Publié le 29 juin 2026
Edgar Briole, le phénix du VTT freeride tomber pour mieux se relever
Interview

Edgar Briole, le phénix du VTT freeride tomber pour mieux se relever

Dompter le risque au plus haut niveau
VTT CYCLISME
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VTT, Interview

Peut-on renaître de ses cendres ? Edgar Briole en est la preuve vivante. Dix mois après sa chute à la Hardline Tasmania 2025 et ses multiples fractures aux pieds, Edgar pédalait à nouveau. Un crash qui a pleinement impacté sa carrière juvénile mais qui lui a également permis d’atteindre la consécration avec son projet “Reborn”.

J’ai réalisé que le Freeride était l’une de mes raisons de vivre

Du haut de ses 21 ans, c’est avec l’insolence de la jeunesse qu’Edgar fait preuve d’un talent brut. Celui que l’on surnomme “l’élu” a su reprendre le flambeau dix ans après l'âge d'or des "Frenchies" sur la scène mondiale. Originaire d’Avignon, c’est en roulant sans relâche sur le trail de dirt local et le bikepark des Orres que le jadis rookie est devenu un pilote adulé. 

Il faut dire que le sudiste a su relever un pari complexe : faire rayonner à nouveau la France dans cette discipline très répandue dans l’anglosphère. Un Français à ce niveau, ça n'était pas arrivé depuis Garcia, Bizet, ou Tupin. Une prouesse, donc, d’avoir en seulement trois ans éclos sur la scène mondiale.

Son succès, Edgar le doit en partie à la force de ses rencontres. Lorsqu’il croise la route de celui qui deviendra son mentor : Tomas Lemoine, les étoiles s’alignent. Le talent était déjà là, Lemoine n’a fait qu’accélérer le processus évident d’une mise en lumière internationale. Pour sa première compétition à grands enjeux, Edgar s’impose sur le Whip Off des Crankworx Rotorua 2023. En véritable touche-à-tout, il maximise sa présence qu’importe le deux-roues : Speed and Style, Red Bull Hardline, et même coupes du monde de descente…

L’engagement est une composante intrinsèque au Freeride. Tel un funambule, il faut savoir jouer avec la probabilité de la chute, jusqu'à un certain point… Alors au sommet de son art, Edgar se voit contraint d’une longue période d’immobilisation, qui s'achèvera par une renaissance créative. Il annonce avec “Reborn” le soutien de deux sponsors majeurs : la firme de boissons énergisantes Monster Energy, et le géant américain de pièces VTT Sram. Retour sur une reconstruction faite dans l’ombre. 

Le plus important c’est de se rendre compte du risque réel et ne pas oublier nos capacités

La résilience, catalyseur de la créativité

Tu as connu l’un des plus importants crashs de ta carrière début 2025. Comment effacer de son esprit l’appréhension de la chute après un tel accident ?  

Le doute et l’appréhension restent toujours. Ce sont nos outils pour ne pas dépasser nos limites. Mais il faut savoir les contrôler pour ne pas oublier de quoi nous sommes capables : cette chute intervient après des centaines de sauts réussis avant l’accident. De retour sur le vélo, l’appréhension était plus forte qu’avant. Je ne savais pas comment mes pieds allaient réagir à nouveau à la chute. Une fois que c’est arrivé, l’appréhension diminue. Le plus important c’est de se rendre compte du risque réel et ne pas oublier nos capacités. 

Ton rétablissement s’est fait plus vite que prévu. Au-delà de la médecine, quels éléments t’ont permis de revenir plus vite sur le vélo ? 

J’ai eu beaucoup de chance. 80 % des personnes qui ont le même état de pieds que moi ne remarchent pas, ou très difficilement. Mon chirurgien a fait un travail exceptionnel. Il y a aussi eu beaucoup de repos de mon côté pour respecter la période d’immobilisation. Et durant cette période, ma famille, mes amis et ma copine ont joué un rôle important. Je m'ennuyais, certes, mais je faisais beaucoup d’activités avec eux, ce qui m’a permis de garder le moral même dans un fauteuil. La cicatrisation des os s’est faite assez rapidement aussi. Dès que j’ai commencé la rééducation, je m’y suis mis à fond. Il fallait que je remonte le plus vite possible sur un vélo. 

Tu as évoqué avoir gardé de bons souvenirs de cette période. Qu'est-ce que cette pause t'a révélé sur toi-même dont tu n'avais pas conscience dans le rush des évènements ? 

