on pousse la porte des ateliers et on découvre comment naît un ski pensé pour aller vite, et surtout, pour rester précis quand le rythme s’accélère.
UN MYTHE, ÇA SE FABRIQUE
Quand on parle de ski de compétition, on imagine facilement le coureur lancé à pleine vitesse entre les portes. Beaucoup moins les heures de discussions, de tests et de réglages nécessaires pour obtenir quelques dixièmes, parfois quelques centimètres, de performance supplémentaire.
C’est pourtant là que se joue une partie de l’histoire Hero. Le ski de course est un objet radical. Il doit accrocher, accélérer, rester stable quand la vitesse augmente et transmettre immédiatement les intentions du skieur. Sur les modèles FIS, Rossignol travaille notamment autour de la Line Control Technology, de constructions sandwich, de renforts en titane et de noyaux bois, avec un objectif simple : maintenir le contact avec la neige et conserver de la précision lorsque tout va très vite.
Mais la performance ne se résume pas à une fiche technique. Un bon ski de course doit aussi avoir du caractère. Il doit répondre quand le skieur lui demande d’accélérer, mais rester lisible lorsqu’il faut corriger une trajectoire. C’est cette sensation, difficile à mesurer mais immédiatement perceptible sur la neige, qui constitue peut-être le véritable ADN d’un Hero.
DES CHAMPIONS AU SKIEUR PASSIONNÉ
C’est toute la spécificité de la gamme : une partie de ce qui est développé au plus haut niveau finit par irriguer les skis destinés aux skieurs plus amateurs. Le Hero Athlete FIS est ainsi directement pensé pour la compétition et homologué FIS. À l’autre extrémité de l’univers Hero, les Hero Master ou Hero Elite reprennent cette culture de la précision et de la performance pour des skieurs experts qui n’ont pas forcément un dossard sur le dos. La course devient une sorte de laboratoire grandeur nature. Ce qui est testé sous la pression d’un chrono nourrit progressivement toute une famille de produits. Et c’est là qu’Hero prend tout son sens : faire ressentir une partie de ce qui constitue l’exigence du racing, même lorsque la piste n’est pas fermée et qu’aucun chronomètre n’attend au bas du tracé.
SÉBASTIEN FILLOD, GARDE-FOU DU VIRAGE PARFAIT
À la tête de cette recherche permanente, Sébastien Fillod connaît les deux faces du sujet : celle, très concrète, du produit, et celle, plus passionnelle, du ski. Chez Rossignol, il accompagne depuis des années l’évolution de la gamme Hero, devenue bien plus qu’une simple famille de skis. Rencontre.
Quand on travaille sur Hero, est-ce qu’on a parfois le sentiment de travailler sur une légende ?
Oui, forcément. Il y a une vraie affection pour Hero au sein de Rossignol. C’est une franchise qui fait partie de notre patrimoine et de notre ADN. Il y a aussi une pression particulière : on a toujours envie de faire mieux. Hero, c’est une gamme qui fait rêver.
Qu’est-ce qui fait qu’une gamme devient une marque dans la marque ?
La crédibilité de nos champions joue beaucoup. Pour qu’une gamme devienne forte, il faut que les skis soient sur les podiums, mais aussi qu’il y ait une vraie filière derrière. Chez Rossignol, on a une pépinière de jeunes athlètes, des programmes juniors dans différents pays, puis un accompagnement jusqu’à la Coupe du monde. C’est une pyramide. Certains ont grandi avec ces skis. Loïc Meillard, par exemple, n’a jamais eu d’autres skis que des Rossignol. Il fait parti de "Band of Heroes » Petit à petit, le nom et l’emblème deviennent familiers. C’est comme ça qu’une gamme finit par devenir une communauté.
Hero existe depuis 2014. Qu’est-ce qui a changé depuis les premières générations et qu’est-ce qui ne doit surtout pas changer ?
Le produit a évidemment beaucoup évolué. Mais ce qui ne doit pas changer, c’est la manière dont on parle à cette communauté. On entend des gens dire : « Moi, je suis Hero. » Ce n’est plus juste un produit qu’ils utilisent, c’est quelque chose auquel ils s’identifient. Avec Hero, on a toujours voulu transmettre l’amour de la course. C’est l’esprit du « For the Love of Race ». Les parents, les entraîneurs, les perchmen, tous ceux qui vivent le ski alpin de course font partie de cette histoire. Cette communauté est très forte et c’est ce qui fait la différence.
