Publié le 7 octobre 2026
Eliott Lapotre, magicien des Vosges
Crédit photo : ©ManonSamaran
Portrait

Eliott Lapotre, magicien des Vosges

Retour sur une terre mythique du Freeride
VTT CYCLISME
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VTT

Certains athlètes entretiennent un rapport quasi ‘spirituel’ avec mère nature. Eliott Lapotre est l’un d’entre eux. Figure de proue du Freeride européen depuis près de 15 ans, c’est à travers un shape de passionné, qu’Eliott transforme la forêt vosgienne en un lieu sacré du freeride. L’occasion de regarder dans le rétro tout le chemin parcouru.

Crédit photo : ©Paul Fisson

Ce qui m’anime, c'est créer visuellement et être en forêt avec mes amis.

Fort d’une place inchangée sur la scène freeride, le roi de la créativité n’est pas encore descendu de son trône. De fait, la nouvelle génération n’a pas encore délogé Eliott d’une place qui lui semble spécialement attribuée : celle de fidèle documentaliste du Freeride œuvrant au nom de la passion restée intacte. Personnalité discrète, Eliott aime à mener une vie paisible dans ses Vosges natales. À 34 ans, il est l’un de ses riders qu’une poignée daigne connaître personnellement (et qu’ils sont chanceux !). Un sportif qui fait de la discrétion son mantra autant qu’une valeur personnelle.

Loin des projecteurs de la compétition, Eliott a longtemps entretenu une relation complexe quant à la médiatisation et la mise en avant de soi, trouvant sa place dans un entre-deux aussi rare qu’authentique : une figuration annuelle dans quelques projets d’envergure. Des edits qui vous marquent sur la durée autant par leur ingéniosité que par cette passion brûlante qui ne les a jamais quittés. À chaque nouvelle sortie de ‘part’ c’est comme replonger dans notre madeleine de proust : cette première vidéo qui nous aura fait monter sur un vélo pour ne plus jamais le quitter, un écrin de passion préservé de toutes fioritures, presque introuvable aujourd'hui sur la toile.

Les Vosges, petit Canada français 

Il fallait bien un déclencheur à cet attrait pour le frôlement des coudes aux branches. Le vélo semble être pour Eliott un moyen de faire vie en forêt entre shape, exploration de nouvelles pistes, et ride instinctif “quasi-animal”. Il se souvient de la première fois qu’il enfourcha un deux roues : “J'avais un vieux vélo qui trainait chez moi et avec mon voisin on s'amusait à faire des sauts dans des tas de sable près de chez nous. Un jour, on a acheté un magazine et il y avait dedans un DVD des New World Disorder 4. En regardant la vidéo, on est tombé complètement amoureux de ce sport”. 

Crédit photo : ©Damien Guiot

Revenons en arrière, dans les années 2010 le Freeride se trouve encore à ses prémices : des sauts naturels, des passerelles en bois, place à la créativité dans un monde où tout était encore à construire ! Eliott est resté très attaché à cette vision hédoniste et créative de la discipline : “C'est tout ce qui me fait encore rêver aujourd'hui”. C’est ainsi qu’il commence à creuser ce type de modules “en dix fois plus petits”. Et si un simple DVD a été le catalyseur de cette passion ardente, sa région natale et ses forêts, elles, ont par la suite façonné son tracé de ligne : “Quand j’ai commencé à faire du vélo, j’en faisais à côté de la maison, puis j'ai commencé à m'éloigner de plus en plus, jusqu'à atterrir dans une forêt : celle au-dessus de chez ma mère, pour me rendre compte que cette forêt est infinie.” De fait, ici, les montagnes sont vastes et denses. Le trentenaire affirme : “Je ne connais finalement pas grand-chose du massif où j’habite. Ça me fascine cette grandeur des éléments naturels.” Une chance pour lui de pratiquer un sport aussi inventif que le vélo : “On peut créer tout ce qu'on veut. C'est difficile de s'ennuyer un guidon entre les mains.”

De la pelle au guidon : une exploration manuelle 

Partie intégrante de sa vie, remuer de la terre et donner vie à des modules relève presque du rituel par habitude. Connues pour être le “petit Canada”, les Vosges représentent la terre idéale pour épancher cette soif de shape. Pour Eliott, le travail de la terre et du bois est une façon de "faire corps" avec la matière avant de rouler. En parfait homme de l'ombre, il passe des semaines seul avec les arbres et le silence afin de sculpter la forêt à son image. Un temps où s’afficher sur les réseaux n’est pas la priorité, un contraste donc, par rapport aux tendances actuelles.

“50% de shape, 50% de vélo”, voici la vie menée par le Vosgien : “Mes journées consistent à shapper, rouler et organiser les choses de façon globale. Vivre du Freeride consiste principalement à préparer, imaginer, créer en continue pour trouver du budget, une équipe, le terrain adéquat, les autorisations nécessaires. Ensuite, il faut bien promouvoir son projet final”. Et ce, sans agent, entièrement géré en autonomie. Si Eliott affirme préférer rouler que creuser, il nuance son propos : “Creuser t'apporte tellement pour le corps, le mental. Ça te rend créatif”. Creuser ses propres modules lui a notamment permis d'acquérir une meilleure connaissance du terrain, dans sa manière de le rouler, de l’apprivoiser, jusqu'à créer une danse à deux : “Cette connaissance là de la terre que tu roules n’est permise que par ton propre shape. Ma passion en est ressortie grandi.”

Je fais en sorte que mes modules soient les plus naturels possibles.