Le fait de rester chez moi, de me faire chouchouter par ma mère et d’être entouré de mes amis d’enfance m’a permis de me recentrer sur l’essentiel. Cette pause m’a fait grandir et prendre du recul, notamment sur les autres. Quand tu enchaînes events, rides et vidéos, tu ne peux pas penser à tout. J’ai réalisé que le freeride était l’une de mes raisons de vivre, et que j’aspirais vraiment à devenir la meilleure version de moi-même sur un vélo. 

Je savais que j’y retournerai dès le début. C’est comme si mon cerveau n’avait jamais effacé cette information

Une période de latence salvatrice 

Avant de revenir sur  les réseaux sociaux, tu as pendant l’été 2025 été très présent en bikeparks, dans les Alpes françaises. Pourquoi avoir attendu de retrouver ton meilleur niveau pour réapparaître publiquement ? 

Je ne voyais pas l'intérêt de montrer mes premiers tours de roues sur une mauvaise story. Je voulais aussi profiter à fond, tout seul, parce que c’est ça qui te fait progresser et qui te rappelle pourquoi tu es passionné. Je voulais surtout revenir publiquement à mon niveau d’avant comme s’il ne s’était rien passé, en marquant les esprits. 

Concrètement, comment as-tu ré-appris à aimer et à ré-apprivoiser le risque au plus haut niveau ? 

Je ne pense pas avoir dû apprendre à aimer et à apprivoiser le risque à nouveau. Je savais que j’y retournerai dès le début. C’est comme si mon cerveau n’avait jamais effacé cette information. Et le fait d’avoir pris le temps de revenir, sans devoir être actif sur les réseaux pour les sponsors — que je remercie infiniment de m’avoir laissé faire ça — a énormément joué. Avoir passé un été à rouler seulement pour le plaisir m’a permis d’arriver tout frais sur des events comme les Dark Fest ou la Hardline Tasmania. L’appréhension est bien là, mais elle l’était aussi avant. Et si tu sais de quoi tu es capable tout en prenant des risques mesurés, en général, les choses se passent bien.

Reborn est né le lendemain de ma chute, dans mon lit d’hôpital

Reborn : la renaissance par l’image 

À quel moment le projet Reborn germe dans ton esprit ? 

Reborn est né le lendemain de ma chute, dans mon lit d’hôpital, quand j’ai vu la radio et l’état de mon pied. Je savais que ça allait être long et je souhaitais revenir avec un projet percutant, sans rien avoir posté avant. L’athlète qui m’a inspiré, c’est Candide Thovex. Lors de sa chute sur la Big Bertha, pendant un an ou plus, il n’avait rien posté sur les réseaux avant de revenir. L’avantage, c’est que j’avais énormément de temps pour y réfléchir. 

Pour cette vidéo, tu as en quelques semaines donné vie à tes idées en creusant une ligne à la fois technique et esthétique. Pour cela, tu as fait appel à plusieurs amis. Qu'est-ce que ces semaines de shape t'ont appris sur le travail d'équipe après ton isolement prolongé ? 

“Reborn” m’a beaucoup appris sur le shape et le travail d’équipe. Je suis quelqu’un de trop perfectionniste : je veux que tout soit parfait. Avant, j’avais du mal à confier des missions aux autres, par peur que ce soit moins bien fait que ce que j’imagine. Le travail d’équipe aide beaucoup pour ça. Mes amis ont été en or et ont donné 100 % d’eux-mêmes dans ce projet. Je n’aurais rien pu faire seul. Ça n’a pas été facile : un mois et demi pour tout faire, seulement deux jours de repos avec constamment des galères (budget, pelleteuse, riding, douleur, météo, organisation). Mais finalement, tout t’apprend quelque chose.

Le tournage a ensuite été parsemé d'embûches, entre pluie et neige. Comment puise-t-on encore dans ses ressources quand le chemin a déjà été si rude ? 

