Publié le 24 mars 2022
CONSCIENCE
Crédit photo : © Alex Chambet

CONSCIENCE

Comment consommer la montagne autrement ?
AVENTURE, IMAGES
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Cinéma, Ski, Carnet de Voyage

Difficile d’avoir la conscience tranquille lorsque l’on va au-devant d’un tel cas de conscience. Amoureux de montagne, nous la tuons à petit feu à force d’y attiser le feu ardent de notre passion. Alors comment apprendre à ne plus la consommer, mais à la vivre ? C’est en substance la question soulevée dans le film écrit par Gaëtan Gaudissard et Alexandre Chambet, un skieur pro et un jeune vidéaste, qui ont décidé d’interroger leur responsabilité individuelle, en partageant avec poésie, authenticité et bon sens, leurs doutes, leurs paradoxes mais aussi leurs réponses. Réunifiant ski et écologie au travers d'un message positif, Conscience est l’un des films de l’hiver, laissant une trace et incitant une réflexion partout où il est passé. Rencontre avec ceux qui citent Oscar Wilde dans des pentes à 45°.

BERIO SKI, TINDER & ÉCOLE D’INGÉ

Crédit photo : © Alex Chambet

Pour celles et ceux qui n’ont pas entendu parler de votre film, pourriez-vous vous glisser dans le rôle d’un média cinématographique et nous en écrire le synopsis en deux phrases ?

AC : Je me lance ! C’est l’histoire de deux amis qui utilisent leurs passions pour le ski et l’image dans le but de faire passer un message positif et partager leur réflexion sur le réchauffement climatique. Chacun d’un côté de la caméra : l’un devant, l’autre derrière.

GG : Je vais me permettre une réponse moins conventionnelle en citant notre deuxième source de motivation profonde : ce projet, c’est aussi une excuse pour passer du temps en montagne, faire du ski différemment et aller à la rencontre de personnes hyper intéressantes auxquelles nous n’aurions normalement pas eu accès.

Ce film, c’est l’histoire d’un binôme, votre binôme. Comment vous êtes-vous rencontrés ? L’alchimie du tandem fut-elle instantanée ? 

AC : On s’est rencontré sur Tinder. Ça a matché tout de suite ! (Sourire) Plus sérieusement, je suis entré en contact avec Gaëtan en 2020, au détour de conseils dont j’avais besoin pour un projet de ski en Géorgie, où il s’était rendu, quelques mois auparavant, dans le cadre de la web-série ‘Berio’ qu’il a créé avec Bastien Vidonne. Une web-série que j’ai rejoint depuis, à partir de la saison deux.

On s’est rencontré sur Tinder. Ça a matché tout de suite !

GG : Ça a fonctionné très rapidement et naturellement. Certainement parce que nos parcours sont assez similaires et que l’on s’est retrouvé sur les valeurs. Nous avons tous deux grandi à proximité de la montagne, à Annecy pour Alex et Embrun pour moi ; commencé le ski par l’alpin et les piquets en compétition ; suivi un cursus universitaire d’ingénieurs ; et découvert le ski de randonnée via nos budgets étudiants limités, car monter en peaux se révélait bien moins cher et bien plus cool qu’en remontées mécaniques… Ceci avant de se lancer chacun pleinement dans nos passions pour tenter d’en faire un métier. Ça fait un certain nombre de points de convergence qui rapprochent !

Concrètement, comment fonctionne votre cordée ? Alex se situe derrière la caméra et Gaëtan devant ?

GG : C’est un peu plus complexe que cela... car Alex sait skier et moi je sais faire de l’image ! En ce sens, ‘Conscience’ se démarque légèrement de ce que l’on a coutume de voir dans les films de ski. Il n’y a pas un athlète et un réalisateur. Nous sommes tous deux coréalisateurs. Après concrètement, Alex s’est chargé de tout ce qui touchait au cadrage et au montage quand je me suis concentré sur le ski et la production. (Un temps de réflexion) À nous deux, en somme, on fait le job d’une petite agence de prod’ !

