Publié le 15 juin 2018
AUGUSTIN DORGAL

AUGUSTIN DORGAL

L'ART DE TRANSFORMER LA MONTAGNE EN TERRAIN DE JEU

Wakesurf, Interview

Nous avons tous été confrontés un jour à un « petit génie ». Vous savez cette fille ou ce garçon enthousiaste, à l’air encore adolescent, mais qui détonne de par son aisance insolente

quel que soit le domaine et réussit (presque) tout ce qu’il entreprend. Un mélange d’innocence et de maturité, juste équilibre entre fougue et pondération.

 

Augustin Dorgal, jeune annécien de 18 ans, est indéniablement de cette trempe. Champion du monde amateur de wake-surf, membre de l’équipe de France de ski freestyle, Augustin joue avec la montagne, été comme hiver.

Augustin, une petite réputation commence déjà à te précéder, mais peux-tu te présenter pour ceux qui ne sont pas familiers des pontons du Lac d’Annecy ?

(Rire gêné) Une toute petite réputation alors… A l’instant T, je suis juste un lycéen comme un autre qui étudie en première à la Motte-Servolex, où je prépare un BAC STAV (Sciences et Technologies de l’Agronomie et du Vivant) en 4 ans. Etant en section ski, j’ai un emploi du temps aménagé qui me permet d’être libéré l’hiver. Jusqu’à l’année dernière, j’en profitais pour pratiquer le ski freestyle avec l’ambition d’arriver au haut niveau, mais une vilaine blessure m’a obligé à arrêter la compétition et a révisé mes plans. Je me suis réorienté vers la préparation d’un Brevet d’Etat de moniteur de ski, en misant tout sur ma seconde passion : le wake-surf.

Justement, c’est un sport assez anonyme, comment le définirais-tu pour quelqu’un de non-initié ?

Le wake-surf, c’est du surf où il s’agit de glisser sur la vague produite par un bateau, sans être attaché à celui-ci, sauf pour le départ. Du coup, c’est un peu comme surfer sur une vague infinie : tant que tu ne tombes pas ou que le bateau ne s’arrête pas, tu glisses. C’est assez incroyable comme sensation. Au niveau du matériel, il existe deux modèles de planches : la skim, celle que je pratique, d’environ un mètre cinquante, fine, plus petite, avec un seul aileron ; et le vrai surf, qui peut avoir de 2 à 5 ailerons.
 

c’est un peu comme surfer sur une vague infinie : tant que tu ne tombes pas ou que le bateau ne s’arrête pas, tu glisses

Raconte-nous ton parcours sur un wake-surf, de ta découverte jusqu’à tes premiers exploits.

Cela s’est fait assez naturellement… En bon annécien, j’ai d’abord commencé par le wake-board à l’âge de 12 ans, puis une monitrice de ski que je connaissais m’a proposé d’essayer le wake-surf. J’ai directement accroché et rapidement j’ai participé à ma première compétition, le « King of the Lake », un évènement assez important dans la région. De manière assez surprenante, j’ai gagné en junior, puis en amateur. Cela a nourri quelques ambitions, ça m’a donné envie de m’impliquer beaucoup plus et c’est ainsi que je suis devenu champion du monde amateur, en 2016, en Floride. Cette victoire m’a ouvert les portes du circuit Outlaw, c’est-à-dire semi-professionnel. L’idée depuis, c’est de performer à ce niveau-là pour intégrer le grand monde, celui des professionnels. Mais c’est très difficile, y entrer est un privilège réservé à une élite. Ils sont seulement une petite trentaine dans le monde et un seul français a réussi l’exploit de pénétrer ce cercle très fermé.

Tu penses en avoir les capacités ? Quelles sont les conditions pour justement intégrer cette élite ?

C’est assez simple, je dois être champion du monde Outlaw pour devenir professionnel. C’est un système de montée-descente assez basique avec seulement trois divisions. Toute ma saison va se jouer à cette occasion sur 3 minutes. Un premier run de qualifications sur un trajet aller-retour d’1 min 30, puis la même chose en finale. Tu es alors jugé sur la variété de tes figures, la difficulté et la créativité de celles-ci et l’engagement, l’intensité que tu mets dans l’eau. Je suis pour l’instant à l’échelon numéro 2, mais avec de l’entrainement et des moyens, je pense avoir la capacité d’accéder au niveau supérieur. C’est plus qu’une ambition, c’est un objectif.

Le wake-surf c’est donc une compétition ou une passion ?