Quelle place les athlètes occupent-ils encore aujourd’hui dans le développement des skis ?
Une place centrale. Le contact avec les athlètes est permanent. Nos équipes R&D travaillent directement avec eux, notamment sur le circuit Coupe du monde. Ils nous permettent de vérifier immédiatement si une innovation fonctionne, si les sensations sont au rendez-vous, si le ski répond comme on l’espérait. Toutes les technologies du ski sont, d’une manière ou d’une autre, issues de la course. Notre travail consiste ensuite à traduire ces innovations pour les skieurs via leur sensations.
À quel moment savez-vous qu’un ski est vraiment réussi : quand les chiffres le confirment ou quand les athlètes le ressentent ?
Le résultat est juge de paix. Quand on voit nos skis sur les podiums, on sait qu’on a trouvé quelque chose. Ce sont des résultats qui parlent. Il y a aussi toute une partie confidentielle. Le développement des skis de course se fait dans un environnement très protégé. On ne rentre pas dans l’atelier avec un appareil photo ! Il y a beaucoup de secrets industriels et peu de personnes connaissent réellement l’ensemble du processus de fabrication. La recette parfaite.
Qu’est-ce qu’un athlète demande à un ski que le meilleur skieur amateur ne lui demandera jamais ?
L’athlète demande avant tout de la performance. Le chrono est la valeur maîtresse. L’athlète n’est pas là pour avoir un ski confortable, il veut un ski efficace, précis, qui réponde à ses sollicitations. Je prends souvent l’exemple du pilote de F1… Je ne crois pas qu’il cherche particulièrement le confort dans sa voiture. Il veut avant tout que sa voiture soit performante, qu’elle réponde immédiatement et qu’elle lui permette d’aller chercher le chrono. Pour le ski, c’est pareil.
Notre travail, c’est de traduire cette performance pour le skieur amateur, en lui apportant davantage de confiance et de plaisir. Avec la ligne de cotes, par exemple, on cherche à aider le ski à tourner, à le rendre plus accessible, sans perdre son énergie. Parce qu’un Hero doit rester vivant. On veut que le skieur sente que le ski a du répondant, qu’il repart sous ses pieds, qu’il lui donne envie d’aller plus loin.
Vous avez vu passer beaucoup de prototypes. Y en a-t-il un qui vous a marqué plus qu’un autre ?
Cette année, je suis surtout fier de l’ensemble de la gamme. Pour la première fois, j’ai vraiment le sentiment qu’on a construit une famille de produits cohérente, avec une philosophie commune. Le Long Turn, le Multi-Turn, le Slalom… ce sont un peu comme les membres d’une même bande de potes. Chacun a son caractère, mais on retrouve quelque chose de commun. Cette année, la collaboration entre la R&D, l’innovation et les équipes commerciales nous a permis d’élever le niveau. On a vu arriver de très beaux prototypes. C’est cette alchimie collective qui me rend le plus fier. Et finalement, c’est peut-être ça, Hero : une bande de potes. Le copain, le confident, celui qui vous accompagne partout, celui qui prend le lead…Avec toujours la même envie : aimer la course et donner envie de skier !
LA VITESSE, SANS LE MYTHE DE LA PERFORMANCE À TOUT PRIX
La nouvelle génération Hero 2026/27 revendique cet héritage tout en faisant évoluer la gamme : nouveau design, nouvelles sensations et une approche toujours plus aboutie du ski racing. Mais derrière les innovations et les évolutions techniques, l’idée reste finalement assez simple : un Hero doit donner envie d’aller vite. Pas pour aller vite à tout prix, mais pour retrouver ce moment où la vitesse devient une sensation de maîtrise : la carre qui accroche, le ski qui revient sous le pied, la trajectoire qui se dessine et le virage suivant qui arrive déjà. C’est peut-être ça, le véritable héritage du racing : apprendre à composer avec la vitesse pour mieux la savourer. Les champions ont écrit les premières pages de la légende Hero. Désormais, à chaque skieur d’écrire la sienne.