AC : C’est exactement comme ça que cela fonctionne dans la répartition des rôles. Ensuite, on tâche de mettre beaucoup d’écoute, d’échange et de concertation dans notre collaboration. Afin de challenger nos idées respectives. Toujours avec bienveillance et une bonne dose de complicité. De novembre à juillet, j’ai passé plus de nuits en montagne avec Gaëtan qu’avec ma copine donc forcément, cela contribue à une vraie proximité…

C’est l’histoire de deux amis qui utilisent leurs passions pour le ski et l’image dans le but de faire passer un message positif et partager leur réflexion sur le réchauffement climatique.

Crédit photo : © Alex Chambet

RESPONSABILITÉ PARTAGÉE, A - B & 2050

Racontez-nous la genèse de ce film. Quand et dans quel contexte en plantez-vous la première graine ?  

GG : À la suite de la première saison de notre web-série, ‘Berio’, on s’est posé énormément de questions quant à l’impact de notre pratique sur l’environnement. Ce sont, je crois, les réminiscences de nos études d’ingénieur. L’esprit scientifique te rattrape, tu essayes de comprendre les choses et tu arrives vite au calcul « A + B = réchauffement climatique ». Ou « CO2 + capitalisme = neige qui fond ». Une fois ce constat établi surgit une question que l’on adore se poser : qui est responsable ? Une étude sociologique prouve d’ailleurs que plus la responsabilité est diluée ou partagée, moins l’Homme agit car il se sent désinvesti de cette responsabilité en tant qu’individu. Une métaphore fonctionne à merveille pour illustrer ce phénomène : tu es témoin d’une agression dans une rue où tu es seule, tu vas agir et aider la victime de ces violences ; alors que si cela se déroule dans une artère noire de monde, tu vas t’éclipser et espérer que les autres agissent à ta place. Du coup, à mon échelle, je me suis senti vraiment responsable du réchauffement, j’ai voulu l’assumer et partager ma réflexion…

AC : Gaëtan m’évoque pour la première fois cette volonté à la fin de l’année 2020. Il souhaite réaliser un film sur l’écologie, mais qui en même temps parle de ski… Un film où il partage sa réflexion, mais qui en même temps donne la parole aux autres… Les idées fusaient, c’était un feu d’artifice ! Il fallait juste structurer le propos car le sujet est si vaste que tu peux t’y perdre. La rencontre avec Tony Lamiche eût la vertu d’un élément déclencheur. À partir de là, nous avions les idées claires sur notre fil conducteur. Le tournage a alors duré environ 5 mois, à raison d’une interview toutes les 6 semaines.

La conscience, c’est un concept que tout le monde entend mais que personne n’arrive véritablement à définir…

Crédit photo : © Alex Chambet

Justement, la rencontre de ces trois personnages – Liv Sansoz, Tony Lamiche et Victor Galuchot – constitue le fil conducteur de la production. Pourquoi avoir choisi ces athlètes précisément ? En quoi cela allait donner de la force et de l’ampleur à votre projet ?

AC : Tu as beau réaliser un film de ski sublime, si tu t’appelles Gaëtan Gaudissard et Alexandre Chambet, il ne faut pas se leurrer, tu n’atteins même pas les 50 vues sur Youtube et aucun festival ne t’ouvre ses portes. Il nous fallait des personnalités établies et respectées dans le milieu, qui nous offraient une réelle crédibilité et visibilité. Ensuite, nous misions sur le fait que le message serait bien mieux perçu ou ne serait-ce que plus écouté par le public s’il était formulé par de grands athlètes qu’il admire. D’une certaine manière, c’était s’assurer que les spectateurs soient réceptifs.

GG : On a contacté une dizaine de personnalités qu’il nous semblait ultra-intéressant de rencontrer car chacune s’engageait individuellement pour l’environnement, en assumant sa part de responsabilité et en tentant d’y répondre par des initiatives singulières. Liv à travers le partage de son expérience, Victor en se recentrant sur une pratique très locale de son sport et Tony dans sa manière d’habiter la montagne, grâce à cette maison qu’il a entièrement construit lui-même.