Les conditions étaient médiocres. Nous ne pouvions pas reporter les dates car la deadline approchait. Nous étions déjà tard dans l’année et les chances d’avoir une mauvaise météo étaient plus élevées. Et surtout, je ne voulais pas retarder mon retour. Nous voulions une ambiance qui ressemblait à l’univers de Gotham : une pluie légère, du brouillard… mais là, c’était trop. Ce type de piste n’est pas faite pour être roulé sous la pluie. Le moindre trick me demandait énormément d’essais. C’était mou, très glissant, presque inroulable. Au bout d’un moment, tu t’habitues à être trempé jusqu’au slip, à ne rien voir à travers le masque. Et ton cerveau se met en mode auto : nous devions achever la mission. J’aurais dû faire d’autres tricks dans la vidéo, mais je n’y arrivais pas. J’ai même essayé la même figure de 8h à 16h30, sans la réussir, deux jours avant la fin du tournage. Mais on a trouvé des solutions et on n’a rien lâché : Léon sous la pluie, Noopy qui reshappait la piste et me remontait le vélo… Tout le monde a été incroyable. Encore merci.

Pour ce projet, comme pour Airborn, tu as collaboré avec le vidéaste Louis Perrin, qui est aussi un ami proche. En quoi cette complicité artistique était-elle essentielle pour traduire visuellement ton retour ? 

Je connais Léon depuis mon premier shoot Commencal. C’est leur caméraman principal et je travaille avec lui uniquement pour les projets de cette marque. Nous avons directement accroché car nous partageons la même vision. Je le vois comme mon grand frère. Nous sommes vraiment complémentaires, nos idées se fusionnent pour donner quelque chose d’encore meilleur. Durant la période de convalescence, nous nous appelions quasiment tous les jours pour développer le projet. 

Ma vision a évolué mais les racines restent les mêmes

Une épreuve initiatique

Le Freeride repousse toujours les limites physiques et mentales des athlètes, glorifiant parfois le danger et le sensationnel. Quel regard portes-tu là-dessus avec le recul de ta blessure ?

La barrière entre prendre trop de risques ou pas assez en se sous-estimant est fine. Il faut réussir à trouver le juste milieu et ne rien laisser au hasard. Par exemple, en s’entraînant sur un trick jusqu’à l’avoir parfaitement avant de le tenter sur un plus gros module. Il est important de ne pas brûler les étapes. La peur et le risque ne doivent jamais être oubliés : ils sont là pour te retenir de prendre des risques inutiles. Et puis, le risque zéro n’existe pas. C’est même quelque chose d’excitant qu’on essaye de dompter constamment. Les gens qui ont trop peur ne peuvent pas progresser, tout comme ceux qui prennent trop de risques jusqu’à se blesser. 

Aujourd’hui, comment vis-tu avec le risque ? Comment décrirais-tu l'équilibre que tu as trouvé entre maîtrise et engagement ? 

Je réfléchis davantage sur les conséquences qu’il peut y avoir, sans forcément reculer. Je pense être en train de trouver le bon équilibre. En ce moment, je m'entraîne pour apprendre de nouveaux tricks. C’est ce qui me manque pour améliorer mon riding. Mais mon accident ne me freine pas pour évoluer dans la direction que je souhaite. Ma vision a évolué mais les racines restent les mêmes. C’est comme si j’avais fait une pause avant de reprendre au chapitre suivant.

"reborn" m'a beaucoup appris sur le shape et le travail d'équipe

C’est comme si j’avais fait une pause avant de reprendre au chapitre suivant

Telle l’épreuve du feu, Edgar à testé sa résistance à la blessure brûlante. Cette frustration, due à l'incapacité de rouler, s’est vite transformée en un véritable carburant créatif. Une période cathartique donc, qui lui a tout de même laissé des séquelles permanentes : une quasi-absence de mouvement articulaire, une arthrite précoce, une mobilité réduite et des douleurs constantes. Edgar s’estime toutefois chanceux et assume pleinement cette part non réjouissante de son sport.

Depuis, il enchaîne les apparitions sur nos écrans. Il est récemment apparu dans “New Clash V3” : un edit Commencal 100 % français dans lequel il partage l’affiche aux côtés de Paul Couderc et Tomas Lemoine. Il a également pris sa revanche lors de la dernière Hardline Tasmania, avant d'apparaître en patron sur la dernière édition des DarkFest.

Pour la suite, Edgar aime nous tenir dans la confidence. Il œuvre sur “des projets croustillants” mais n’en dira pas plus, lui qui préfère faire plutôt que dire. De nombreux projets sont à venir pour les mois prochains (et même pour les années futures) selon ses dires. Il conclut : “je préfère ne pas trop dévoiler et me concentrer sur mes objectifs. Une chose est certaine : je veux être la meilleure version de moi-même sur un vélo, tout en suivant ma propre vision personnelle”. 

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