(Sans hésitation) Le wake-surf c’est une passion. Je fais ça à la cool, avant tout pour kiffer la vague. Sans pression, juste pour le fun. L’impression de pouvoir étirer à l’infini le fait de jouer avec la vague, de glisser sur elle et de poser des « tricks », un peu comme en skate, est incroyable. J’encourage tout le monde à essayer cette discipline pour ne serait-ce que ressentir une fois cela. Ce qui est génial également, c’est la dimension conviviale et collective de ce sport. On pratique entre potes, on se challenge, on s’encourage. On est plus amis qu’adversaires. Après, ce serait mentir que d’affirmer que l’adrénaline de la compétition et le goût de la victoire ne sont pas grisants.

En quoi ton côté « touche à tout » constitue un avantage dans cette quête de performance ?

Je m’entraine quand j’en ai envie, pour que cela reste un plaisir. Cependant, j’essaye quand même de structurer ce loisir en y ajoutant la pratique de plusieurs autres sports très complémentaires. Chaque discipline me permet de travailler une qualité en particulier. Par exemple, avec le skate, je progresse sur mes figures ainsi que sur l’équilibre tandis qu’en vélo je vais plutôt développer mon endurance. Je fais également un peu de musculation et de proprioception, mais c’est surtout le ski freestyle à bon niveau qui m’a offert de l’aisance dans la lecture des trajectoires, dans la manière dont je construis mes runs et dans la façon dont j’appréhende la compétition, sans pression.

Constates-tu un engouement pour ta discipline ?

Clairement ! De plus en plus de monde pratique le wake-surf. Du moins, chez moi, à Annecy. Le parcours est assez classique d’ailleurs : tu commences par le wake-board, puis on te propose le wake-surf, tu kiffes et plus jamais tu ne reviens en arrière car tu découvres cette sensation de liberté incomparable du fait de ne pas être attaché. L’essayer c’est l’adopter. D’autant plus qu’à Annecy, même si je concède que cette affirmation soit quelque peu chauvine, on a l’un des meilleurs terrains de jeu d’Europe, que ce soit par la diversité des spots tout autour du Lac ou de par l’ambiance qui y règne. On sent une vraie émulation, portée par une communauté certes petite mais très dynamique et impliquée. Bon, après, on reste encore assez loin des américains. Aux Etats-Unis, le wake-surf c’est culturel, et ce depuis plus de 30 ans.

C’est assez simple, je dois être champion du monde Outlaw pour devenir professionnel.

Penses-tu que les réseaux sociaux jouent un rôle dans ce développement ?

Oui, c’est certain, mais leur rôle est ambivalent. Notre sport est assez visuel, très photogénique, donc les réseaux sociaux constituent une super vitrine. C’est aussi une source de motivation et de progression car je peux grâce à eux m’inspirer de ce qui se fait de mieux dans le monde, notamment des frères Slegel, mes modèles. Par contre, personnellement, je fais attention à ce que je publie. Car le wake-surf, c’est un peu comme la littérature, tu peux très vite te faire plagier. Il m’est déjà arrivé de voir un concurrent tenter une figure que j’avais « inventé ». C’est le jeu.

Les réseaux sociaux te permettent-ils également de démarcher plus facilement des sponsors ? 

Oui, j’essaye de rendre la confiance qui m’est accordée en offrant de la visibilité aux marques qui me soutiennent. Pour le moment, je n’ai que des « sponsors matériel », Black Revolt et Agenda Surf, qui me fournissent ma planche et mon pad. Quelques clubs m’octroient des tarifs préférentiels pour m’entrainer à petit prix. Je leur suis super reconnaissant pour cela car c’est une passion qui coûte réellement cher, entre la location du bateau pour les entrainements et les déplacements pour les compétitions. J’ai les ambitions d’un professionnel, mais pas le budget.

Comment fais-tu donc, à 18 ans, pour financer ta passion ?

Mes parents me soutiennent beaucoup et c’est pour ça, qu’à terme, je voudrais devenir indépendant et leur rapporter les fruits de cet investissement. Mais sinon, en complément, j’ai déjà réalisé deux campagnes de financement participatif. J’ai aussi rédigé un dossier de partenariat avec lequel je démarche les entreprises. Je toque à la porte, même si la plupart du temps la réponse est négative. Enfin, j’ai commencé à développer une petite activité de coaching. Et c’est doublement bénéfique car cela me permet d’augmenter mon budget tout en transmettant ma passion. Le rêve.

 

Interview : Baptiste Chassagne
Photos : Franck Clarençon

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