AC : À ces trois personnages incroyables, je rajouterais Heidi, la glaciologue qui nous a reçus. Elle constitue selon moi une pièce-maitresse de ‘Conscience’ par les chiffres qu’elle a mis en face de nos doutes. Heidi nous a démontré de manière très factuelle qu’à l’horizon 2100, tous les glaciers dont la source est située sous 4000 m d’altitude disparaîtraient totalement, ou qu’un français produit environ 11 tonnes de CO2 par an et qu’il serait compliqué d’atteindre l’objectif de 2 tonnes en 2050, formulé par les accords de Paris. Elle dégage une énergie et une aura de dingue. Je me souviens qu’elle nous a complètement happés et fascinés avec Gaëtan.

Pourquoi et comment avez-vous choisi le titre du film : Conscience ?

AC : C’est venu très spontanément. Dès les premiers scénarios, on a donné au projet ce nom, d’abord provisoirement, pensant y revenir plus tard. Finalement, après s’être pas mal trituré l’esprit, on s’est rendu compte qu’on ne trouvait rien qui soit aussi évocateur du message que l’on souhaitait faire passer. La conscience de soi, de sa propre responsabilité, de la nature. La prise de conscience de Gaëtan également que l’on raconte. Ce titre assez mystérieux avait aussi la vertu de parler à un public au-delà de celui très initié au ski. La conscience, c’est un concept que tout le monde entend mais que personne n’arrive véritablement à définir…

GG : Je n’ai rien à ajouter ! (Sourire) C’est l’histoire de ma prise de conscience et le partage d’une réflexion sur les solutions pour assumer individuellement cette part de responsabilité. D’ailleurs, depuis ce film, je me sens mieux, comme si j’avais déniché une forme d’apaisement dans les réponses apportées.

Une étude sociologique prouve d’ailleurs que plus la responsabilité est diluée ou partagée, moins l’Homme agit car il se sent désinvesti de cette responsabilité en tant qu’individu.

Crédit photo : © Alex Chambet

CLUB VACANCES, SLOW TRAVEL & CHANGEMENT DE VIE

Conscience a vocation à sensibiliser, mais on ressent aussi une profonde volonté de délivrer un message positif. C’est presque nouveau et rafraichissant que de traiter les problématiques écologiques autrement qu’à travers le prisme du fatalisme et du catastrophisme…

GG : C’est le point de départ du film, un aspect sur lequel on ne voulait absolument pas transiger : être dans le positif, se refuser à verser dans le négatif. Personnellement, ce qui me gonfle dans la grande majorité des documentaires sur l’écologie, c’est que l’on pointe les conséquences sans jamais identifier les causes... À cet égard, le film ‘Demain’ de Cyril Dion fut une source d’inspiration majeure. Il nous avait procuré beaucoup d’émotions en mettant bout à bout des initiatives concrètes qui fonctionnaient déjà, en allant à la rencontre des personnes qui font émerger le monde de demain, pour diffuser un message qui conduit au bonheur.

AC : Nous souhaitions vraiment échapper à l’exercice facile de la critique. L’idée au contraire se voulait de partager des solutions : des solutions propres à chacun mais reproductibles par tous. Quitte à aboutir à un petit guide du « Comment skier plus écolo ? » avec une multitude de propositions parmi lesquelles choisir pour tendre, individuellement, vers plus de responsabilité.

GG : Pour rebondir sur ce que dit Alex, on a conscience que, par exemple, il serait impossible pour une famille avec des enfants en bas âge de prendre le vélo pour se rendre en montagne. Néanmoins, ce qui nous intéresse, c’est plutôt de sensibiliser cette famille au cheminement intellectuel qui nous a amené, nous, à aller skier à bicyclette. Montrer qu’en faisant un pas de côté par rapport à ses habitudes, on peut s’ouvrir des perspectives réalisables à son échelle.

Jusqu’il y a peu, la culture du voyage et de l’évasion était ancrée au cœur même des films de ski. Le fameux "ski trip" était souvent synonyme d’éloignement et de dépaysement. Aujourd’hui, ce paradigme tend à s’inverser. On recherche l’aventure sur le pas de sa porte. N’avez-vous pas peur que cette invitation au circuit-court représente à terme un risque pour l’ouverture d’esprit ? Il ressemble à quoi, selon vous, le "ski trip" de demain ?