Pour donner vie à ces modules aussi esthétiques qu’engagés, Eliott puise dans son inconscient créatif : “Je m’inspire des vidéos de l'époque où ils mettaient en avant autant la nature que le riding.” Une part de lui regrette cet affaiblissement de l'imagination dans la pratique d'aujourd'hui et dans les contenus qui en découlent : “Je trouve que la performance est beaucoup mise en avant. Il y a d'autres choses qui existent : la création de modules, ton imaginaire, de ce que tu apportes au sport”. Une certitude : les vidéos old school du côté North Shore l'inspirent encore aujourd'hui : “Je fais en sorte que les modules soient les plus naturels possibles.” En bon coordinateur artistique, Eliott s’entoure d’une équipe de shapers oscillant entre 2 et 6 personnes : “Ce sont tous des amis, je suis très bien entouré”. Si l’un d’entre eux est arboriste et construit les modules en hauteur dans les arbres, d’autres sont builders de profession et chacun apporte sa propre expertise.

Ésotérisme et références mystiques 

La brume, la mousse, l'isolation, l'écoute de la forêt plusieurs heures durant... C'est ce travail de l'ombre qui donne cette ambiance "mystique" à ses vidéos. Chez lui, le mysticisme se manifeste selon plusieurs références au monde ésotérique. Ses peintures de vélo arborent souvent un graphisme magique et mystérieux, figure même sur l’une de ses montures un druide !  Fervent auditeur de métal, il nous en touche quelques mots : “J'écoute à fond de la musique métal dans laquelle il y a un côté rêveur, qui se rattache à la couleur violette, aux druides, à l’ésotérisme en général”. Eliott aime à s’imaginer qu’il se trouve alors dans “une forêt enchantée” et avouera même être “un peu perché” lorsqu’il est en pleine création : “J'aime imaginer un côté féerique de la forêt”.

Crédit photo : ©arnaudwolff

Admirer le chemin parcouru

Du côté de son actualité, ‘Lizards’, son welcome edit pour Rocky Mountain vient tout juste de sortir. Encore une fois, Eliott a fait preuve d’une créativité débordante avec des modules en bois inédits. Il revient sur ces quelques minutes de ride filmé et sur son entrée chez la mythique marque canadienne : “Je n'arrivais même pas à le rêver. Cette marque correspond à toutes mes valeurs du Freeride, c’est l'essence même de ce sport. Rentrer chez eux, c'est une pièce du puzzle qui s'ajoute à ma carrière.”

Il ne nous reste plus qu’à nous retourner pour admirer la route parcourue : “Depuis mes débuts, j'ai gagné en réflexion, j’ai mûri, j'ai pris du recul. Tout ce que je crée depuis 10 ans s’est fait de manière naturelle et instinctive. Mais de manière réfléchie pour autant. C'est paradoxal”. Une certitude : Eliott ne s'épanouit que dans la création de contenu visuel à fort impact. Des formats longs, exigeants et dispendieux qui sont les seuls à pouvoir traduire aussi justement la passion de ce dernier : “La compétition et les événements ne sont pas fait pour moi. Ce qui m’anime, c'est créer visuellement et être en forêt avec mes amis”.

Le but, c'est que tout le monde se fasse plaisir sur un vélo.

Dès 2020, Eliott se lance ainsi dans une série de vidéos : les Lost Paradise : “Il ne devait y’en avoir qu’un mais je n’avais pas aimé le premier donc je me suis senti obligé de sortir un deuxième volet, histoire d'avoir ma revanche. De là, tout s’est enchaîné et j’ai comme perdu le contrôle de ce vaste projet, pour le mieux évidemment”. La suite, vous la connaissez sûrement : un deuxième volet dans lequel Eliott imposera une première mondiale on-ne-peut plus créative : un drop abrupt incliné à 60° et suspendu à plus de dix mètres du sol. Un troisième volet s’ensuivra.

Crédit photo : ©Damien Guiot

Ayant grandi avec les ‘part’ DVD dans lesquelles on ne voyait que très peu des riders à l'écran, Eliott reste sensible à cette manière de promouvoir son sport : “Ils travaillaient pour des grosses vidéos, les sortaient, et nous les fans, on les attendait avec impatience. C'est un côté que j'adore de ne pas trop montrer mais de faire du bon travail.” Persuadé qu’un projet d’envergure a plus d'impact qu’une ribambelle de posts Insta, il insiste : “Ce qui fait que les gens continuent à faire du vélo, c'est parce qu’ils voient une vidéo qui les motive profondément, dans laquelle il y a eu beaucoup de travail derrière .”

Si des marques le suivent  à plein temps depuis 2019 sans qu’il ne poste assidûment sur les réseaux, Eliott entend que cette vision est difficile à défendre : “Je me bats pour expliquer ma vision parce que les gens ne sont pas devins et beaucoup ne maîtrisent pas les codes de notre sport”. Il conclut : “Le but initial,  c'est que tout le monde se fasse plaisir sur un vélo. Il n'y a pas que la performance, il y a le côté créatif, l'histoire que tu véhicules derrière”. Avec lui, on ne sait toujours pas si c’est le Freeride qui lui a permis d'être au cœur de la nature ou la nature qui lui a permis d’imaginer et de pratiquer le Freeride. On ne le saura sûrement jamais. Une chose est sûre, ses lignes auront permis de faire connaître Les Vosges à l’international. Pour la suite de ses aventures filmées, le Vosgien souhaite nous laisser dans le secret si ce n’est qu’un de ses projets sortira en fin d'année. Des projets de passionnés toujours, brodés avec l’unique rage du cœur.

 

Texte de Candice Tupin

 

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