GG : Notre message ne porte pas sur la destination du voyage mais sur la manière dont tu y vas. On ne veut surtout pas inciter les gens à vivre dans un périmètre restreint de 20 km autour de chez eux. Bien au contraire ! On souhaite simplement inviter à penser différemment, prendre le temps de faire les choses. Dans la lignée de ce que certains appellent le slow travel. Concrètement, pour illustrer le propos, si tu veux visiter Bali, plutôt que d’utiliser l’avion et passer 2 semaines dans un club vacances entouré d’européens, notre philosophie nous porterait plus à prendre 6 mois pour s’y rendre par la voie des eaux, en bateau, et ensuite toquer chez l’habitant pour véritablement s’imprégner de la culture locale.

AC : Je n’ai pas grand-chose à ajouter à l’idée que vient de traduire Gaëtan. Pour nous, voyager demeure une opportunité absolument magique. Notre objectif est simplement de mettre en lumière des façons plus responsables de le faire, mais qui soient tout aussi riches et dépaysantes.

Notre message ne porte pas sur la destination du voyage mais sur la manière dont tu y vas.

Crédit photo : © Alex Chambet

Vous attendiez-vous à un tel succès ? Y a-t-il eu un avant et après ce film ?

GG : Je l’espérais du fond du cœur, mais je ne l’attendais pas…Ou du moins pas dans cette ampleur. Il parait qu’il y a 3 mots-clés qui ont construit la réussite de ‘Conscience’ : l’authenticité, le message et la performance sportive. Maintenant que l’on a la recette, on va tâcher d’utiliser cette combinaison d’ingrédients dans nos futurs projets.

AC : Contrairement à Gaëtan, pour ma part, j’étais assez confiant quant au fait que le film marche fort. Avant sa sortie, tous les voyants étaient au vert, pour ne pas dire au vert fluo... Les festivals dans lequel il avait été retenu, le retour de nos partenaires, le regard critique de certains personnages-clés dont on savait pouvoir se fier au ressenti... Forcément, le nombre de vues sur Youtube est aussi un indicateur de performance objectif très évocateur. Néanmoins, ce qui nous touche le plus et nous fait le plus plaisir, c’est lorsqu’à l’occasion des projections, le public ne nous dit pas qu’il a aimé le film, mais que le film l’a fait réfléchir. C’est encore plus fort à mon sens ! (Un temps de pause) ‘Conscience’ est notre premier projet, pas le dernier, mais il a généré suffisamment de bruit cet hiver pour nous ouvrir des portes et nous offrir la perspective de projets encore plus grands.

Le public ne nous dit pas qu’il a aimé le film, mais que le film l’a fait réfléchir.

Justement, pour conclure, une dernière question sur le prochain chapitre : pouvez-vous, en quelques mots, nous parler de la suite avec cet art du teasing qui vous caractérise ?

AC : Avec Gaëtan, nous travaillons sur la suite logique du film. Continuer via une web-série à la rencontre d’athlètes actifs sur les sujets environnementaux. Continuer à partager nos réflexions à travers la passion de la pratique de montagne. On vous promet de très belles images, avec de grandes performances, et la découverte de nouveaux massifs, mais à notre manière. Avec du ski, du trail, du parapente et d’autres sports outdoor.

GG : Ce projet de web-série risque de pas mal nous occuper cet hiver. Mais, on conserve bien au chaud dans un coin de notre tête, l’idée de réaliser un ‘Conscience 2’, lorsque l’on aura pris assez de recul sur le premier opus et pris le temps de rider de belles lignes de ski, bien esthétiques.

CONSCIENCE
Disponible sur la chaîne Youtube de Gaëtan
• Réalisation : Alex Chambet / Gaëtan Gaudissard • Production : G. Gaudissard / Protect Our Winters France • Image & Montage : Alex Chambet • Durée : 1h06

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